/news/law

Certains avocats de défense ne passeront pas la crise de la COVID-19

Kathleen Frenette | Journal de Québec

Photo JEAN-FRANCOIS DESGAGNES

Des avocats de la défense craignent que plusieurs de leurs confrères et consoeurs ne passent pas à travers la crise qui sévit actuellement et plusieurs pourraient se voir contraints de mettre la clé dans la porte. 

Me Denis Richard est ce que l’on appelle un avocat de la défense senior. Il compte presque trente de pratique.   

Depuis deux semaines, se retrouvant devant un système de justice à moitié paralysé, il reporte ses dossiers et ceux d’autres avocats à une date ultérieure. Plus le temps avance et plus les inquiétudes s’installent, ce qui amène son lot de frustration et d’anxiété. 

«Actuellement, les juges, les procureurs de la Couronne, la greffière, les constables, tous ces gens-là reçoivent leur salaire régulier à tous les quinze jours», a-t-il laissé tomber, mardi matin, lors de son arrivée au palais de justice de Québec. 

«Les avocats de la défense, quant à eux, sont payés s’ils ont des clients qui peuvent le faire. Pour ceux qui prennent des mandats d’aide juridique, c’est totalement du bénévolat», a-t-il ajouté en spécifiant, qu’en matière de défense, rares sont ceux qui roulent sur l’or présentement. 

«Pour nous, les frais s’élèvent minimalement à 2000$ par mois avec les dépenses reliées au bureau. La crise de la COVID, c’est récent, mais déjà, certains nous disent que si ça perdure, ils n’auront pas les moyens de continuer», a-t-il spécifié au représentant du Journal. 

«Les avocats qui sont ici ne sont pas là par plaisir. Nous sommes là parce qu’on nous considère comme un service essentiel et parce que nous avons une utilité dans la société», a mentionné Me Richard pendant que ses confrères hochaient positivement de la tête. 

«Il faut que les juges et les autres salariés de l’État soient conscients de la réalité. Non seulement les avocats s’inquiètent pour leur avenir, mais ils s’inquiètent également du fait qu’ils ont un travail à accomplir et ce mandat-là doit faire en sorte de s’assurer que minimalement certains droits constitutionnels du client soient respectés», a-t-il dit. 

«On est en train de créer un monstre. À l’automne ou au printemps prochain, le système judiciaire va être complètement embourbé et il y en a plusieurs qui seront tombés au combat. Pas à cause de la COVID-19, mais à cause de la situation qui va faire en sorte qu’ils vont faire des faillites ou qu’ils vont devoir laisser la profession», a-t-il ajouté en terminant.