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Un homme atteint du cancer doit attendre la fin de sa vie isolé des siens

Pierre-Paul Biron | Journal de Québec

Marie-Christine Doucet

Photo courtoisie

Alors qu’on lui avait annoncé qu’il pourrait avoir un visiteur à sa chambre de l’Hôpital de Sainte-Anne-de-Beaupré, un homme en fin de vie doit plutôt se préparer à affronter l’inévitable seul, isolé des siens. 

 Le Journal racontait l’histoire de Dany Renaud et de sa conjointe Marie-Christine Doucet, lundi.  

M. Renaud, rongé par un cancer du pancréas, avait obtenu une place à la Maison Michel-Sarrazin, qui accueille des patients en fin de vie. Ne pouvant se résigner à y aller seul en raison des mesures de confinement, l’homme avait plutôt choisi l’Hôpital de Sainte-Anne-de-Beaupré, où on lui permettait d’avoir en permanence un visiteur qui l’accompagnerait. Mais les règles ont changé. 

« La mesure est pour les gens en fin de vie. On croyait qu’il l’était, mais pas selon leurs critères à eux, explique sa conjointe. Là, on ne peut pas du tout le visiter, tant qu’il ne sera pas à 48 heures de la fin. » 

Équilibre 

La triste réalité a l’effet d’une torture pour Mme Doucet. « J’ai l’impression de l’avoir envoyé en prison. [...] Je me sens terriblement coupable », raconte-t-elle, un sanglot dans la voix.  

La femme assure comprendre les mesures de contrôle pour éviter la propagation de la COVID-19. Mais elle demande en retour au gouvernement de comprendre la détresse qui habite son conjoint qui, à 53 ans, attend la mort, seul. 

« Il ne faisait que pleurer, il voulait revenir à la maison. Il a même dit qu’il voulait l’aide médicale à mourir parce que ce n’est pas ce qu’il voulait, de se retrouver tout seul. C’est terriblement difficile de le savoir angoissé comme ça. » 

Cette dernière en appelle maintenant de l’empathie des dirigeants pour trouver l’équilibre.  

« Je ne peux pas croire qu’il n’y a pas un moyen qu’une personne puisse être avec lui. On va se masquer, mettre des gants, mais on veut juste pouvoir le rassurer, le consoler, le toucher. » 

Moments volés 

Après 22 ans de vie de couple, Marie-Christine Doucet sent que la vie lui vole ses derniers moments avec celui qu’elle aime. Des moments où il a besoin de support plus que jamais.  

« À la fin, ce ne sera plus pareil. Il ne sera plus là. C’est aujourd’hui que c’est le temps de lui parler », soupire la femme, qui espère que les règles s’assouplissent avant qu’il ne soit trop tard.