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L’importance de la beauté

Antoine Robitaille | Agence QMI

Je ne sais pas si c’est la bonne journée pour écrire sur la beauté.

Le premier ministre Legault et son gouvernement sont attaqués sur plusieurs fronts: pour sa réforme de la gouvernance scolaire; pour les propos du premier ministre sur les AK-47 que les Mohawks auraient sur certaines barricades; pour sa charge contre certains articles du «Journal», etc.

«Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur», a dit Beaumarchais. Et puisqu’on blâme souvent et librement dans cette chronique, il faut aussi, quand c’est mérité, faire l’éloge d’orientations prometteuses.

Préoccupation bien ancrée

Or, la préoccupation pour la beauté semble réelle et bien ancrée au gouvernement Legault. Il faut le dire. La beauté des milieux où les personnes âgées habiteront, avec les projets de «maison des aînés». Et la beauté des écoles, selon ce que le gouvernement a annoncé mardi.

Ce n’est pas un accident si François Legault a tenu à participer à l’annonce sur les «belles écoles». Dès la campagne électorale de 2018, il mettait l’accent sur l'importance de la beauté, promettant des concours d'architecture pour les écoles.

Dans son discours d’ouverture, il s’amusa à contraster sa préoccupation avec son personnage de comptable terne: «Je ne suis pas réputé pour être un rêveur, mais, sur ce dossier-là, je rêve. Je rêve qu'on ait, au Québec, les plus belles écoles, parce que, oui, je suis convaincu que la beauté contribue à la réussite. La beauté, ça favorise le climat de travail pour les enseignants, puis la beauté, ça donne le goût de l'école aux enfants.»

Pas le premier

Pour ce qui est des écoles, Legault et la CAQ ne sont pas les premiers à vouloir mettre l’accent sur cet aspect des choses. Sous le libéral Sébastien Proulx déjà, le projet de construire des écoles lumineuses, accueillantes, a fait partie d’un projet qui n’avait pas que des défauts, le fameux Lab-École.

Avec l’annonce de lundi, François Legault et son ministre précisent leurs ambitions, certes abandonne les concours d'architecture, mais publie un «guide de planification immobilière» audacieux qui vient avec le déblocage de sommes importantes: pour cette année, cela s’est traduit par 4 milliards $.

Depuis presque un siècle, on semble avoir construit de trop nombreux édifices publics au Québec en ne se souciant que de leurs coûts (qui devaient être bas) et de l’aspect purement fonctionnel. Que de structures platement conçues, avec des plafonds bas, sans fenêtres, à des époques où l’on croyait vraiment à la beauté... et à la solidité du béton.

Le gouvernement Legault parle aussi à l’occasion de la beauté en lien avec le projet Saint-Laurent de zones d’innovation. Bravo. Mais attention de trop lier beauté et innovation, beauté et futur. Il y a de superbes vieilles écoles à préserver. La beauté de nos villes et villages est aussi, la plupart du temps, concentrée dans de vieux bâtiments tels les églises et couvents légués par nos ancêtres, que l’on démolit actuellement à un rythme inquiétant.

Cette beauté-là mérite des soins, de l’attention, et des budgets.