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La croissance de la Chine pourrait dégringoler cette année

Agence France-Presse

En janvier, la Banque mondiale tablait encore sur une croissance de 5,9% en Chine. Mais avec un impact économique prolongé de la pandémie du coronavirus, elle estime désormais que l'expansion de la deuxième économie du monde pourrait dégringoler à +0,1%.

Le ralentissement est abrupt puisque les autorités chinoises ont dû se résoudre à stopper net l'activité, arrêtant les usines et confinant des millions de personnes pour contenir la propagation du nouveau virus.

Dans une estimation de référence, la croissance chinoise pourrait s'élever à 2,3% contre 6,1% en 2019, selon un rapport publié lundi par l'institution de Washington.

Mais si les effets de la pandémie se faisaient ressentir plus longtemps qu'escompté en particulier avec des petites et moyennes entreprises ne tournant pas encore à plein régime, le scénario du pire pourrait bien se concrétiser.

En février, la production industrielle chinoise s'est contractée pour la première fois en plus de 30 ans.  

«Reste à voir si le gouvernement peut réactiver l'activité économique aussi brusquement qu'il l'a arrêtée», résument les auteurs du rapport, sur la base de données collectées jusqu'au 27 mars.

Ils notent que de nombreuses grandes entreprises industrielles disent avoir repris la production, mais un grand nombre de petites et moyennes entreprises sont toujours en difficulté. 

«Des estimations indirectes, telles que les indicateurs de pollution, montrent que l'activité ne s'accroît que progressivement en Chine», observent-ils.

«Il est particulièrement difficile de faire des projections précises dans un environnement en constante évolution», a reconnu Aaditya Mattoo, chef économiste pour la région de l'est de l'Asie et du Pacifique lors d'une conférence téléphonique. 

«Agir de concert»

Pour autant, des éléments tangibles accréditent la thèse d'un ralentissement vertigineux: l'ampleur du choc est inédit, celui-ci affecte à la fois la demande et les chaînes d'approvisionnement, il secoue les marchés financiers.

«La maladie elle-même est dans une instabilité constante», a constaté M. Mattoo.

Pour l'ensemble de la région d'Asie de l'Est et du Pacifique, la croissance pourrait ralentir à 2,1% contre 5,8% en 2019 et peut-être même être en contraction de 0,5% dans le scénario le plus pessimiste.

En outre, comparée aux estimations effectuées avant la pandémie, la réduction de la pauvreté va être beaucoup moins rapide que prévu, estime la Banque.

Elle table désormais sur 24 millions de personnes de moins capables de sortir de cette situation difficile, c'est à dire vivant avec 5,50 dollars par jour.

Pire, le nombre de pauvres pourrait au contraire augmenter de 11 millions dans le scénario le plus noir.

La Banque s'attendait initialement à une baisse de 35 millions de pauvres dans cette région cette année dont plus de 25 millions en Chine.

Les ménages dont les revenus provenaient des secteurs économiques directement affectés par la COVID-19 vont être «confrontés à un risque considérablement plus élevé de tomber dans la pauvreté, du moins à court terme», souligne de plus le rapport, citant le tourisme et la vente au détail en Thaïlande ainsi que l’industrie manufacturière et l'industrie textile au Vietnam.

«De manière plus positive, nous pouvons agir de concert, nous pouvons travailler dur ensemble» pour que les scénarios du pire ne se produisent pas, a souligné le chef économiste.

«Ces prévisions dépendent beaucoup de ce que nous faisons tous», a-t-il ajouté exhortant à la coopération, à se «ressaisir» collectivement pour empêcher que ces prévisions ne deviennent réalité.

Près de 800 000 personnes ont été contaminées dans le monde par le nouveau coronavirus, qui a provoqué la mort de plus de 37 000 personnes, selon un bilan dressé lundi par l'université américaine Johns Hopkins.