/news/coronavirus

Manger de la malbouffe pour se réconforter

Alex Proteau | Agence QMI

Homemade Poutine

michaelbrulotte - stock.adobe.com

La malbouffe est populaire en cette période de confinement, un phénomène qui s’explique principalement par le climat anxiogène qui règne et le désir de réconfort, selon une nutritionniste. 

«On fait face à de grandes insécurités, à de l’anxiété, du stress, de la fatigue, des émotions qu’on peut appeler affaiblissantes ou négatives qui amènent à l'élévation de la cortisone dans le corps et qui va créer de l’appétit et l’envie de manger des aliments qui sont réconfortants», a expliqué Geneviève Arbour, membre de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ). 

«De façon instinctive, les aliments qui nous réconfortent sont des aliments sucrés, gras ou salés. Ça correspond à la description de la restauration rapide parce que ça vient stimuler une zone dans notre cerveau qui s’appelle la zone de la récompense et c’est la même zone qui est stimulée dans des cas de dépendance», a-t-elle ajouté. 

Files 

La semaine dernière, lors de la réouverture des restaurants Chez Ashton à Québec, de longues files d’automobiles se sont créées devant les succursales, et certains clients ont attendu plus d’une heure pour obtenir leur commande, une poutine par exemple. 

«Lorsqu’on mange, on incorpore un symbole. Peut-être que Chez Ashton, à Québec, c’est une symbolique de normalité, de retrouver un moment social. Les gens sont fiers du Ashton. C’est quelque chose qui provient de leur terroir. Est-ce un désir de retourner à quelque chose d’un peu plus normal dans un temps où l'on vit quelque chose de complètement hors de l’ordinaire?» a soulevé la nutritionniste. 

Symbole ou pas, il n’est pas difficile de trouver des files devant les établissements de restauration rapide, même si tout le monde sait que ce n’est pas ce qu’il y a de meilleur à manger pour la santé. 

Mme Arbour croit qu’un moment de réflexion permet d’éviter cette prise de décision. «On est stressés, on est accros aux réseaux sociaux, on lit toutes les nouvelles et on n’arrive pas à se coucher tôt. On est fatigués dans le jour et ça nous rend des messages de détresse qui se traduit par l’appétit», a-t-elle dit. 

«C’est super important ces temps-ci de nous regarder avec bienveillance et compassion envers soi et de reconnaître que ce n’est pas simple. Plus qu’on est bienveillant, plus qu’on a de l’espace pour prendre un pas de recul», a-t-elle conclu. 

Deux soirées, deux longues lignées 

Le journal «24 Heures» a sondé des personnes qui attendaient dans des files d’attente considérables devant deux restaurants de type «fast-food» afin de comprendre leurs motivations. 

Premier constat, la plupart s’entendent sur un motif: «changer d’air», répond d’entrée de jeu Sara, aperçue mardi au service au volant du A&W situé au coin de l'avenue Christophe-Colomb et de l'autoroute 40. 

«C’est une sortie de la maison. Les enfants sont gardés à la maison et ça nous permet de changer d’air», a concédé aussi Pénélope. Une habitude temporaire, nuance-t-elle. «On n’a pas les moyens de venir toutes les semaines.» 

L’ambiance de confinement à Montréal accroît la paresse de certains consommateurs, croit David Morel, jeune homme dans la vingtaine qui attendait aussi dans son auto pour commander. 

D'autres n'étaient pas d'accord. «Je ne crois pas que cela change quelque chose», a avancé Gloria, 22 ans, venue s’alimenter après une journée de travail occupé. 

«[La crise de la COVID] m’a permis d’avoir un peu plus de temps pour cuisiner», a indiqué quant à elle Karine Laperrière, au chômage en raison de la fermeture du studio artistique où elle travaillait. 

Crème glacée 

Mercredi à 19 h, devant le comptoir du Dairy Queen au coin des rues Jarry et Boyer, les gens patientaient une vingtaine de minutes en file pour mettre la main sur un cornet. 

Cette sortie est en quelque sorte un baume glacé pour les Montréalais confinés depuis plusieurs semaines. 

Pascale et François, tous deux résidents du quartier Villeray, avait instauré cette sortie bien avant le confinement. «C’était déjà dans nos habitudes de venir au Dairy Queen en temps normal. De prendre une marche, ça nous remet un petit peu dans notre vie normale», a exprimé Pascale. 

«C’est un réconfort, en règle générale, que tu as pareil. On se fait plaisir», a enchaîné François, ajoutant que sa conjointe et lui continuent tout autant de cuisiner malgré la pandémie.