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Cri du cœur des préposés aux bénéficiaires

Brigitte Noël et Marie-Christine Noël | Journal de Montréal

PHOTO ADOBE STOCK

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En course d’un CHSLD ou d’un département hospitalier à l’autre avec des mesures préventives lacunaires, des préposés aux bénéficiaires qui craignent de manquer d’équipement signalent leur détresse au gouvernement Legault.   

Victor* a travaillé plus d’une quinzaine de quarts de travail dans les deux dernières semaines, dans plusieurs départements d’un même hôpital, dont un qui comptaient des cas de COVID-19.    

«On nous dit juste de se laver les mains et de se changer entre les quarts, dit ce préposé aux bénéficiaires de Lanaudière, qui a demandé l’anonymat par peur de perdre son emploi. Ils ne devraient pas permettre aux travailleurs de la santé de se promener d’un département à l’autre, ça va être à cause de nous si les clients ont des problèmes.»    

Johanne*, préposée en CHSLD, ajoute que les mesures en place pour empêcher la contagion devraient être resserrées. «Si on est en contact avec un client qui a la gastro, on est brûlés pour deux jours et on doit s’isoler, explique-t-elle. Mais ce n’est même pas comme ça pour la COVID encore.»    

Des équipes mal outillées  

Selon ces travailleurs de première ligne, leurs équipes sont mal outillées pour gérer la crise, ce qui pourrait mettre en danger leurs santé et celle de leurs patients. À court d’effectifs, ils disent être surchargés et forcés de travailler sans l’équipement de protection nécessaire, avec des mesures préventives lacunaires.    

Johanne s'inquiète aussi de la disponibilité de l’équipement de protection. «Nos masques sont sous clé, il faut toujours courir après, affirme-t-elle. À ce jour, nous n'en avons pas manqué, mais on a une seule boîte dans le département et on se croise les doigts qu’il y en ait une autre de cachée quelque part.»    

Chez les employeurs de Victor, les masques se font si rares qu’on demande aux travailleurs de les recycler. «Ils veulent qu’on utilise le même masque, mais l’extérieur est contaminé, donc on contamine les autres», dit-il, ajoutant que les masques qui lui sont fournis ne sont pas toujours de la bonne taille pour son visage et donc, ne le protègent pas toujours adéquatement.    

«On dirait qu’ils attendent que ça arrive pour faire de quoi, se désole Johanne. Ils disent “on n'est pas rendus là”. Mais quand on va être rendus là, il va être trop tard.»    

Lors de son point de presse quotidien jeudi, le directeur de santé publique Horacio Arruda a annoncé que des 1629 cas de COVID-19 identifiés dans la province, 46 sont des employés du domaine de la santé.    

Salaires bonifiés    

Lors de son point de presse jeudi après-midi, François Legault a dit vouloir bonifier les salaires de cette main d’œuvre. Lors de son allocution, il a fait un lapsus et a appelé les préposées des «bénévoles». À noter qu’un préposé travaillant au privé, notamment aux ressources intermédiaires, gagne environ 13 $ de l’heure. Un préposé au public peut gagner quelques dollars de plus.  

«On a l’intention depuis longtemps d’augmenter la rémunération des préposés au bénéficiaires, ça fait partie des raisons pourquoi on a des discussions avec les syndicats en ce moment.»    

De son coté, Johanne Pratte, directrice générale de L'Association des ressources intermédiaires en hébergement du Québec (ARIHQ) affirme que le gouvernement ne les a jamais contactés, et ce même s’ils sont «en première ligne»    

«Depuis la semaine dernière on a demandé aux différents ministères et à la ministre McCann un soutien financier pour faire face à la crise, pour retenir nos employés, mettre plus d’employés [à l’oeuvre] et mettre en place toutes les mesures qu’on nous demande, et on n’a reçu aucune nouvelle », se désole Mme Pratte.    

Elle confirme que des employés songent à quitter leur emploi. «On a reçu des appels des propriétaires des ressources intermédiaires qui nous disent que leurs employés se demandent s’ils ne devraient pas prendre le 2000 $ du gouvernement au lieu de travailler, affirme Mme Pratte. Le réseau est précaire et les salaires sont trop bas. On est en pleine situation de crise, le réseau public nous en demande de plus en plus. Le problème c’est qu’on va craquer. C’est urgent.»    

*Les noms de ces intervenants ont été changés pour protéger leur identité