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L’industrie du textile se relève avec la crise

Après avoir subi les contrecoups de la mondialisation, l’industrie québécoise du textile va avoir retrouvé de sa superbe à la suite de la crise du coronavirus, croit une entrepreneure montréalaise.  

Geneviève Lorange, propriétaire de l’entreprise de literie Bigarde, a flairé la bonne affaire quand elle a converti son commerce à la production de masques de catégorie 1.  

Cette transition n’est pas totalement passagère, puisqu’une partie de ce marché va rester, même quand le plus fort de la crise sera passé, envisage-t-elle.  

«Même si la plupart des usines ont été délocalisées dans les années 80, le Québec reste l’endroit en Amérique du Nord où il y a le plus d’infrastructures pour le textile. Le Québec a la possibilité de devenir La Mecque des produits médicaux à travers le continent», a soutenu Geneviève Lorange, jointe samedi par l’Agence QMI alors qu’elle profitait de sa première journée de congé en un mois.  

Une entreprise en expansion  

Car les dernières semaines ont été on ne peut plus intenses dans sa boutique-atelier, située dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Après avoir dû licencier temporairement ses cinq employés, Mme Lorange a planché à temps perdu sur un masque pour sa belle-sœur, qui est travailleuse sociale. 

Quand elle en est arrivée à un produit achevé, elle l’a partagé sur les réseaux sociaux, et la demande ne s’est pas fait attendre. 

«Ça a explosé. Notre production double aux semaines depuis. En deux semaines, on a fourni 80 000 masques», a témoigné celle qui emploie aujourd’hui 20 personnes. 

Ces travailleurs, qui ont pour la plupart perdu leur emploi dans le secteur de l’événementiel, s’occupent de la comptabilité, du transport, de répondre au téléphone. La fabrication des masques est donnée en sous-traitance à travers le Québec. 

«Mon but, c'est de mettre la lumière sur mon entreprise, mais aussi sur toutes les autres. On a vraiment un bassin d’artisans incroyables qui méritent d’être plus connus», a-t-elle insisté. 

Un effet durable 

Ce discours protectionniste, Geneviève Lorange l’a toujours défendu haut et fort depuis la création de Bigarade, il y a cinq ans. Petit-fille de commerçants qui ont opéré un magasin de fourrures sur la rue Beaubien, elle comprend mieux que quiconque les ravages qu’a fait mondialisation dans l’industrie du textile du Québec. 

Si elle a souvent senti qu’elle prêchait dans le vide, Mme Lorange pense aujourd’hui que les vents lui sont favorables. Quand elle sera en mesure de reprendre sa production de couvertes et de draps, en parallèle des masques, les choses ne seront plus comme avant. 

«Avec la crise actuelle, les gens ont pris conscience que le bonheur n’est pas dans la consommation à outrance. L’achat local, ce n’est pas juste bon pour l’environnement, ça permet aussi de passer plus temps de qualité. En achetant un produit qui va durer, tu n’as pas à magasiner tout le temps pour remplacer des choses qui brisent», a-t-elle illustré. 

Les masques de Bigarade ont l’avantage de durer longtemps en tout cas. Vendus entre 20 et 25 $ chacun, ils peuvent être lavés jusqu’à 50 fois. Faits en matières synthétiques, ils sont aussi équipés d’un système qui empêche l’accumulation de buée pour les gens qui portent des lunettes.