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La CCQ ne pourrait pas devancer le paiement des vacances

Martin Jolicoeur | Journal de Québec

Joël Lemay / Agence QMI

Même si on le lui demandait, la Commission de la construction du Québec (CCQ) serait incapable de répondre au désir de milliers de travailleurs qui demanderaient le versement anticipé de leurs allocations de vacances, a appris le Journal de Montréal. 

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Selon nos informations, la vétusté des infrastructures informatiques de la CCQ, dont l’implantation date de «plusieurs décennies», empêcherait une telle souplesse à l’organisme responsable de la distribution des «paies de vacances» aux 190 000 travailleurs de la construction de la province. 

«C’est un fait que plusieurs de nos travailleurs auraient besoin maintenant de leur chèque de vacances. Ça c’est sûr, surtout en région. Mais vu l’état actuel des systèmes (informatiques) de la CCQ, on nous jure qu’une telle opération serait impossible», a confirmé au Journal, le président de la CSN-Construction, Pierre Brassard. 

Peu de souplesse pour les masses 

Contraints par Québec de cesser toute activité depuis le 25 mars, des travailleurs de la construction réclament que la CCQ, accepte de devancer les versements des paiements de vacances. Si le premier ministre, François Legault, a vite rejeté l’idée jeudi dernier, la question continue d’être débattue sur les forums de discussion des travailleurs. 

La CCQ a décliné hier notre demande d’entrevue avec sa pdg, l’ex-ministre Diane Lemieux. Mais sa direction des communications a confirmé nos informations selon lesquelles les systèmes informatiques de la Commission ne pourrait, même si l’ensemble des associations (patronales et syndicales) venaient à le lui demander, répondre aux besoins différenciés des travailleurs. 

«Le versement anticipé est uniquement réalisable s’il est fait pour l’ensemble des travailleurs», nous a indiqué le porte-parole de la CCQ, Pascal Gingras. Impossible donc de changer la date de versement pour un groupe de travailleurs, et de maintenir la date habituelle pour l’autre, comme envisagé. Impossible aussi, a-t-il poursuivi, d’échelonner les versements sur plusieurs semaines, plutôt qu’en un seul, pour contrer la tentation de dépenses compulsives ou malavisée. 

À la main, en attendant 

Dans les faits, la CCQ arrive, avec les moyens du bord, à se montrer plus flexible. Des demandes individuelles, dans le cas par exemple où un travailleur requiert une allocation spéciale prévue pour aidant naturel, sont évidemment possibles. «La CCQ procède alors à la main, nous explique le représentant de la CSN. Mais si le tiers des travailleurs par exemple demandaient de devancer le paiement de leurs vacances, vous comprendrez qu’il serait impossible pour la CCQ de traiter manuellement 60 000 dossiers». 

La CCQ s’estime bien au fait de la problématique. Un «chantier de modernisation» de ses infrastructures informatiques aurait d’ailleurs déjà été lancé. Sans pouvoir préciser l’ampleur des investissements requis, on s’attend à ce que ces travaux se poursuivent pour encore au moins cinq ans.