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Vers une société des dédaigneux

Antoine Robitaille | Agence QMI

Le «vivre-ensemble» risque d'être affecté durablement par la crise du COVID-19. 

Des situations aussi banales que de se croiser sur la rue, se côtoyer dans les transports collectifs; des gestes aussi courants et universels comme se serrer la main, se faire la bise, tout cela semblera désormais «risqué». 

Les progrès de l'hygiène ont grandement amélioré la vie de l'humanité. Elle a notamment fait chuter le nombre mortalité infantile. Et combien d'autres choses. 

Pourtant, avant la COVID-19, certains dénonçaient les excès de notre société hyper-aseptisée, obsédée par le nettoyage et la désinfection. Souvenons-nous des luttes parfois ridicules de nos administrations publiques contre des fromages au lait cru! 

 

Photo Simon Clark

 

Un cran de plus 

On peut déjà prédire qu'après la pandémie, nous aurons collectivement la tentation de pousser encore plus loin l'aseptisation de notre société. 

Nous aurons pris certaines habitudes. J'ai dû mal à nous imaginer revenir rapidement à un état «normal» où les rues sont bondées, les rassemblements fréquents. Le festif deviendra peut-être un moins obsessif. Un été sans festivals? (À cela, il y a quelque chose en moi qui dit: "Ah tiens, pourquoi pas?") 

La peur du COVID-19 nous quittera peut-être, mais elle sera remplacée par celle d'un éventuel COVID-20 ou du risque de transmission de quelque influenza, H5N4. 

Compte tenu de ce que nous vivons comme bouleversement, je ne nous le reproche pas, comprenez-moi bien. Nous sommes traumatisés et avec raison. Moi-même étant infecté, mon esprit mène une enquête perpétuelle (et vaine) pour déterminer où j'ai bien pu attraper cette saloperie; où j'ai failli dans mes mesures de protection contre la COVID-19. 

Non, j'ai simplement peur que dans l'après-pandémie, on aille loin, très loin, trop loin. 

Coureurs «pangolins» 

Déjà, voyez comment les simples coureurs, dans nos rues, sont suspects, bientôt stigmatisés comme s'ils étaient des pangolins! 

«Dans notre quartier, les coureurs sont les seuls à ne pas respecter le deux mètres», ai-je lu sur mon fil Facebook. 

À LCN, le médecin Christian Fortin dit que dans le cas des coureurs, «on a moins de contrôle et leurs gouttelettes pourraient être projetées plus loin» que le deux mètres... 

Sans doute que certains individus qui courent ne font vraiment pas attention. Il y a partout des gens qui manquent de jugement. Mais l'anathème jeté sur tous les coureurs sans exception pourrait présager nos zizanies futures où l'homme sera vu comme un vecteur microbien pour l'homme. 

Courrier 

Certains de vos courriels d'ailleurs, ont été très réprobateurs à mon égard depuis ma sortie du garde-robe comme «covidien». Vous me reprochez d'être allé courir et faire du ski de fond à l'extérieur entre le 14 et le 22 mars. 

D'abord, les règles de l'isolement post-voyage sont claires: sans symptômes, les sorties, en respectant le 2 mètres, sont permises. Ensuite, mon infirmière préférée, Karine, m'a expliqué que je n'étais contagieux que la veille d'avoir des symptômes, soit le 21. Non, je n'ai donc pas été un méchant vecteur ni courant ni skiant!