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COVID-19: quatre facteurs de détresse psychologique chez les aînés

Le Québec demande à ses aînés, groupe le plus à risque face à la propagation de la COVID-19 au sein de la population, de s’isoler dans son appartement ou encore dans sa chambre de résidence.

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Avec le temps, cela semble devenir de plus en plus difficile à soutenir pour les personnes âgées, constate Dre Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec.

Samedi, on apprenait le suicide d’une femme âgée de 81 ans à la résidence Château Beaurivage de Montréal-Nord. Dre Grou énumère quatre facteurs pour expliquer la détresse psychologique et le sentiment de découragement qu’elle commence à déceler depuis quelques semaines déjà chez les aînés de la province. 

Deux poids, deux mesures

À la mi-mars, le Québec entrait en phase de confinement pour se protéger de la pandémie du nouveau coronavirus. À l’origine, cet isolement prenait à peu près la même forme pour tous les groupes d’âge, selon Dre Grou.

Or, le confinement a changé de visage avec le temps.

« Au départ, on a été confiné pour quelques semaines, tous de la même façon, a rappelé la psychologue en entrevue sur les ondes de LCN, dimanche. Maintenant, ça s’étend, ça dure et les aînés ne sont plus confinés de la même façon. C’est un premier facteur qui peut engendrer de la détresse. »

Comme deuxième facteur, Dre Grou parle de « l’aspect temporel » pour des personnes âgées qui pensent ne pas pouvoir profiter de la vie aussi longtemps que le reste de la population. Selon elle, la COVID-19 est en train de priver des aînés de pans entiers des dernières années de leur vie.

« Quand tu comptes les années qu’il te reste à vivre sur une main – parce que souvent, les aînés vont compter de cette façon -, le six mois ou l’année n’a pas la même perspective que quand tu as tout le temps devant toi, dit Christine Grou. Les gens commencent à dire qu’on va opposer la qualité de vie, le respect sacré de la vie à la protection contre le virus. »

Chaîne brisée

Troisième facteur : la collectivité encourage la résilience et la capacité d’adaptation auprès de ses individus pour passer à travers la pandémie de COVID-19. Sur le plan psychologique, le contrôle individuel mène à la résilience et à la capacité d’adaptation. Comment arriver à l’autocontrôle et donc à la résilience quand on ne peut pas « aller prendre une marche dehors, aller voir la nature qui commence à se réveiller, même en gardant la distanciation, même en respectant les règles de sécurité »? Dre Grou souligne que les aînés en résidence pour personnes âgées n’ont pas ce loisir.

Enfin, la détresse peut, selon la présidente de l’Ordre des psychologues, être exacerbée par l’apparition d’un deuil, celui de la qualité de la vie. 

« Quand on vieillit, on a fait et on fait une série de deuils, souligne-t-elle. On a fait le deuil de la carrière, on a fait le deuil des enfants qui quittent la maison, on a souvent fait le deuil de notre maison, on fait le deuil de beaucoup d’amis. Donc, ce qui reste comme qualité de vie devient extrêmement précieux. »

« Le contact avec les proches, la famille, les amis, c’est enlevé aux aînés qui ne résident plus dans leur maison, poursuit-elle. Le contact virtuel, ça a ses limites et il faut être à l’aise avec ça. Les gens qui sont sur un balcon au huitième, neuvième, 10e étage, ne peuvent même pas voir leurs enfants et petits-enfants de là. Dans un contexte où ça risque de durer longtemps et que c’est un des plus grands plaisirs de la vie, ça rend la qualité de vie infiniment moindre. »

La santé mentale au détriment de la sécurité physique?

Les autorités parlent régulièrement d’une pandémie qui pourrait s’étendre sur un an et demi ou encore de la découverte d’un vaccin qui ne pourrait se produire que dans un an. Selon Mme Grou, il faudra donc « aménager un peu plus de souplesse en essayant de garder le plus de sécurité possible pour les aînés. »

« Il va falloir penser à des solutions créatives qui ne seront peut-être pas aussi sécuritaire que de les confiner dans leur appartement, estime-t-elle. Il faut comprendre qu’une prison, aussi dorée qu’elle puisse être; le plus bel appartement possible; la plus belle chambre d’hôtel possible; si vous n’en sortez pas, vous n’aurez plus envie d’y rester de toute façon. »

« Il faut opposer, à ce stade-ci, la sécurité physique à la santé mentale des gens et à la détresse psychologique qu’ils peuvent éprouver. C’est complexe comme délibération, mais il faudra explorer tous les angles et possibilités pour redonner à ces gens leur autonomie et les plaisirs qui leur sont significatifs. »

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