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«Il va y avoir beaucoup de faillites et des suicides»

TVA Nouvelles

Des semaines de fermeture, des comptes à payer, aucun sinon très peu de revenus et beaucoup de stress. Les restaurateurs du Québec sont frappés de plein fouet par la pandémie et le chef montréalais de renom Jérôme Ferrer est l’un d’eux.     

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«C’est difficile à l’échelle planétaire. On va assister à un effondrement de la scène gastronomique à la fois locale et québécoise», formule M. Ferrer rencontré dans son restaurant du centre-ville.     

Aujourd’hui comme dans les prochaines semaines, l'Europea n’ouvrira pas ses portes. Le plan de relance économique a laissé de côté pour le moment l’industrie de la restauration.      

«Un restaurant n’est pas juste un business, c’est un patrimoine culturel, culinaire, une mise en valeur. À travers nous, ce sont des centaines de personnes qui travaillent. Mes pensées vont aux 250 000 personnes qui oeuvrent en salle et en cuisine, qui veulent continuer à travailler et qui aiment leur métier», déclare Jérôme Ferrer.     

«Il y a plus de 20 000 restaurateurs du Québec. Pour plus de 60% d’être eux c’est à valeur familiale. Des couples avec des parents et des grands-parents oeuvrent en restauration et chaque modèle d’affaires est différent», fait savoir le Québécois d’adoption.     

Certains restaurateurs de la province se sont tournés vers les plats à emporter pour essayer de garder si faire se peut la tête hors de l’eau. «Il n’y a pas d’argent qui rentre et avec la nourriture à emporter, il n’y a pas de rentabilité. On travaille tous avec une marge de 2 à 4%, c’est ridicule. Quelque part, c’est choisir entre la peste et le choléra et on a la COVID-19 au-dessus de nous», expose le chef de sa voix douce.     

Égorgement fiscal     

L’homme est lucide, il n’hésite pas à parler de ce qui a été évoqué du bout des lèvres depuis le début de la pandémie et la mise sur pause du Québec. «Il va y avoir beaucoup de faillites et certainement des suicides parce que c’est un égorgement fiscal que nous vivons», se désole Jérôme Ferrer.     

Or, pas question pour lui de faire porter le blâme sur les autorités. «C’est l'évidence même que nos restaurants doivent être fermés pour la santé publique, je ne peux en rien blâmer les gouvernements. Ils ont fait des pas en avant au fédéral et au provincial. Or, on a besoin d’un soutien urgent du gouvernement avec des pistes de solutions; la restauration doit se réinventer», fait valoir le chef montréalais.     

Il demande, d’ici à ce que le gouvernement leur offre une tribune, que certaines règles soient assouplies. «On doit nous laisser la liberté de vendre des verres de vin, une bière quand les gens viennent dans les comptoirs à emporter. Et iI faut une table ronde avec des acteurs de l’industrie pour expliquer notre réalité. La situation sera comme ça pour plusieurs mois.»     

Effet domino      

Derrière tout bons chef et restaurateur, il y a de petits et grands producteurs qui les approvisionnent. «Il y a un effet domino. Si la restauration s’effondre, le monde agricole et beaucoup de professions vont aussi s’effondrer», avertit le chef et entrepreneur d’expérience.     

Jérôme Ferrer en a vu d’autres. Il a dû composer avec des déconfitures professionnelles et un deuil éprouvant. Sa femme a été emportée par le cancer, il le raconte dans le livre Faim de vivre. Il demeure optimiste pour la suite des choses.      

«La restauration est forte, passionnée. On va réussir à se relever, se réinventer, mais on a besoin d’aide. Pour rien au monde, je souhaite faire faillite et perdre mon établissement, mais s’il le faut, je vais me réinventer, je passerai à autre chose», souffle celui qui dit avoir réalisé son rêve de gamin en devenant grand cuisinier.