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Des cadavres étudiés en plein air

Catherine Bouchard | Journal de Québec

Shari Forbes

Anna Zhu Photography & Film

Des chercheurs étudieront sous peu la décomposition de cadavres en plein air à Bécancour grâce à un laboratoire digne de la série CSI, le premier du genre au Canada.    

Le site sécurisé de recherche en thanatologie sera situé dans une forêt de la municipalité du Centre-du-Québec. Il accueillera ses premiers cadavres dès la fonte des neiges en avril. Les activités seront menées par l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), qui a embauché la chercheuse australienne Shari Forbes pour diriger ce projet de recherche.    

Le but de ces recherches qui peuvent sembler macabres a priori : étudier la décomposition des corps afin d’aider au dénouement d’enquêtes policières, particulièrement pour les meurtres et les disparitions de personnes.    

« Nous pouvons déterminer depuis combien de temps un corps se trouve à un endroit, son identité, depuis quand il est mort, et nous pouvons aussi aider à chercher un corps », explique Mme Forbes.    

Le cas Cédrika Provencher  

Elle estime que l’existence d’un site comme celui-ci aurait pu contribuer aux recherches pour retrouver la petite Cédrika Provencher, disparue en 2007 et retrouvée à la fin de 2015.    

« Nos recherches pourraient certainement aider dans de tels dossiers, en localisant et en identifiant plus rapidement la victime et en estimant le temps écoulé depuis sa mort. Cet élément est important, car il permet de savoir plus facilement à quel moment la victime est décédée, lorsque la police trouve des parties du corps ou d’autres éléments. Vous pouvez ensuite faire des recherches dans la base de données des personnes manquantes, pour en savoir plus à leur sujet », fait valoir la chercheuse.    

Une première dans la neige  

Il existe plusieurs sites de ce genre aux États-Unis. Mme Forbes a mis en place le site de l’Université de technologie de Sydney, en Australie. Ce sera la première fois qu’elle mènera des recherches dans un climat comme celui du Québec.    

« Ce sera un gros défi, comme ce sera la première fois, dans la neige. Nous ne savons pas vraiment à quoi nous attendre. Ce sera beaucoup d’apprentissage et d’ajustement pour le premier hiver, même si j’ai fait plusieurs recherches en Australie. Les recherches donneront des résultats plus valides, dès le deuxième hiver. »    

Le site tiendra plusieurs types de recherches, mais Mme Forbes se spécialise dans la collecte d’odeurs produites par les cadavres.    

« Nous essayons de comprendre comment les chiens localisent les odeurs quand ils cherchent quelque chose. Nous voulons analyser les composés chimiques de ces odeurs pour ensuite isoler les composantes clés que les chiens détectent », précise-t-elle.    

Ces recherches pourraient permettre d’optimiser les capacités des maîtres-chiens. Ceux de la Sûreté du Québec vont d’ailleurs aller s’y entraîner.    

Une dizaine de dépouilles à la fois s’y trouveront. Ce sont celles de Québécois qui choisissent de donner leur corps à la science après leur décès.    

Des impacts concrets au Texas      

-C'est dans la vallée du Rio Grande, au Texas, que sont signalés chaque année le plus grand nombre de décès de sans-papiers dans l'État    

-Par manque de ressources, les autorités enterrent les « sans-papiers », sans les avoir identifiés ni avoir documenté le lieu de leur sépulture    

-Le Centre d’anthropologie de l’Université du Texas a lancé une opération en 2013 qui permet l’identification et le rapatriement des corps auprès des familles.      

Source : Daniel Wescott, directeur du centre d’anthropologie de l’Université du Texas