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Mettre fin à la controverse entourant le but d'Alain Côté 33 ans plus tard

Kevin Dubé | Journal de Québec

Kerry Fraser persiste et signe : le but d’Alain Côté n’était pas bon et, même si la reprise vidéo avait été permise le 28 avril 1987, il demeure persuadé que sa décision n’aurait pas été renversée.   

L’ancien officiel de la LNH ainsi que Côté ont été réunis hier en compagnie de l’ancien du Canadien Chris Nilan pour procéder à la mise au jeu protocolaire du match de 13h entre les Penguins Elite de Pittsburgh et le Vert et Noir de l’école Fadette.   

Et 33 ans plus tard, ils ont fait la paix!   

«Même sa femme m’aime maintenant donc je suis heureux!», a lancé Fraser à la boutade.   

Mais même s’ils sont maintenant des amis, ils ne sont toujours pas d’accord sur le célèbre but, ou non but, tout dépendant de l’allégeance!   

«J’ai vu tout le jeu se développer, a rappelé Fraser. J’espérais juste qu’Alain ne marque pas parce que je savais que j’aurais à prendre une décision controversée. Il fallait que je prenne cette décision en fonction de ce que je voyais. Je savais que j’avais raison.   

«J’étais peut-être même en avance sur mon temps. À cette époque, il était souvent permis d’entrer en contact avec les gardiens de but. Ron Fournier m’avait dit à l’époque que très peu d’arbitres auraient eu le courage de prendre une telle décision. Souvent, les sifflets se rangent en fin de match et, selon moi, ce n’est pas la bonne façon d’arbitrer.»   

Le plaisir du méchant  

L’ancien officiel adore son rôle d’antagoniste, et ça se voit. Lorsqu’il a été présenté à la foule hier, il a déambulé sur le tapis rouge le sourire fendu jusqu’aux oreilles et en faisant le signe d’un officiel qui refuse un but.   

D’ailleurs, très peu de huées ont été entendues dans la foule.   

Rassurez-vous, s’il avait été copieusement hué, Fraser n’aurait pas fait d’insomnie, au contraire!   

«Les huées, c’est de la musique à mes oreilles. Quand un arbitre se fait applaudir, c’est parce qu’il ne fait pas un bon travail. Je suis correct avec les huées. Surtout avec ces deux gars-là à mes côtes (il pointe Côté et Nilan). Ils sont maintenant mes protecteurs!»   

Quant à Alain Côté, il assure avoir tourné la page. Par contre, il ne passe pas une journée sans qu’on ne lui parle de cette séquence historique.   

Dans un sens, c’est ce but qui lui a permis de voir son nom dans les médias aussi souvent encore aujourd’hui. Ah, et peut-être un peu grâce à Michel Bergeron!  

«Michel, c’est lui qui en a parlé le plus. Chaque fois qu’il y avait un but refusé, il le comparait au mien. C’est de sa faute si on en parle encore aujourd’hui!», lance le Bœuf de Matane en riant.   

Les souvenirs de Nilan  

Pendant que Fraser et Côté répondaient aux questions des médias, évidemment toutes portées sur le but de 1987, Chris Nilan était un spectateur attentif. Lui, il était dans le camp adverse quand Fraser a refusé le but.   

Ses souvenirs sont donc, disons différents, de ceux de Côté!   

«J’étais sur le banc quand c’est arrivé et évidemment j’étais très heureux. Le but n’était pas bon, je suis d’accord avec Kerry! On s’est tellement souvent fait avoir par les arbitres, surtout par lui (Fraser), que c’était bien de voir qu’enfin c’était quelqu’un d’autre qui se faisait avoir», rappelle-t-il, lui aussi avec une pointe de sarcasme.  

Sur la glace l'an prochain?  

Quand il est arrivé au Centre Vidéotron, Fraser a lancé au directeur-général du Tournoi international de hockey pee-wee de Québec Patrick Dom qu’il aimerait bien arbitrer un match de l’événement l’an prochain. Et l’idée n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd.   

«J’adorerais ça. Je ne sais pas si je pourrais arbitrer pas de casque. J’essaierais en tout cas», a mentionné Fraser en anglais, mais en s’assurant de dire «pas de casque» en français.   

Croisé dans les sous-sols du Centre Vidéotron, les idées germaient déjà dans la tête de Dom. Pourquoi ne pas l’inviter à officier le premier match des petits Nordiques l’an prochain ? Et si l’autre équipe en action était le petit Canadien de Montréal ?  

«On va s’en reparler, mais c’est sûr que si l’intérêt est bien là de sa part, on va le faire», a mentionné Dom.   

Ce dernier était encore fort satisfait de la réponse non seulement du public, mais aussi de la générosité des personnalités présentes hier, à savoir Alain Côté, Fraser et Chris Nilan. Dom sait pertinemment que cette idée d’inviter de gros noms du hockey en marge de son Tournoi devra continuer à faire des petits.   

«Ça nous force à être meilleurs. Sans dire qu’on est maintenant condamné à l’excellence, je dirais qu’on est condamné à créer des choses. On a mis en place une tradition et on a le devoir que ça continue dans les prochaines années.»