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Détresse persistante des marchés mondiaux, insensibles aux milliards déployés

Agence France-Presse

En dépit des milliards promis par les grandes puissances pour soulager l'économie mondiale face à la crise du coronavirus, rien ne semblait pouvoir enrayer mercredi la spirale baissière des marchés, Wall Street replongeant à son tour dans le rouge.

À l'instar de Tokyo, qui a fini en baisse de 1,68%, les principales places boursières européennes et américaines ont toutes balayé leur rebond de la veille, accusant de nouveau de fortes pertes.

La Bourse de Paris s'est enfoncée de 5,94%, à 3754,84 points, Francfort de 5,56% et Londres de 4,05%. De son côté, Madrid a perdu 3,44% et Milan 1,27%.

Même tableau rouge vif côté américain, puisque Wall Street a connu une suspension de séance peu avant 17H00 GMT après une chute de 7% du S&P 500, la quatrième depuis lundi.

La bouffée d'oxygène octroyée la veille par les annonces de la Fed et de l'administration américaine ont fait long feu et, à la reprise, vers 17H15 GMT, le S&P 500 reculait de 7,55%, le Dow Jones de 8,38% et le NASDAQ, à forte coloration technologique, de 6,75%. Vers 17H30, le Dow Jones perdait même 10%.

Les cours du pétrole poursuivaient pour leur part leur chute libre, retrouvant des niveaux plus vus depuis 2002-2003 avec un WTI autour de 24 dollars et un Brent oscillant autour des 27 dollars.

La dégringolade touchait aussi la livre, qui perdait 4,42% face au dollar vers 17h25 GMT (18h25 à Paris).

Quant aux taux souverains à dix ans, après une forte tension en début de séance, ils semblaient revenir à une hausse plus modérée, de l'ordre de 10 points de base pour la France et les États-Unis et de 20 points de base pour l'Allemagne et le Royaume-Uni, tandis que l'Italie voyait son rendement repartir à la baisse.

«La hausse d'aujourd'hui sur les taux souverains est évidemment liée au fait que les multiples annonces des États ces derniers jours - et pas forcément de manière coordonnée - pour lancer des plans de soutien à l'économie ne font pas tant craindre une hausse des déficits à moyen terme que le financement» de telles mesures, explique à l'AFP Guillaume Truttmann, gérant chez Meeschaert Asset Management.

Ce financement implique que «les programmes d'émissions de dette souveraine dans les prochains mois vont évidemment augmenter», générant «une décote» qui est en train de se matérialiser par la hausse des taux, ajoute-t-il.

Un grand nombre de banques centrales ont abaissé récemment leurs taux directeurs et procèdent à des injections massives de liquidités. Dans le même temps, plusieurs grands pays ont annoncé de larges soutiens budgétaires. Mais tant que le virus sera présent, les experts doutent de l'efficacité de telles mesures.

«À court terme, la réponse des autorités s'est avérée décevante: manque de coordination internationale tant au niveau des banques centrales que des États», juge dans une note Benoît Vesco, directeur des investissements de Meeschaert AM.

«Dans ce contexte, alors qu'il faudra du temps pour juguler la crise sanitaire, la volatilité va rester particulièrement élevée tant que les autorités monétaires et gouvernementales n'apporteront pas le soutien nécessaire», selon le spécialiste.

Derniers en date à dégainer: le Royaume-Uni et le Canada. Le premier offrira la garantie de l'État sur les prêts aux entreprises pour un montant atteignant 330 milliards de livres (363 milliards d'euros) et des aides de 20 milliards de livres.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a annoncé pour sa part un nouveau plan de 27 milliards de dollars canadiens (17 milliards d'euros) d'aides directes et de 55 milliards de reports d'impôts.

La note de tous ces efforts va être très salée alors que les États-Unis affinent un plan de soutien dont le montant avoisinerait les 1.000 milliards de dollars, selon les médias américains.

«Pour le moment, les gouvernements ajoutent des décisions nouvelles à d'autres à peine prises, les banques centrales semblent claquemurées dans leur autonomie et la coopération internationale est réduite aux acquêts», souligne dans une note La Banque Postale Asset Management (LBPAM).

«Le tout n'envoie un message ni de lisibilité, ni de maîtrise un tant soit peu prospective de la situation», poursuit-elle.

«Tant que les cas n'auront pas atteint un pic en Europe et aux États-Unis, les marchés resteront sous pression», prévient pour sa part Esty Dwek, directrice de la stratégie de marché chez Natixis IM Solutions.

Alors que l'Union européenne ferme toutes ses frontières avec l'extérieur jusqu'au 17 avril, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a admis que les responsables politiques avaient tous «sous-estimé» au départ l'ampleur du danger représenté par l'épidémie.

Après l'Italie, l'Espagne et la France, c'était au tour de la Belgique mercredi de passer au confinement général alors que l'Europe est devenue l'épicentre de la pandémie, qui a fait près de 8000 morts dans le monde.

«La question n'est pas de savoir s'il y aura une récession induite par le coronavirus, mais à quel point elle sera grave», affirme de son côté Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote Bank.

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