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COVID-19: des employés de la SAQ refusent de rentrer au travail

Jean-Michel Genois Gagnon | Le Journal de Montréal

PHOTO JEAN-FRANÇOIS DESGAGNÉS

Craignant la pandémie de COVID-19 et expliquant mal la décision du gouvernement sur le maintien des activités, plusieurs travailleurs de la Société des alcools du Québec (SAQ) ont décidé au cours des derniers jours de ne plus rentrer au travail.   

C’est ce qu’a confirmé au Journal le syndicat des employés de la SAQ (SEMB-SAQ–CSN). Ces travailleurs estiment que la société d’État n’est pas un service essentiel et que les succursales devraient fermer.   

Mardi, le syndicat n’était toutefois pas en mesure de fournir de chiffres sur le nombre de salariés ayant choisi de rester à la maison. Ils sont environ 5500 à répondre aux consommateurs dans les points de vente.    

Rappelons que lundi, le gouvernement Legault a demandé la fermeture de tous les commerces et les entreprises non essentiels. Les magasins de la SAQ et de la Société québécoise du cannabis (SQDC) demeurent ouverts.    

Selon différents travailleurs de la SAQ avec qui Le Journal a discuté au cours des derniers jours, il est «illogique» de maintenir les activités de vente de vins et de spiritueux dans les circonstances.   

«Les consommateurs peuvent acheter de l’alcool dans les épiceries et les dépanneurs. Je connais trois autres personnes qui ont aussi choisi de rester à la maison sans salaire. Il y a plusieurs personnes inquiètes», indique une employée préférant ne pas dévoiler son nom pour éviter les représailles.   

Elle refuse aujourd’hui de rentrer travailler. Celle qui a eu le feu vert de son supérieur est à la maison et elle ne reçoit pas de salaire.    

Pas assez de mesures   

Par ailleurs, certains travailleurs estiment que la SAQ n’a pas mis en place assez de mesures pour protéger les employés de ses succursales.    

«Il faut que la SAQ trouve une façon pour que les clients n’aient plus accès aux produits», affirme la présidente du syndicat, Katia Lelièvre.   

«Il y a des pharmacies qui le font. Je ne peux pas croire qu’une société d’État n’est pas capable de dire qu’on va prendre la commande des clients. L’employé pourrait aller chercher les bouteilles et les apporter à la caisse. Et ce n’est pas normal qu’il n’ait pas de plexiglas», ajoute-t-elle.   

Du côté de la SAQ, la direction confirme qu’elle doit «composer avec des enjeux de disponibilités, principalement en raison des isolements volontaires et des problématiques liées aux services de garde fermés».    

La société d’État dit faire preuve de flexibilité.   

Les succursales sont dorénavant fermées les dimanches. Les heures d’ouverture ont également été réduites.    

Cette lettre d'une employée qui œuvre auprès de la société d'État depuis 2010 a été rédigée la semaine dernière.  

Isolement, jour 4.   

Objectif du jour : dire NON à mon employeur.   

Depuis des années, j’ai deux emplois. Je suis propriétaire d’un bar de quartier en plus de travailler à la SAQ. Lorsque le gouvernement a exigé la fermeture des bars et autres lieux de rassemblement, afin de cesser la propagation de la COVID 19, je n’ai pas hésité une seule seconde. J’ai approuvé et respecté les mesures mises en place par le gouvernement.    

Alors que le gouvernement conseille fortement à la population de rester confinée à la maison et d’éviter toutes sorties non essentielles, la SAQ reste portes ouvertes. En succursale, on nous demande quel vin blanc accompagnerait bien une darne de saumon, marinade Dijon et érable. Je n’ai qu’un seul conseil à offrir aux clients : « rentrez chez vous ca***se ! » Mais bon nombre de clients ne semblent pas vouloir changer leurs habitudes, ils veulent le même service. Les clients au teint de snowbird fraîchement débarqués de l’avion viennent eux-mêmes acheter leurs bouteilles. Les consignes du gouvernement sont pourtant claires : RESTEZ CHEZ VOUS ! Ne venez surtout pas vous vanter de vos gorges qui picotent, de vos quarantaines qui seront bien arrosées ou simplement mentir sur votre état de santé afin de pouvoir vous réjouir d’une bouteille d’alcool pour calmer le stress de la crise.   

Je décide de faire ma part. Je refuse d’aller travailler dans ces conditions, et ce, même si la SAQ ne m’octroie pas de salaire. Je prends cette décision, malgré la fermeture du bar de quartier que je tiens depuis plusieurs années, malgré le congédiement de mes employés, à défaut de ne pas pouvoir les payer, et malgré le fait que je ne peux moi-même m’attribuer de salaire dans ce contexte. Je décide d’avoir le courage de suivre mes convictions. Je reste chez moi.    

Et voilà que, depuis mon salon, 13 h tapant, j’entends le premier ministre accorder un immense deux secondes et demi à tous mes collègues qui se démènent et vivent un grand stress psychologique au travail. Le gouvernement a-t-il oublié de parler de la situation des employé.e.s de la SAQ et de la SQDC dans son point de presse ? Un point de presse durant lequel je suis chez moi, non payée, craignant pour notre futur à tous et toutes et où j’entends Legault dire que la SAQ reste ouverte. Juste ça. Deux secondes et demie pour des milliers de dollars dans ses coffres chaque jour.    

Ai-je besoin de rappeler que l’alcool n’est pas un besoin essentiel ? Ai-je besoin de dire que l’alcool affaiblit le système immunitaire ? Et ne vous méprenez pas, j’aime le vin ! Mais pourquoi faut-il risquer la santé de tant de gens, clients et employés confondus ? La réponse est simple. Le gouvernement semble prêt à sacrifier la santé d’employés de la SAQ et de la SQDC pour faire la piastre.   

Au passage, je tiens à saluer le courage des gens œuvrant dans le domaine de la santé et des transports. Beaucoup d’entre nous préféreraient de loin se rendre utiles en faisant du bénévolat, plutôt que de distribuer de l’alcool et d’aider le virus à se propager.    

Revenons à l’essentiel. La santé.