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Comprendre l'évolution du virus chez nous

TVA Nouvelles

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, la planète a observé avec stupéfaction l’évolution d’un virus des plus imprévisibles.  

Pour tenter de comprendre sa sévérité et sa transformation, la professeure de biochimie à l’Université de Montréal et directrice du laboratoire de recherche sur les interactions hôtes/virus au CRCHUM, Nathalie Grandvaux, a offert son expertise sous forme de questions-réponses avec Paul Larocque à LCN, mercredi.  

À voir dans la vidéo, ci-dessus.   

Voici ce qu'il faut comprendre plus d'un mois après l'éclosion de la COVID en Amérique du Nord :  

Le virus est-il encore plus contagieux que ce que l’on s’imaginait?   

-Les études qui sortent ces derniers jours se contredisent les unes les autres, car elles n’analysent pas toutes la même chose. Ce qu’on disait au début, c’est que le virus contient un géno, un code qui produit tout ce dont il a besoin.  

Ces séquences, comme le SARS-coV-2, vont muter. Les chercheurs séquencent donc toutes les souches des différents patients et observent des mutations. Jusqu’à maintenant, le taux de mutation est plus faible que celui de la grippe.  

Il n’y a pas eu de validation sur la transmission du virus fait de manière expérimentale. On ne peut donc pas du tout conclure avec l’étude sortie qu’il y a un impact sur la transmission du virus.   

AFP

Si on parle de «mutation», est-ce une aggravation de la sévérité du virus?  

-Effectivement, une aggravation, comme dans le cas de la grippe espagnole, il y a eu une mutation et le virus est devenu plus virulent. C’est-à-dire que sa pathologie était plus sévère.  

Par contre, si on prend le cas du SARS en 2003, une mutation a été observée et ç’a affaibli le virus. Ceci a permis à l’épidémie de s’éteindre. Donc une mutation peut favoriser le virus, mais elle peut faire en sorte qu’il s’adapte à l’humain. Ça peut aller dans un sens ou l’autre.  

Quand saura-t-on si la pandémie est en train de s’affaiblir?  

-Les analyses d’informatique permettent d’identifier les mutations et ça reste aux chercheurs de vérifier l’impact sur le virus. Combien de temps ça prendra? Cela dépend des modèles disponibles pour étudier ça, mais ça ne devrait pas être très long.   

Une mutation existe depuis le mois de janvier, quand le virus est arrivé en Europe par la Chine. C’est déjà la souche à laquelle on a affaire. On vit avec cette même souche en Amérique du Nord depuis le début.  

On dit ici au Québec que le corridor de transmission était davantage New York et Montréal. Est-ce la même souche qu’en Europe?  

-Oui. Lorsqu’on regarde la carte, il y a deux souches. Celle qu’on voit en Amérique du Nord, la souche mutée, est arrivée d’Europe vers New York et tout ce qui est de l’Est.   

C’est plus un mélange du côté de l’Ouest. Beaucoup de gens ont plus voyagé du côté asiatique.  

S’il y a mutation, est-ce que les pistes pour élaborer un vaccin restent efficaces ou le virus peut changer en cours de route?   

-Il est possible qu’il y ait certaines mutations qui affectent l’efficacité d’un vaccin. Ça existe et on ne peut l’ignorer. Il faudrait que la mutation arrive dans une zone qui est la cible du vaccin.  

Pour ce qui est des anticorps développés chez la personne qui se fait administrer un vaccin, celui-ci le reconnait spécifiquement dans la zone du virus qui est mutée. Dans ce cas, on pourrait avoir un effet sur l’efficacité du vaccin. C’est la même chose qui se passe avec la grippe saisonnière. Chaque année on change le vaccin.  

Histoire de se préparer psychologiquement à faire face à un délai plus long, y a-t-il raison d’espérer qu’il y aura une percée prochainement ou s’il faut se résoudre à l’idée que ça prendra un an ou deux?  

-Pour ce qui est d’une percée, nous aurons peut-être des pistes. Même si c’est le cas, un vaccin efficace pour tous, je pense que l’été 2021 est un délai raisonnable si on veut un produit sécuritaire.  

Ce sera difficile d’avoir quelque chose avant en termes de vaccin. En ce qui est d’un médicament, ça pourrait se développer beaucoup plus vite. Ça n’évitera que les gens se contaminent, mais ça les aidera à ressentir des symptômes moins sévères.