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Pas de confinement pour des firmes de recouvrement

Hugo Joncas | Bureau d'enquête

Plus de deux semaines après le début du confinement, des firmes continuaient cette semaine à faire venir leurs employés au bureau pour percevoir l'argent des clients de grandes entreprises, même si le ministre de l’Économie assure que ces activités ne sont pas du tout essentielles.  

Dans une tour du boulevard de Maisonneuve Ouest, au centre-ville de Montréal, une quinzaine d’employés de l’agence de recouvrement ARO continuaient à appeler des consommateurs surendettés qui devaient de l’argent à Bell Canada, mardi.  

La pratique a toutefois cessé hier, après des appels de notre Bureau d’enquête au géant des télécommunications.  

«On nous a donné un genre de laissez-passer. Si on nous demande, on le montre et on dit qu’on fait partie des services essentiels, explique une employée ayant contacté notre Bureau d’enquête, qui a requis l’anonymat de peur de perdre son emploi. Moi, je ne pense pas que c’est essentiel parce que ces temps-ci, on n’est pas censé collecter des gens.»  

En fin de journée mardi, ARO a annoncé à ses employés qu’elle suspendait ses activités.  

«Je n’ai pas de commentaire», dit le directeur du recouvrement Jim Buteau, joint au téléphone. Le propriétaire, Michael Ogilvie, n’a pas rappelé.  

«Notre politique consiste à suspendre nos relations avec les fournisseurs qui ne respectent pas les règles, et notre politique consiste également à ne pas faire de commentaire sur nos fournisseurs», écrit la porte-parole de Bell, Caroline Audet, dans un courriel.  

À Gatineau aussi  

ARO n’est pas la seule compagnie dans l’industrie à faire fi des consignes du gouvernement. Lundi à Gatineau, les employés de l’Agence de recouvrement Commun (Common) faisaient toujours des appels à partir de ses bureaux de la rue Gamelin, pour collecter notamment des créances de la Banque de Montréal.  

Joint par téléphone, le gérant Alex Alcine a refusé de répondre à nos questions. À Toronto, une employée a assuré que Common était «l’un des services essentiels.»  

Le président de l’entreprise, Jeff Kerslake, a promis de rappeler après une réunion, ce qu’il n’a jamais fait.  

Selon le cabinet du ministre de l’Économie du Québec, les agences de recouvrement ne sont pas essentielles et doivent donc fermer ou se contenter de fonctionner en télétravail.  

Le cas TCR à Laval  

Vendredi, notre Bureau d’enquête rapportait comment l’Agence de recouvrement TCR continuait à faire des appels de recouvrement à partir de ses bureaux de Laval.  

Après des appels de notre Bureau d’enquête, Hydro-Québec et Desjardins ont ordonné à TCR de cesser tout appel pour eux. Bell les a imités hier après nos appels, mais l’entreprise oblige toujours ses employés à venir dans ses locaux du boulevard Armand-Frappier pour collecter au nom d’autres créanciers.  

Appeler la police  

Les informations qu’a regroupées notre Bureau d’enquête proviennent de plusieurs employés révoltés d’avoir à sortir pour faire du recouvrement, malgré les consignes de confinement. Selon eux, les conditions sanitaires ne sont pas à la hauteur et les travailleurs sont trop près les uns des autres.  

Comme tout témoin d’une violation des consignes en ces temps de pandémie, ils peuvent contacter les autorités pour se plaindre, soulignent les corps policiers de Montréal, Laval et Gatineau.  

«Si, en dépit des avertissements répétés, les contrevenants n’obtempèrent pas, les policiers devront les identifier et signaler l’infraction au Directeur des poursuites criminelles et pénales», explique la police de Montréal dans un courriel. Ils risquent une amende de 1000$ à 6000$ en vertu de la Loi sur la santé publique.  

Les récalcitrants pourraient même se retrouver avec un casier criminel, signale la sergente Geneviève Major, à la police de Laval. «On a le pouvoir d’aller jusqu’à l’arrestation pour entrave au travail d’un policier.» 

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