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COVID-19: un défi pour les éboueurs

Jean Balthazard

Photo d'archives

La pandémie de la COVID-19 a beau avoir paralysé une partie de la société, les éboueurs doivent continuer de ramasser les ordures pour éviter des cas d’insalubrité publique. Malgré le risque de contagion, ils gardent le moral et sont fiers d’offrir un service essentiel. 

«On a des bons soldats», a résumé Sylvain Boisvert, directeur aux opérations chez Ricova, une compagnie de collecte qui dessert l’île de Montréal ainsi que la Rive-Nord et la Rive-Sud. 

Jocelyn Hébert travaille justement pour Ricova comme chauffeur de camion à ordures. Le risque de propagation ne l’inquiète pas pour l’instant. Il tient à rappeler que les éboueurs sont aussi importants que les policiers, les ambulanciers ou même, les pompiers. «On ne peut pas passer des mois sans ramasser les déchets», a-t-il confié. 

Plus de précautions 

Même si les entreprises de collecte continuent d’offrir les mêmes services qu’avant, certaines ont tout de même adopté des mesures sanitaires plus strictes. 

Par exemple, les dirigeants de compagnies comme Ricova ou Derichebourg prennent la température de leurs employés chaque matin pour vérifier s’ils ne sont pas malades. Ils leur demandent de jeter leurs gants à la fin de journée. Ils limitent aussi les contacts dans les bureaux administratifs où se rejoignent généralement les éboueurs. 

«On ne peut rien toucher dans les bureaux», a indiqué Alex Boucher-Cloutier, qui est éboueur depuis trois ans. Pour l’instant, la situation ne le stresse pas plus qu’il faut. Il prend lui aussi certaines précautions supplémentaires. Il a demandé, par exemple, à quatre personnes qui sortaient de leur domicile avec leurs poubelles de déposer directement leurs déchets dans la benne du camion pour éviter tout contact direct. 

Mais puisque les éboueurs travaillent majoritairement à l’extérieur et qu’ils ne sont pas confinés dans un lieu fermé, les risques de contagion sont moins élevés, rappelle le directeur des activités à la compagnie Derichebourg, Cyrille Nottoli. 

«On essaie d’informer au maximum nos salariés sur les risques et sur les méthodes de prévention, mais le moral est bon», a-t-il ajouté. 

Manque de main-d’oeuvre? 

Pour l’instant, les services de collecte à Montréal ne sont pas touchés par un absentéisme marqué de travailleurs, a confirmé un porte-parole de la Ville. Par contre, si plusieurs éboueurs devaient se placer en isolement volontaire ou étaient touchés par le virus, le rythme d’opération pourrait être affecté. 

«C’est pour ça qu’on a mis des plans pour prioriser nos collectes», a expliqué M. Nottoli. 

Ainsi, si Derichebourg devait ralentir son rythme d’opération par manque d’éboueurs et d’équipements, elle ramasserait tout d’abord les ordures ménagères. Après, elle s’occuperait, en ordre, du compost, du recyclage et des résidus de construction. 

Cyrille Nottoli ajoute toutefois qu’il a reçu plus de curriculum vitae qu’à l'habitude ces derniers jours, probablement, parce qu’ils sont plusieurs à avoir perdu leur emploi en temps de crise, croit-il. 

Donc, pour l’instant, les services de collecte suivent les mêmes horaires, a fait savoir la Ville de Montréal, ajoutant du même coup qu'elle sera prête à suivre les directives de la Direction de la santé publique si de nouvelles recommandations sont annoncées. 

Est-ce possible qu’un éboueur attrape la COVID-19 en prenant un bac d’ordures ou de recyclage? 

Le coronavirus peut survivre jusqu’à trois jours sur du plastique ou de l’acier inoxydable et jusqu’à 24 h sur du carton, d’après une étude préliminaire américaine. La maladie pourrait théoriquement se transmettre depuis une surface contaminée, même si rien ne dit que c’est bel et bien ce qui se produit. Cette étude du National Institute of Allergy and Infectious Diseases doit encore être validée par des pairs, comme toute recherche. 

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