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La SAAQ lorgne la reconnaissance faciale

Dominique Lelièvre - Le Journal de Québec

La Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) envisage d’implanter d’ici trois ans une technologie de reconnaissance faciale, ce qui l’amènerait à colliger des données biométriques concernant plus de cinq millions de conducteurs.  

La société d’État a lancé récemment un « avis d’appel d’intérêt » à cet effet. Autrement dit, elle sonde le marché pour connaître les solutions offertes, sans être prête encore à donner un contrat.  

Cela demeure un dossier « sérieux » à la SAAQ, confirme son porte-parole, Mario Vaillancourt. « On se donne un horizon, entre un et trois ans, pour mettre ça en place. »  

L’organisme public dit vouloir lutter contre la fraude et renforcer la confiance des administrations nord-américaines à l’égard du permis de conduire québécois, alors qu’une majorité d’entre elles utiliserait déjà cette technologie.  

300 fraudes par an  

La reconnaissance faciale permettrait, au moment de délivrer ou de renouveler un permis de conduire, de vérifier que l’usager est bien la personne qu’il prétend être en interrogeant la base de données de la SAAQ, qui contient déjà les photographies de 5,3 millions de titulaires de permis.  

Ces photographies seraient préalablement « traitées » par un programme, afin d’assurer le bon fonctionnement du système.  

La SAAQ songe même à s’en servir sur son site web, pour accroître la sécurité des transactions électroniques et bonifier les services.  

En moyenne, chaque année, la SAAQ estime qu’au moins 300 personnes tentent frauduleusement d’obtenir un permis de conduire.   

« Le but final, c’est d’éviter qu’il y ait des usurpations d’identité ou des gens, par exemple, qui pourraient être tentés d’avoir des doubles permis », explique M. Vaillancourt, donnant l’exemple d’une personne qui aurait perdu le droit de conduire.  

Pas nécessaire  

L’idée qu’une agence gouvernementale constitue une banque de données biométriques sur des millions de Québécois fait toutefois sourciller Karim Benyekhlef, professeur titulaire à la Faculté de droit de l’Université de Montréal.  

« Ça ne répond pas vraiment à ce que l’on appelle un principe de proportionnalité en droit. C’est comme vouloir tuer une mouche avec un marteau », lance-t-il en soulevant que la Société pourrait peut-être resserrer ses façons de faire.  

« Qu’est-ce que la SAAQ va faire avec ces images, ensuite, et ces logiciels ? Est-ce que la police pourra y avoir accès, à ce moment-là ? », demande-t-il.  

De son côté, la SAAQ assure qu’elle n’agira pas à l’insu de sa clientèle, et que la sécurité entourant la conservation des renseignements est une priorité pour elle.