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Situation catastrophique pour les fondations qui œuvrent auprès des enfants malades

Mickael Destrempes | Journal de Montréal

Crédit photo : Aditya Romansa sur Unsplash

Avec les pertes d’emploi massives, la chute des marchés boursiers et les faillites potentielles de petites et grandes entreprises, on peut facilement oublier que les organisations caritatives seront aussi sévèrement touchées. Peut-être même plus dans certains cas.   

Maud Cohen, PDG de la Fondation CHU Sainte-Justine, et Lorie Blumer, Directrice générale de la Fondation Just for Kids au soutien de l'Hôpital de Montréal pour enfants, lancent toutes deux un cri du cœur.      

Annulations et reports d’activités de collecte de fonds  

Les deux organisations prévoient déjà un gros manque à gagner en raison de l’incapacité de tenir les évènements qui permettent de solliciter les grands donateurs.       

Si Just for Kids (JFK) n’a pas encore officiellement annulé son tournoi de golf prévu en juin, c’est chose faite pour la Fondation CHU Sainte-Justine (FCSJ).      

«On a déjà annulé notre tournoi qui est notre activité de collecte de fonds la plus importante, explique Mme Cohen. Il est difficile d’avoir l’attention des donateurs et des partenaires pour des évènements du genre. Nos grands donateurs qui financent certaines initiatives vivent aussi de sérieux enjeux financiers. Certains nous ont déjà annoncé qu’ils devaient reporter leurs engagements.»       

Pour JFK, qui est une opération beaucoup plus petite que la FCSJ, l’annulation du tournoi est pratiquement impensable pour Mme Blumer.      

«Notre tournoi au golf Le Mirage en juin représente 250 000$ sur le total de 800 0000 $ qui provient des collectes de fonds. S’il peut avoir lieu plus tard, on aura une chance de récupérer le manque à gagner.»      

Malgré l’envergure de la Fondation CHU Sainte-Justine, les conséquences pourraient aussi être dévastatrices selon sa PDG.       

«On est une grande fondation et on a été prudent au cours des dernières années. Mais je ne suis pas certaine que ce qu’on a fait va nous permettre de maintenir la tête hors de l’eau pour longtemps encore. On génère aussi des revenus de placements, mais cette année, on va être dans le négatif.»      

Des impacts directs  

Pour les deux organisations, il est inévitable que des décisions difficiles doivent être prises.       

Maud Cohen de la FCSJ : «Les familles d’enfant malade, qui se retrouvent avec un revenu réduit, font encore face à des hospitalisations prolongées. Le manoir Ronald McDonald a annoncé qu’il n’accueillerait pas de nouveaux visiteurs. Alors les gens qui viennent de l’extérieur ne seront pas capables de se loger à bas coûts. On doit trouver des moyens de les aider.»       

«Il y a aussi les travaux de recherches qui sont rarement financés. On ne doit pas se leurrer, ce sont les fondations qui s’occupent des travaux de recherches dans nos hôpitaux.»       

Lorie Blumer de JFK : «Chaque année, l’hôpital dresse une liste de leurs besoins et nous finançons ce qui correspond le plus à notre mission. Souvent, ce sont des initiatives qui viennent en aide à la famille des enfants malades ou pour l’achat d’équipement médical. Le gouvernement finance la base, mais ce sont les fondations comme la nôtre qui servent à combler le fossé permettant d’offrir des soins et des services de qualité supérieure.»      

«Nous nous sommes engagés à fournir un travailleur social pour offrir du soutien psychologique dans la salle d’urgence. On entend des histoires d’enfants aussi jeunes que 6 ans qui ont des pensées suicidaires. Et avec la crise, on peut s’attendre à ce que les choses empirent. Ce serait tragique de ne pas pouvoir respecter cette promesse.»       

«Notre conseil devra trancher. Nous avons suffisamment d’épargne pour respecter nos engagements. Mais ce sera nos opérations d’administration qui en feront les frais. Ce qui mettra en péril la survie de la fondation.»     

Garder espoir malgré tout  

En gardant espoir d’un retour à «la normale» sous peu, les deux gestionnaires disent devoir faire preuve de créativité.        

«Il y a certains grands donateurs qui vont continuer de vouloir nous appuyer, pense Mme Cohen. On cherche des façons d’aller chercher leur attention.»      

Elle a d’ailleurs publié un appel à l’aide au public la semaine dernière (pour lire la lettre). Mais à travers le brouhaha médiatique actuel, il est difficile de se faire entendre.       

Maud Cohen rappelle que les dons en ligne, aussi petits soient-ils, feront une grande différence.       

Lorie Blumer conclut notre entretien sur une note de résilience : «On a notre mission à cœur plus que jamais. On a fait une promesse aux enfants et on veut la tenir.»     

Pour les encourager, visitez leurs site web :     

Fondation CHU Sainte-Justine

Fondation Just for Kids