/news/coronavirus

Le travail pour les 60 ans et plus : un changement de directive qui choque

TVA Nouvelles

Lundi dernier, François Legault demandait aux enseignants de plus de 60 ans de ne pas se présenter à l’école. 48 heures plus tard, le discours avait complètement changé : Geneviève Guilbault, qui remplaçait le premier ministre, a assuré que le personnel scolaire de moins de 70 ans pouvait retourner au travail « sans risque important pour la santé».        

• À lire aussi: «On nous prend vraiment pour des imbéciles!»  

• À lire aussi: EN DIRECT | Les derniers développements sur le coronavirus  

Ce changement de cap soudain a provoqué de nombreuses réactions et beaucoup d’incompréhension.        

Interviewées par TVA Nouvelles, de nombreuses personnes se disaient confuses par le message contradictoire : il est possible de se déconfiner pour aller au travail, mais il n’est pas possible de voir ses proches ou de voir ses petits-enfants. Une approche qui semble être difficile à accepter pour plusieurs.        

  

  

Le milieu de l’enseignement étonné       

Directions d’écoles et syndicats d’enseignement : la nouvelle a également fait bondir le milieu de l’enseignement qui a appris la nouvelle en même temps de la population.       

Les syndicats croient notamment, qu’en prenant cette décision, soit autoriser le personnel de plus de 60 ans de travailler dans les écoles et services de garde, le gouvernement veut pallier une pénurie de main-d’œuvre.        

Les enseignants de 60 à 69 ans représentent environ 10% de la force de travail au Québec.        

«Vous savez les profs on n’est pas des contorsionnistes. Être prof c’est nécessairement être souple, faire preuve de flexibilité. Le réseau de l’éducation ce n’est pas un réseau qui est capable de se revirer sur un 10 sous», explique Sylvain Malette président de la Fédération autonome de l’enseignement en entrevue à TVA Nouvelles.        

Pour les directions d’écoles qui étaient à planifier un retour en classe sans les travailleurs de 60 ans et plus, il faut changer les plans qui étaient en train de se dessiner.        

«On nous demande d’être en mode solution depuis un bout, et nous le sommes. C’était déjà complexe, mais c’est sûr qu’avec des ajustements comme ceux-là, ça ajoute un niveau de complexité additionnel», détaille de son côté Nicolas Prévost de la Fédération québécoise des directions d’établissements scolaires.        

  

  

Un soupir de soulagement sur la rive sud de Québec 

Malgré tout, plusieurs commissions scolaires de la rive sud de Québec, qui s'attendent à ce que 70 à 75 % de leurs élèves retournent en classe, sont soulagées par l'annonce de la nouvelle directive.  

«On a quand même récupéré 53 éducatrices ce matin, 6 secrétaires, et nos enseignants, on en a peu qui on plus de 60 ans», détaille Esther Lemieux, directrice générale de la Commission scolaire des Navigateurs.  

En plus de s'occuper des enfants en classe et dans les services de garde, de nombreuses personnes dans la soixantaine occupent des postes de personnel de soutien ou de conciergerie.   

Grands-parents frustrés       

Plusieurs éducatrices en garderie de plus de 60 ans se grattent également la tête à la suite de cette annonce. Ainsi une femme sexagénaire en bonne santé peut aller travailler en garderie, mais ne peut pas garder ses propres petits-enfants, s’il faut en croire les annonces gouvernementales. Une aberration pour plusieurs.        

D’ailleurs, le ministre de la Famille Mathieu Lacombe a même dû calmer la grogne jeudi matin avec un message envoyé sur ses médias sociaux.       

«Oui, il reste encore des ‘’fils à attacher’’, comme on dit. Non, ce ne sera pas parfait, je le sais déjà. Mais s’il y a bien une chose dont je suis certain, c’est que nos éducatrices prendront bien soin de nos tout petits», a-t-il écrit sur Twitter sans autres précisions.        

La FTQ craint les départs à la retraite       

En entrevue à Mario Dumont, Daniel Boyer de la FTQ, se demande si le «besoin de parker» les enfants dans les garderies, CPE et écoles pour permettre aux parents de travailler est responsable de cette décision.        

«Jusqu’à lundi, on parlait des 60 ans et plus [confinés]. Et là tout d’un coup, jusqu’’à hier après-midi, on est passé à 70 ans et plus. Je ne sais pas ce qui s’est passé», explique-t-il.        

Daniel Boyer, qui ne veut pas se substituer à la santé publique juge qu’il est devenu difficile de faire confiance à quelqu’un en raison des changements malléables des consignes.         

«Ça change continuellement!», dénonce-t-il.        

Par ailleurs, il ne fait aucun doute que le personnel de plus de 60 ans qui craint pour sa santé n’hésitera pas à prendre une retraite anticipée, ou même utiliser la PCU.       

«Des gens dont on a besoin! On est déjà en pénurie de main-d’œuvre! Dans le secteur de l’éducation, en santé», conclut-il. 

Dans la même catégorie