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Une usine incapable de faire certifier des masques

Une usine de vêtement de la Beauce a développé un masque, mais déplore que personne ne puisse l’aider à homologuer son produit

Pierre-Paul Biron | Journal de Québec

Photo courtoisie

Une usine de la Beauce a modifié sa production pour participer à l’effort demandé par Québec en produisant de l’équipement de protection pour les travailleurs de la santé, mais ses dirigeants ne parviennent pas à trouver qui pourrait homologuer leur produit pour permettre l’utilisation dans les hôpitaux.  

Le président de Confection C. Cliche l’assure, si son procédé est homologué rapidement, il peut produire 30 000 masques avec ses partenaires et encore bien plus s’il obtient de la matière première. Toutefois, malgré des démarches avec le gouvernement, impossible de savoir à qui s’adresser pour effectuer les tests permettant de certifier le produit.  

«On voudrait le faire homologuer, mais même le gouvernement ne sait pas où nous référer», confie Stéphane Cliche, qui lance un appel à tous. «J’ai même fait des appels à des profs dans des Cégeps pour savoir qui pourrait homologuer notre produit rapidement. Parce qu’actuellement, et c’est normal avec tout ce qui se passe, c’est un peu la maison des fous au gouvernement».  

Matière première recherchée  

M. Cliche et ses partenaires ont développé ce modèle de masque chirurgical facile à produire en utilisant de l’équipement de couture standard. Plusieurs compagnies au Québec pourraient donc s’y mettre si le masque obtient les certifications.  

Photo courtoisie

«Si ça fonctionne et qu’on parvient à trouver de la main-d’œuvre, des couturières, après ça il n’y a pas vraiment de limite», explique-t-il à propos de la capacité de production.  

«En fait après ça, l’autre question, ça va être celle d’obtenir de la matière première, parce que tout le monde court après la même chose», précise l’homme d’affaires qui habituellement produit des vêtements dans son usine de Saint-Odilon-de-Crambourne.  

Des blouses de protection seront également fabriquées par l’entreprise au cours des prochains jours. La quantité sera toutefois limitée. «C’est un partenaire qui avait des stocks de textile et le gouvernement a réduit les normes au niveau des coutures, ce qui nous permettra d’en faire. Mais on a une capacité de 65 000, après ça, c’est tout», précise Stéphane Cliche.  

Confection C. Cliche fabrique aussi des masques qui sont destinés à d’autres marchés que celui des hôpitaux. Ses produits sont notamment vendus chez Dollorama, mais l’entrepreneur souhaiterait d’abord aider les travailleurs de la santé.  

Perte d’expertise  

Au-delà de ses difficultés de certification, Stéphane Cliche en a aussi contre la préparation du gouvernement à une crise du genre. Selon lui, en n’encourageant pas l’achat local dans des secteurs d’activité critique comme celui des équipements de santé, le Canada et le Québec s’exposent à être à la remorque d’autres pays quand une crise survient.  

«Ils ont la mentalité d’acheter un prix avant tout. Il faut que ça coute le moins cher possible et c’est correct. Mais si on gardait un 20% d’achat canadien dans certaines industries pour garder quelques joueurs ici, on ne se retrouverait pas dans une situation comme celle que l’on vit», croit l’homme d’affaires, qui donne en exemple l’industrie du textile, où les joueurs canadiens sont rares aujourd’hui, mais prisés en temps de crise.  

«On a jeté aux orties l’expertise qu’on avait, tout simplement», clame le chef d’entreprise qui emploie 37 personnes en Beauce.  

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