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«On ne laisserait pas un chien mourir comme ça»

Impliquée auprès des personnes âgées depuis de nombreuses années, Lise Boulanger déplore le sort cruel et inhumain réservé à tant d’aînés en résidences et en CHSLD depuis le début de la crise, « parce qu’on savait et qu’on a laissé aller ».  

« Émotivement, c’est très difficile, ça me crève le cœur, parce que ça révèle ce qu’on savait déjà », déplore cette présidente de Rêves d’aînés, présidente des Aînés regroupés de Charlesbourg (ARC) et présidente du Comité Ami des aînés de Charlesbourg (CADAC).  

Aux antipodes des clichés qu’on entretient trop souvent dans notre société par rapport aux aînés, Lise Boulanger est, à 80 ans, toujours très active. Elle organise aussi des activités pour briser l’isolement ainsi que des conférences.   

« On ne fait pas juste leur parler de prévention et de maladies, on veut les garder alertes. Il y a des choses à vivre aussi quand on est plus vieux », souligne-t-elle, ajoutant que les aînés sont trop souvent perçus comme des personnes inutiles, plutôt que comme des références, comme autrefois.  

La crise actuelle fait ressortir le meilleur, mais aussi le pire des humains, et révèle ce qu’on savait déjà, constate Mme Boulanger.   

« Il y a longtemps qu’on dénonce le fait que les CHSLD devraient être à tout le moins rénovés et nettoyés, dit-elle. On n’est pas un pays du tiers monde, mais nos aînés ne reçoivent même pas les besoins de base dans ces résidences », dit celle qui a été religieuse dans sa jeunesse, ce qui l’a amenée à prendre part à différentes missions dans des pays défavorisés, dont à Haïti.  

Machines à sous  

Les aînés, ce sont les plus négligés de la crise actuelle, estime celle qui se désole de voir que des personnes âgées sont même mortes de faim et de soif dans certaines résidences ces derniers mois, faute d’avoir reçu les soins de base. « Ces gens-là, ce sont des martyrs. »  

Selon cette militante et bénévole, ce n’est pas le gouvernement actuel qui est à blâmer autant que tous ceux d’avant qui n’ont rien fait. « Les résidences pour aînés ont poussé comme des champignons, ce sont trop souvent des machines à sous, et ça fait longtemps qu’on aurait dû faire le ménage. »   

« Je ne blâme pas les gens qui y travaillent, car ils ne peuvent pas faire plus. C’est le système qui n’est pas adéquat », dit-elle.  

Mme Boulanger martèle qu’avant de parler de permettre aux aînés de mourir dans la dignité, on aurait dû depuis longtemps se préoccuper de leur permettre de vivre dans la dignité.  

Confinement  

Concernant le confinement, bien sûr la situation est difficile. En tant qu’aînée très active, elle en sait quelque chose, mais elle a des projets et continuera de les réaliser dès que ce sera possible. S’il n’y avait pas eu cette pandémie, elle se serait d’ailleurs trouvée en Jordanie, où elle devait se rendre avec une nièce.   

Toutefois, elle insiste : il faut absolument que les aînés respectent les consignes. Elle les invite à le faire pour leurs enfants et petits-enfants. « Je voudrais dire aux aînés : Soyez courageux et surtout ne lâchez pas ! Le meilleur est à venir ! »