/finance

Des CSeries vendus moins cher que prévu

Jean-François Gibeault - Le Journal de Montréal

Air Baltic

Capture écran : Twitter

L’entreprise québécoise Bombardier vendait ses avions CSeries moins cher qu’elle ne l’affirmait dans ses communications publiques ce qui peut illustrer les malheurs qui ont conduit à l’échec de l’aéronef.   

C’est ce que nous apprennent les derniers engagements financiers du ministère de l’Économie du Québec, qui agit toujours comme prêteur pour certains anciens clients de Bombardier.   

En 2016, Bombardier affichait publiquement des prix de plus de 90 millions $ par appareil dans ses ventes à Air Baltic.    

Or, le prix réellement payé a été bien moindre, à un peu plus de 30 millions $.   

Fin 2017, Bombardier chiffrait à 1,4 milliard $ une commande de 12 avions du transporteur Egyptair, ce qui aurait représenté un prix de 117 millions $ l’unité.    

Ici aussi, dans les faits, le prix fut d’un peu plus de 40 millions $.   

Petits acheteurs  

En 2013, alors que l’avenir de la CSeries était encore présenté comme radieux, Québec avait accepté, à la demande de Bombardier, de participer à un syndicat de financement de ses clients.    

Le fédéral en était également.   

La raison : certains des plus petits acheteurs peinaient alors à trouver du crédit pour acquérir les nouveaux appareils.    

Bombardier avait fait valoir à nos gouvernements que les concurrents Boeing, Airbus et Embraer offraient, eux aussi, un financement public similaire.   

Lorsqu’on annonça la création du syndicat de financement, Investissement Québec précisait qu’il financerait environ 10 % du prix de vente de chaque avion.    

L’agence fédérale allongerait, pour sa part, l’équivalent de 75 % de la facture.   

 Entre le début de l’année 2017 et la fin 2019, Québec s’est donc retrouvé à financer l’achat de 16 avions CS300 (maintenant Airbus 220-300) pour des sommes variant entre 3,1 et 4,1 millions $.   

Comme ces montants représentent environ 10 % du prix de vente, cela laisse deviner des prix de vente bien inférieurs à ceux affichés par Bombardier.   

CSeries de Bombardier  

Ces données résument et illustrent les malheurs qui ont conduit à l’échec de la CSeries pour Bombardier.    

Des coûts de développement et de mise en marché se chiffrant en milliards, mais très peu de revenus pour espérer une rentabilité.    

Le dilemme de Bombardier était d’exiger un prix reflétant les coûts et la qualité de l’appareil, au risque de faire peu ou pas de ventes ou, autre option, d’accepter de le vendre à perte dans le but de créer un effet d’entraînement.   

Entre les deux maux, la compagnie a choisi le deuxième, préférant créer une impression de succès commercial, tout en espérant pouvoir augmenter les prix par la suite.   

 Les informations provenant du ministère de l’Économie montrent qu’il n’y a pas eu de progression suffisante des prix, durant cette période de trois ans, pour que l’entreprise se sorte la tête de l’eau en 2020, ce qu’avait promis Alain Bellemare, PDG de Bombardier.   

Il faut aussi rappeler que les géants Boeing et Airbus ne sont pas des enfants de chœur et qu’ils n’ont pas hésité à couper leurs profits pour offrir des avions à très bas prix aux clients potentiels de Bombardier.   

Eux en avaient les moyens et ils pouvaient utiliser les règles du commerce international pour nuire à Bombardier.   

Par la suite, le vieux proverbe anglais ne fit que se matérialiser : « If you can’t beat them, join them. »   

Les conditions du mariage furent à sens unique, au point de devoir donner la moitié de la compagnie en 2017...    

Et de céder tout le reste pour une bouchée de pain en 2020.   

Autres aides publiques  

1,3 million $ | Solucan  

Pour soutenir le démarrage de l’entreprise Solucan, spécialisée dans l’impression numérique de canettes à Trois-Rivières   

380 000 $ | OSI Précision  

Un prêt pour appuyer la réalisation d’un projet d’investissement évalué à 2,2 millions de dollars à Saint-Georges en Beauce   

235 000 $ | SC3 Automation  

Mise en place d’une vitrine technologique en partenariat avec l’entreprise Chemin de fer Orford Express, qui exploite un train touristique dans la région de l’Estrie   

10 millions $ | Centropolis   

La compagnie du producteur et réalisateur allemand Roland Emmerich obtiendra jusqu’à 10 millions US d’Investissement Québec (IQ) pour tourner ses trois prochains longs métrages au Québec, ce qui devrait se traduire par des dépenses de 400 millions US — dont 270 millions US au Québec.   

Demande d’aide  

2 millions $ | 10181013 Canada inc.  

L’actionnaire Maryo Lamothe veut obtenir 2 M$ pour l’achat d’équipement pour des serres de produits biologiques.   

Dans la même catégorie