/news/coronavirus

Travailler en usine ne sera plus jamais comme avant

Francis Halin | Journal de Montréal

COVID-19 - Coronavirus - Usine

Photo Francis Halin

Un fournisseur de pièces du métro de Montréal de Bombardier-Alstom, qui a pu reprendre 100 % de ses activités hier, sent bien que la vie en usine ne sera plus jamais comme avant au Québec.  

• À lire aussi: L'usine Cargill de Chambly prépare sa fermeture temporaire

• À lire aussi: Le Canada tout près du cap des 5000 morts

«Aller manger à six à la cafétéria au lieu d’être toute la gang ensemble avec le plexiglas entre les deux, ce n’est pas naturel», lance la présidente de l’Atelier d’usinage Quenneville inc., Renée Demers, à Salaberry-de-Valleyfield.     

Fondée en 1903, sa PME fabrique 90 % des pièces d’aluminium qui vont dans le plafond des trains de métro de Montréal de Bombardier-Alstom.     

«Même si on trouve un vaccin, je ne suis pas certaine que l’on va reculer avec nos mesures», ajoute Renée Demers, qui a pu reprendre hier ses activités à 100 % après avoir été forcée de les réduire de moitié depuis le début de la crise.     

Hier, le sourire de la patronne de l’Atelier d’usinage Quenneville inc. en disait long. Mme Demers était heureuse de revoir sa quarantaine de travailleurs à leur machine en dépit des nouvelles règles de distanciation.     

Prise de température  

«Je dis souvent à mes employés que ce n’est pas impoli de dire à son collègue : “Recule. Tu es dans ma bulle”. Il y a une façon de le dire, mais c’est une question de respect et de sécurité», souligne l’entrepreneure.     

Dans l’usine, entre des pièces destinées aux plafonds ou aux portes du métro montréalais, de nouveaux venus ont fini par s’imposer pour de bon : lavabos sur roulettes, désinfectants, essuie-tout. L’ombre du virus est partout.     

«Entre 8 h et 9 h, chaque matin, je prends moi-même la température des employés de bureau. Mon contremaître prend celle des travailleurs de l’usine», dit Renée Demers, qui mise aussi sur des quarts de travail espacés.     

Pour la PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), Véronique Proulx, nos usines porteront longtemps les marques de cette crise. «Les choses ne seront plus jamais comme avant, illustre-t-elle. Le réaménagement d’usine est là pour rester.»     

Adaptation  

Selon elle, les travailleurs devront s’y faire.      

«On est mal à l’aise de porter un masque ou une visière, mais ça va changer. Les gens vont apprendre à le faire parce que c’est là pour rester», ajoute Mme Proulx.     

«Ce qui ne nuit pas à la productivité va être là pour rester, mais la distanciation sociale sur le plancher de production va peut-être s’estomper après la pandémie», estime de son côté le PDG de Sous-Traitance Industrielle Québec (STIQ), Richard Blanchet.     

D’après lui, le contact humain, si précieux dans les usines, saura retrouver son chemin. «La poignée de main du lundi matin, à l’usine, pour raconter sa fin de semaine, ça va revenir. L’être humain est social», philosophe-t-il.