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Petite bière pour pomme pourrie

Antoine Robitaille | Agence QMI

Une source chez Hydro-Québec me confiait sa colère noire hier à la suite du reportage de notre Bureau d’enquête sur le «ripou» de la société d’État.

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Cet architecte Guy Huot, filmé la main dans la poche de sa chemise, trop petite pour l’enveloppe de 500 $ comptants qu’il venait de recevoir. Ma source insiste: chez Hydro, on se décarcasse pour prévenir et combattre cela. «Et là, tu as cette pomme pourrie qui est filmée en prenant une enveloppe! Devant sa petite bière, aux frais du corrupteur. Pas chic!»

ISO-Anticorruption

L’affaire éclate alors que les murs du siège social sont tapissés d’une affiche intitulée «Notre engagement dans la lutte contre la lutte à la corruption», annonçant l’adoption de la norme ISO 37001:2016.

Au bas, ceci: «Au quotidien, je prends les moyens nécessaires pour protéger l’entreprise contre les risques de corruption. Je refuse notamment toute offre, tout don ou tout autre avantage indu, peu importe sa valeur, dont l’acceptation contreviendrait aux règles applicables.»

On comprend la déception du p.-d.g d’Hydro Éric Martel face à la «vidéo réalité» accablante. Depuis 2012, Hydro a multiplié les gestes pour être exemplaire. Une «ligne éthique» indépendante a notamment été ouverte pour recevoir les dénonciations. Ici, c’est notre Bureau d’enquête qui a joué ce rôle. Bravo! La leçon? Que ceux qui veulent dénoncer le fassent. Chez nous ou ailleurs!

Prendront le relais, dans l’affaire Huot, l’UPAC, l’Ordre des architectes et Hydro. Afin de prévenir toute altération de la preuve, les accès de l’employé maintenant suspendu ont hier matin été annulés et son bureau est surveillé afin d’empêcher toute destruction de documents.

Notons tout de même certaines circonstances douteuses: le corrupteur depuis 17 ans, André Dansereau, s’est dans les faits dénoncé lui-même. Et semble avoir voulu régler ses comptes avec le corrompu (d’aucune utilité dans son litige de 170 000 $)... ou pour nuire à Hydro.

«Petite bière»

Cette histoire constitue de la «petite bière» par rapport à ce qu’on a soupçonné depuis 2009. L’ancien policier Jacques Duchesneau avait écrit, dans son deuxième rapport à la commission Charbonneau, que grâce à ses «entrées au sommet de la fonction politique», le solliciteur de fonds libéral Franco Fava et «des entreprises [de] sa famille ont obtenu pour quelque 780 millions $ de contrats d’Hydro-Québec [en] huit ans». Des allégations suivies d’aucune accusation ou arrestation.

Comme l’enquête Justesse, impliquant aussi Fava, sur des pots-de-vin planqués en Suisse en lien avec la privatisation d'immeubles à Québec dans les années 2000, abandonnée après huit ans... Dans cette optique, Huot a l’allure d’un petit revendeur de rue épinglé alors que les têtes dirigeantes du réseau continuent d’opérer en toute liberté.

L’autre hypothèse est plus rassurante et ne doit pas être exclue: les règles sont maintenant tellement strictes dans les hautes sphères (politique, haute direction) qu’il ne reste que ce type de petite corruption, à coup de billets de 20 $.

Espérons! Si vous me traitez de naïf, amenez-nous des preuves du contraire. On est preneurs.

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