/news/coronavirus

Déchets: peu de risques pour les travailleurs, selon une experte

Dominique Cambron-Goulet | Journal de Montréal

GEN-COVID-19

Photo d'archives, Agence QMI

Les risques de transmission de la COVID-19 aux travailleurs en contact avec les déchets sont peu élevés, estime une experte. Aussi ne doit-on arrêter ni de composter ni de recycler.  

• À lire aussi: Le coronavirus pourrait dérégler le recyclage

• À lire aussi: COVID-19: un défi pour les éboueurs

«Dans les déchets alimentaires, que ce soit du compost ou les poubelles, il n’y a pas que le virus, mais une tonne d’autres bactéries. Et elles produisent des enzymes et métabolites qui brisent rapidement les particules virales», explique la microbiologiste Jennifer Ronholm.    

Bien que les connaissances sur le nouveau coronavirus (SARS-CoV-2) soient encore limitées, Mme Ronholm explique que de nombreuses recherches ont été faites sur la survie des virus dans les déchets.     

«Après l’épidémie de grippe aviaire, des chercheurs ont vérifié si les carcasses de poulet malades pouvaient être compostées. Et après sept jours, il n’y avait plus de trace du virus», rapporte la professeure à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement de l’Université McGill.     

Les risques de transmission, pour les travailleurs, sont plus liés au sac à ordures lui-même qu’à son contenu, puisque le virus peut survivre pendant 72 heures ou plus sur les plastiques, suivant l’humidité et la température.    

«Les risques sont faibles, mais les travailleurs devraient tout de même porter des gants et faire attention», dit-elle.    

Des précautions pour le recyclage   

C’est justement parce que le virus peut survivre plusieurs jours sur le plastique que les travailleurs qui s’occupent du recyclage ou des contenants consignés sont «un peu plus à risque», juge Mme Ronholm.    

«Ils prennent les matières récupérées dans leurs mains, rappelle-t-elle. Si quelqu’un atteint de la COVID-19 met sa bouteille d’eau en plastique fermée dans le bac, le virus pourrait survivre assez longtemps, parce que c’est un environnement plus stérile que les poubelles», explique-t-elle.     

«Mais c’est un risque beaucoup moins grand que d’être en contact avec des gens ou ne pas se laver les mains», relativise-t-elle.    

Grégory Pratte, responsable des relations publiques pour les centres de tri de Tricentris, indique qu'il «est très peu probable» que des matières soient triées avant que le virus n’en disparaisse.     

«Dans le centre de tri, ça peut rester jusqu’à six jours avant d’être trié», explique-t-il. Mais depuis que la pandémie fait rage, les trieurs portent des masques plus performants et le centre essaie de laisser la matière reposer plus longtemps avant qu'on ne la trie.    

Pour protéger les travailleurs, Recyc-Québec et plusieurs villes ont exhorté la population à ne pas mettre de gants, de lingettes, de masques ou de mouchoirs souillés dans leur bac de récupération. Un comportement déjà proscrit en temps normal.    

Les mesures sanitaires divergent d’un centre de tri à l’autre, mais, dans la grande majorité des lieux, les travailleurs portent des gants, des lunettes et un masque. Ce dernier offre parfois une protection supérieure à celle qui est exigée pour les travailleurs de la santé (le fameux masque N-95).    

L’Institut national de santé publique du Québec avertit tout de même les travailleurs qu’ils doivent se laver les mains chaque fois qu'ils retirent une partie de leur équipement de protection, en commençant par les gants, pour éviter les risques de transmission du virus.