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Attaque informatique à Châteauguay

Hugo Joncas | Journal de Montréal

Des pirates informatiques tiennent la Ville de Château-guay en otage depuis cinq jours. Elle est incapable d’accéder à ses données, rendues illisibles par un logiciel malveillant, a appris notre Bureau d’enquête.  

Le programme a infiltré le réseau de la Ville, avant de crypter tous ses fichiers, mercredi soir.   

« Nous n’avons plus d’accès : nos serveurs sont contaminés », dit le maire Pierre-Paul Routhier en entrevue.  

La division de la cybercriminalité de la Sûreté du Québec est chargée de l’enquête.    

Les données de la police municipale et des pompiers sont épargnées, assure le maire.    

Tard mercredi soir, les derniers employés présents dans les bureaux de la Ville ont vu des fichiers contenant le mot « Ryuk » apparaître sur leurs écrans. C’est le nom du programme qu’ont utilisé les pirates.    

Ce rançongiciel (ransomware) classique circule largement depuis 19 mois. Il rend les données ciblées illisibles et s’accompagne habituellement d’un fichier texte (.txt). Le pirate y demande un montant en bitcoins, une cryptomonnaie, pour rendre à la victime l’accès à ses informations.    

Pas de demande de rançon   

M. Routhier précise toutefois que la Ville n’a pas encore pu identifier de demande de rançon.    

Est-ce que la municipalité de la Montérégie pourrait décider de payer ?   

« Quand on aura un montant, on va pouvoir y réfléchir », dit le maire.    

Pour l’instant, Châteauguay tâche de mesurer l’étendue des dégâts.    

« Vendredi dernier, nous avions encore un serveur propre et aussitôt que nous avons voulu le brancher, il s’est contaminé tout de suite », raconte le maire.    

Les services de renseignement français pensent qu’un groupe de cybercriminels russes se cache derrière le logiciel Ryuk, selon un rapport publié en février. Mais il peut avoir loué ses services à un autre groupe, qui l’a utilisé pour attaquer Châteauguay.  

« Franchement, le rançonnage est devenu un vrai problème », dit Damien Bancal, directeur de la cyber­intelligence chez 8Brains, une société de cybersécurité.  

Dans le cadre de son travail, il entre en contact avec des pirates.   

« Quand je les interroge, ils disent que les victimes sont responsables. »  

Châteauguay sait déjà que la contamination a commencé par l’ouverture d’un fichier ou d’un lien dans un message, comme dans toutes les attaques par le Ryuk.  

« Il faut éduquer les gens, dit Stéphane Auger, vice-président de Microfix, une autre compagnie de cybersécurité. Ils ont tendance à ouvrir un courriel sans vérifier s’il est valide. »  

Peut faire mieux  

Le maire convient que Châteauguay devra faire mieux.   

« Ça nous prendrait une capacité de mieux se défendre de ces attaques-là. »    

M. Routhier mentionne qu’une firme était justement en train d’analyser les systèmes de sécurité informatique de la Ville pour les améliorer.   

« Ils devaient nous donner un rapport dans 14 jours. »    

Le site internet de la municipalité fonctionne toujours, mais les résidents n’ont pas accès à plusieurs données, dont les informations sur les taxes foncières.    

« À ce stade-ci, la Ville n’a aucune indication que des données personnelles de citoyens ou d’employés aient pu être accédées [sic] ou compromises », affirme-t-elle dans un communiqué.  

Châteauguay a aussi dû créer une série d’adresses courriel « temporaires » chez Vidéotron afin de remplacer sa messagerie électronique pour ses services, de la direction générale aux finances.   

 

QU’EST-CE QU’UN RANÇONGICIEL ?   

- C’est un logiciel malveillant programmé par des pirates informatiques. Ils peuvent ensuite s’en servir ou le « louer » à d’autres pirates, qui s’en serviront contre leurs propres cibles.  

- Un premier logiciel infiltre le réseau pour y faire du « repérage ».  

- Quelques jours plus tard, un deuxième programme vient crypter les données, rendues illisibles. Il laisse sur les postes infectés un fichier contenant la demande de rançon.  

- Pour déchiffrer les données, l’organisation­­­ ciblée doit souvent payer une rançon en bitcoins, une cryptomonnaie.