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Un virologue français teste un potentiel remède au COVID-19

L’Organisation mondiale de la santé ajoute la chloroquine à un programme mondial d’essais cliniques

Brigitte Noël | Journal de Québec

Un médicament communément utilisé contre la malaria et ayant démontré des résultats prometteurs contre la COVID-19 en France fait maintenant partie d’un programme d’essais cliniques multinational de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).   

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Didier Raoult, chercheur de l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée infection de Marseille, a partagé mardi les résultats encourageants qu'a généré un essai clinique à l’hydroxychloroquine effectué sur 24 patients atteints du nouveau coronavirus.       

Mercredi après-midi, l’OMS a annoncé que la chloroquine ferait désormais partie d’un programme d’essais cliniques international visant à développer un remède contre la COVID-19.       

«Au bout de 6 jours, ce que l'on a constaté, c'est qu'il y avait une différence très significative entre les gens qui étaient traités et non traités, [...] ce qui a été une relative surprise», affirme M Raoult au sujet de sa découverte.       

Dans une vidéo YouTube publiée par l’IHU, il explique que ces constats ont été mesurés en testant la charge virale dans le sang, c’est-à-dire la quantité de virus présente chez les patients infectés. Didier Raoult explique que quand la charge de virus diminue, les patients se rétablissent.       

  

  

L’ajout d’azithromycine, un antibiotique, à la dose d’hydroxychloroquine rendrait le traitement encore plus efficace, car dans plusieurs cas, des surinfections bactériennes aggravent la sévérité de la maladie. «Les gens qui avaient pris de l'hydroxychloroquine plus de l'azithromycine avaient une réaction qui était encore plus spectaculaire, puisqu'ils étaient pratiquement tous curés de la présence du virus au bout de six jours, dit-il dans sa vidéo. Il y avait une amélioration subjective des patients extrêmement rapidement, à 24 ou 48 heures.»       

Selon ce qui a été observé de la maladie à ce jour, les gens atteints du virus le portent pendant une moyenne de 12 à 20 jours.    

Encouragé par la découverte du Dr Raoult, le gouvernement français compte permettre à d’autres hôpitaux de tester ce remède potentiel.       

Effets secondaires?   

Sur son site, le Réseau français des centres régionaux de pharmacovigilance avertit que la chloroquine présente plusieurs effets secondaires indésirables et qu'elle s’avère «hautement toxique en cas de surdosage», ajoutant que la chloroquine est «contre-indiquée ou fortement déconseillée en cas de diabète, épilepsie, maladies cardiaques, maladie de Parkinson», entre autres.    

Selon Dr Gergely Lukacs, professeur au Département de physiologie et de biochimie à McGill, ces indications ne devraient pas être dissuasives. «Tout médicament a des effets secondaires, mais ils ne sont pas extrêmement graves s'il est administré avec prudence», affirme-t-il.       

«Ce médicament est cliniquement approuvé, les effets secondaires sont acceptables et les avantages pourraient être importants, dit-il. On parle d'une maladie infectieuse qui a un taux de mortalité de 2 à 5%: je pense que cette piste est quelque chose qui devrait être sérieusement pris en compte.»       

À l’international   

Dr Gergely Lukacs rappelle qu’avant Didier Raoult, des chercheurs chinois avaient déjà publié plusieurs études sur l’efficacité de la chloroquine contre la COVID-19. Selon certains rapports, les Américains seraient aussi en train de considérer l’utilisation de ce médicament.       

Les Instituts de recherche en santé du Canada n’ont pas répondu à nos questions quant à la considération de ce type de test au Canada et le site de Santé Canada ne mentionne pas l’hydroxychloroquine.       

Selon Gergely Lukacs, le gouvernement canadien devrait absolument se lancer sur cette piste. En plus d'entraîner des résultats prometteurs, le traitement serait peu dispendieux. «C’est bon marché, les effets secondaires sont limités, il n'y a aucune raison de ne pas l’essayer», affirme le chercheur.       

Sur son site, Santé Canada indique étudier des demandes d’utilisation d’un antiviral expérimental appelé remdesivir pour traiter les patients atteints de la COVID-19 «au cas par cas».       

Développé pour lutter contre une variété de virus dont l’Ebola, le Marbug et le SRAS, le remdesivir n’est pas encore approuvé pour utilisation.    

«Il s'agit d'un médicament expérimental qui n'a été utilisé que chez un petit nombre de patients atteints de COVID-19 à ce jour», lit-on sur le site web de son fabriquant, la compagnie américaine Gilead Pharmaceuticals. «Gilead n'a pas une compréhension suffisamment solide de l'effet de ce médicament pour justifier une utilisation répandue à l'heure actuelle», insiste le géant pharmaceutique.       

Avec la chloroquine, le remdesivir est aussi parmi les médicaments inclus dans le programme d'essais cliniques multinational de l’OMS. Les deux autres produits à l’étude sont une combinaison de deux médicaments anti-VIH: le lopinavir et le ritonavir et le lopinavir et ritonavir avec interféron bêta.       

Lors d’études animales ou in vitro (c’est-à-dire dans des cellules en laboratoire), toutes ces substances se sont révélées efficaces pour contrôler le coronavirus.