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Des employés d’IKEA Canada forcés de travailler

Philippe Orfali | Le Journal de Montréal

En pleine pandémie, IKEA Canada exige de ses milliers d’employés qu’ils se présentent au travail afin de répondre à la vague d’achats qui inonde actuellement son site internet, a appris le Journal. Les employés qui refusent pourraient être pénalisés par l’employeur.   

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Le fabricant de meubles suédois a bel et bien fermé les portes de ses trois magasins québécois au cours des dernières semaines, à la demande des autorités. Mais les commandes en ligne continuent d’affluer, parce qu’IKEA a maintenu le service « Cliquer + Ramasser », qui permet d’acheter en ligne et de ramasser les commandes au magasin.   

Ce service est depuis inondé de commandes, si bien que la période d’attente pour le ramassage a été prolongée par le détaillant.   

Pendant ce temps, les employés des trois magasins du Québec se sentent laissés à eux-mêmes.  

« Si je refuse de travailler au service à l’auto, je ne serai plus payée », s’est inquiétée l’une d’elle en entretien au Journal. « Et si je refuse de me présenter au travail, je n’ai pas droit au chômage. » Elle se dit préoccupée par les mesures sanitaires prises par son employeurs, qui seraient selon elle insuffisantes.  

Risquer sa vie pour des housses de coussins  

Le président du syndicat du IKEA Montréal, Benoit Pelletier, a d’ailleurs écrit au président d’IKEA Canada, Michael Ward, hier.   

« Je ne comprends pas comment nous pouvons rester ouverts. Il y a un consensus planétaire des gouvernements qui demandent à la population de rester chez elle, et nous on doit sortir pour aller faire (vendre) des housses de coussin ? Chaque fois qu’un collaborateur prend le métro, ça le met à risque, chaque fois qu’un collaborateur fréquente son lieu de travail ça le met à risque. Plusieurs d’entre nous vivent avec de jeunes enfants, des personnes immunodéficientes ou tout simplement avec nos parents qui ont 70 ans », s’indigne-t-il dans une lettre dont nous avons obtenu copie.  

Comme IKEA refuse de mettre ses employés à pieds de façon temporaire, ils ont à choisir entre rentrer travailler pour obtenir un salaire, ou de rester chez eux et de renoncer à leur paie. Impossible pour eux de toucher l’assurance emploi.   

« Plusieurs personnes dans le magasin voudraient partir en mise à pied volontaire, mais pour une raison qu’on ignore, IKEA Canada refuse », écrit M. Pelletier, dont le syndicat est affilié à la Fédération du commerce de la CSN.  

« Nous sommes fatigués, tannés et épuisés. Votre obstination à rester ouvert est incompréhensible en temps de pandémie mondiale. Je vous rappelle qu’il y a des gens qui meurent et d’autres qui restent avec de grandes séquelles. Les collaborateurs IKEA ne sont pas contents », martèle le président du syndicat.  

IKEA Canada n’a pas encore donné suite à notre demande d’entrevue. L’entreprise compte 7 300 employés au Canada, dont au moins 1200 au Québec.   

Sur son site, l’entreprise affirme « qu’en ces temps difficiles, (elle s’)engage à payer tous (ses) collaborateurs et collaboratrices pour les heures de travail prévues à leur horaire ». Mais le syndicat affirme que c’est uniquement si les employés se présentent au travail, à moins qu’ils soient en quarantaine pendan 14 jours.

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