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Trudeau défend le démantèlement du barrage de Tyendinaga

Agence France-Presse

Justin Trudeau a défendu lundi le démantèlement par la police canadienne d'un barrage autochtone qui paralysait depuis des semaines un axe ferroviaire crucial, avec l'espoir de mettre fin rapidement à une crise provoquée par la protestation contre un projet de gazoduc. 

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Ce barrage avait été érigé début février en soutien à la nation Wet'suwet'en de Colombie-Britannique, opposée à la construction d'un gazoduc sur son territoire ancestral. 

«Il est important de continuer à travailler sur la réconciliation, même dans les situations difficiles, et c'est ce que nous avons fait jusqu'à ce que nous disions trop c'est trop, les barrages doivent être levés», a déclaré le premier ministre canadien lors de la séance des questions au Parlement. 

Il a rappelé que son gouvernement avait cherché, pendant dix jours, le dialogue avec les autochtones. «Mais lorsqu'il est devenu clair que les communautés autochtones n'étaient pas prêtes à négocier de bonne foi avec nous, nous avons changé notre position», a-t-il dit. 

Plusieurs dizaines de policiers sont intervenus lundi matin sans violence sur l'un des principaux barrages du pays: celui situé sur la réserve mohawk de Tyendinaga, près de Belleville (Ontario), à environ 200 km au nord-est de la métropole Toronto.  

Le barrage de Tyendinaga est situé sur un axe stratégique pour le trafic ferroviaire entre l'est et l'ouest du Canada, ainsi qu'avec le nord des États-Unis. 

Après une brève échauffourée avec quelques manifestants, filmée par l'un d'eux et diffusée sur les réseaux sociaux, la police a interpellé plusieurs personnes. 

«Bonne foi» 

La police de l'Ontario «a la responsabilité légale de faire respecter l'injonction et nous avons commencé à le faire ce matin», a-t-elle indiqué dans un communiqué, alors qu'un ultimatum aux manifestants avait expiré dimanche à minuit. 

Les chefs héréditaires de la nation Wet'suwet'en à l'origine du mouvement devaient se réunir dans la journée en Colombie-Britannique pour décider de la suite à lui donner. 

Samedi, alors qu'ils visitaient un autre barrage en territoire mohawk, à Kahnawake, près de Montréal, plusieurs d'entre eux avaient réitéré leurs demandes, préalables à toute négociation avec le gouvernement: retrait complet de la police fédérale de leur territoire ancestral en Colombie-Britannique et suspension des travaux du gazoduc par la compagnie Coastal GasLink. 

Une mise en garde de Justin Trudeau n'a pas semblé dissuader les manifestants: si un barrage au sud de Montréal a été levé par la police vendredi soir, d'autres ont fleuri pendant le week-end en Saskatchewan ou à Vancouver, dans l'ouest du pays. 

Spectre d'Oka 

Lundi matin, quelques heures après l'intervention policière à Tyendinaga, des membres de la communauté mohawk de Kahnawake, qui bloquent également des voies sur leur territoire depuis plusieurs semaines, ont brièvement perturbé la circulation sur un pont menant à Montréal. 

Dans la capitale Ottawa, plusieurs centaines de personnes ont défilé et dansé dans les rues lors d'une manifestation spontanée, a constaté l'AFP. 

«Il est absolument essentiel que ces barricades soient levées», a réaffirmé lundi le ministre de la Sécurité publique Bill Blair, en marge d'une réunion d'urgence convoquée par Justin Trudeau à Ottawa.  

Pour autant, «nous restons engagés à mettre en oeuvre le processus de réconciliation, mais ce sont deux questions distinctes», a-t-il ajouté. 

Un Justin Trudeau à bout de patience avait durci le ton vendredi face aux manifestants. Il avait exigé la levée immédiate de tous ces barrages qui affectent l'économie canadienne, tout en appelant à une reprise du dialogue et à une issue «pacifique» à cette crise. 

M. Trudeau, qui a fait de la réconciliation avec les autochtones l'une des priorités de son deuxième mandat, marche sur des oeufs. 

Pressé d'agir vite par l'opposition conservatrice, le dirigeant libéral veut éviter que la crise ne dégénère en cas d'incident lors d'une intervention policière, comme ce fut le cas à plusieurs reprises ces dernières décennies. 

Il y a trente ans, la crise d'Oka au Québec, qui avait mobilisé les Mohawks en raison de l'agrandissement controversé d'un terrain de golf, avait fait un mort du côté des forces de l'ordre. Lundi, des Mohawks ont dressé un nouveau barrage routier à Oka en solidarité avec la nation Wet'suwet'en. 

Cinq ans plus tard, c'est un militant autochtone qui avait été tué par balle par la police lors d'une intervention dans le parc provincial d'Ipperwash en Ontario.