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Près de la moitié du monde en confinement, l'épidémie s'étend

Agence France-Presse

Plus de trois milliards de personnes sont entrées samedi dans un nouveau weekend de confinement à travers le monde confronté à une accélération de la pandémie de coronavirus qui a déjà fait plus de 25 000 morts et frappe de plein fouet l'Europe, Italie en tête. 

Dans la péninsule, la maladie de COVID-19 a tué près d'un millier de personnes en 24 heures, un bilan quotidien inédit pour un seul pays depuis le début de la crise. Après l'Italie (9134 morts), c'est l'Espagne qui compte le plus de décès (plus de 4858, dont 769 lors des dernières 24 heures) dans le monde. 

La contagion continue toutefois de ralentir dans la péninsule, suscitant l'espoir que les mesures drastiques de confinement prises il y a deux semaines, donnent enfin des résultats, même si le pic n'est toujours pas atteint. 

D'autres pays en revanche n'en sont pas encore là. 

Les États-Unis ont dépassé vendredi la barre des 100 000 personnes contaminées. La veille, ils avaient déjà dépassé l'Italie et la Chine pour devenir le pays du monde à compter le plus de cas déclarés d'infection au nouveau coronavirus. 

Cette situation a incité le président américain, Donald Trump, à contraindre par décret le constructeur automobile General Motors à produire des respirateurs artificiels, vitaux pour les malades du COVID-19, toujours plus nombreux à être hospitalisés. Car l'équipement vient à manquer après des semaines de pandémie. 

Pénurie pour les soignants 

Le patron de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a ainsi estimé que «la pénurie chronique mondiale d'équipements de protection individuels» pour les personnels soignants représentait une «menace imminente» dans la lutte contre la maladie de COVID-19 

En France, le gouvernement a prolongé de deux semaines le confinement de la population à compter de mardi, soit jusqu'au 15 avril. «Il va falloir tenir», a prévenu le premier ministre français Édouard Philippe, mettant en garde contre «la vague extrêmement élevée» de la maladie qui «déferle sur la France». 

En Grande-Bretagne, où le premier ministre Boris Johnson a annoncé vendredi être contaminé, mais seulement avec de légers symptômes, on se prépare à une vague gigantesque de patients dans les hôpitaux. 

La Russie, dernier grand pays à n'avoir encore pris aucune mesure de confinement généralisé, a décidé à compter de samedi de fermer ses restaurants et la plupart de ses commerces avant une semaine chômée. Les autorités espèrent que les Russes resteront ainsi chez eux, même sans y être obligés. 

L'Irlande, en revanche, est entrée samedi et jusqu'au 12 avril en confinement total. 

Mais c'est loin d'être facile partout dans le monde. Dans le centre de Johannesburg, en Afrique du Sud, la police a ainsi dispersé vendredi à coups de fouet les clients agglutinés devant un supermarché. 

«Cela vient d'Allah» 

Dans les pays musulmans, il est aussi souvent difficile d'empêcher les fidèles de se rendre à la mosquée. Au Pakistan, mais aussi en Indonésie, la fréquentation était importante pour la prière du vendredi. «Nous ne croyons pas au coronavirus, nous croyons en Allah. Quoi qu'il arrive, cela vient d'Allah», a déclaré Altaf Khan, avant de rejoindre la foule des fidèles affluant comme lui pour la prière du vendredi à Islamabad. 

Un contraste saisissant avec l'image du pape François, priant seul vendredi face à une place Saint-Pierre totalement déserte. 

Et tous les pays n'affrontent pas à armes égales la pandémie. 

Avec plus de 3300 cas et plus de 90 décès, selon un bilan établi par l'AFP, l'Afrique reste encore largement épargnée par la pandémie. Mais la propagation du virus suit une «évolution dramatique», a alerté la responsable régionale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Matshidiso Rebecca Moeti. 

Ailleurs, le confinement a aussi un impact psychologique en augmentant les niveaux de dépression, d'anxiété et d'autres problèmes de santé mentale, selon la Croix-Rouge. «Même dans les zones de conflit, nous pouvons nous serrer dans les bras quand nous avons peur. La chose terrible de cette (pandémie) est l'absence de contact physique entre humains», a dit un de ses responsables. 

«Le plus dur, c'était la nuit, je ne pouvais pas dormir, l'angoisse envahissait la chambre. Le jour, les médecins passaient, le personnel d'entretien, ceux qui distribuaient la nourriture. La nuit, les cauchemars arrivaient, la mort rôdait», a ainsi témoigné Fabio Biferali, un cardiologue romain de 65 ans qui a passé huit jours «isolé du monde» dans l'unité de soins intensifs et de réanimation de l'hôpital Policlinico Umberto I de Rome. 

Sommes astronomiques 

Face à l'autre catastrophe, économique, qui s'annonce, la communauté internationale tente de mobiliser des sommes astronomiques, avec l'Union européenne jugée à la traîne par certains pays. 

Les pays du G20 ont promis d'injecter 5000 milliards de dollars pour soutenir l'économie mondiale. Les États-Unis ont adopté de leur côté un gigantesque plan de relance de plus de 2000 milliards de dollars pour sauver leur économie menacée de paralysie. L'Europe a elle renvoyé à dans deux semaines des «mesures fortes» contre le coronavirus, s'attirant la déception et la colère de l'Italie et de l'Espagne, pays les plus touchés sur le vieux continent. 

«Nous ne surmonterons pas cette crise sans une solidarité européenne forte, au niveau sanitaire et budgétaire», a dit samedi le président français Emmanuel Macron à trois journaux italiens, appelant à lancer des emprunts communs à toute l'Union européenne, ce à quoi l'Allemagne s'oppose totalement. 

En attendant, les marchés retiennent leur souffle après une semaine terminée dans le vert, en dépit d'un vendredi dans le rouge.

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