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«Je ne pouvais pas refuser une telle proposition» - Fabien Cloutier

Patrick Delisle-Crevier | Agence QMI

fabien cloutier

courtoisie

Fabien Cloutier coanime avec Marie Soleil Dion l’émission «Ça va bien aller», dont l’objectif est d’informer le public sur tout ce qui concerne la crise actuelle, mais aussi de briser l’isolement au moment où les Québécois sont confinés à la maison. En quarantaine avec sa famille, l’animateur, qui est à la barre de l’émission de TVA à partir de son chalet, nous parle du défi que représente ce projet unique.

Fabien, comment t’es-tu retrouvé à animer «Ça va bien aller»?

On m’a simplement appelé pour me proposer de prendre la barre de l’émission alors que le concept était encore embryonnaire. Habituellement, ce genre d’émission prend du temps à développer, mais dans les circonstances actuelles, tout s’est décidé en une journée ou deux. Peu à peu, le projet a pris forme. Notre but premier est d’informer et de divertir les gens tout en nous faisant réconfortants.

Pourquoi as-tu accepté de relever ce défi?

Je me suis d’abord interrogé sur le rôle que je devais jouer en tant qu’artiste en cette période de crise. J’en suis arrivé à la conclusion que, si on avait pensé à moi pour animer l’émission, c’est parce que je pouvais faire du bien aux gens. La télévision est un véhicule très puissant. C’est un beau moyen de se rendre directement dans les maisons des gens et de mettre un peu de lumière dans les journées des personnes qui vivent difficilement le confinement. Je ne pouvais pas refuser une telle proposition. Et j’étais très heureux d’apprendre que j’allais travailler avec Marie Soleil Dion.

Vous animez l’émission chacun de votre côté, à la maison. Est-ce un gros défi pour vous?

Oui, c’est tout un défi, surtout en ce qui concerne la technique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’émission n’est pas réellement présentée en direct. Elle est tournée durant la journée de la diffusion, puis elle est montée. On a testé le direct, mais il y avait souvent un délai de quelques secondes lors de nos interactions avec les invités, et ça n’avait pas de sens. Nous tournons tout à partir de la maison mais, comme il n’y a pas de techniciens sur place, nous avons dû nous ajuster afin de trouver une façon plus adéquate de faire les choses.

Comment vis-tu l’expérience d’animer une quotidienne seul à partir de la maison?

Le jour de la première, j’ai décidé que je n’allais pas vivre cette aventure dans le stress. Je voulais seulement être bien préparé et naturel. Je lis mes textes, je fais mes recherches, je fais des tests et ensuite j’enregistre mes segments. Pour le reste, il suffit de m’adapter aux différentes nouvelles façons d’orchestrer tout ça. Après une semaine de diffusion, nous avions déjà trouvé notre rythme. Mais ça prend énormément de lâcher-prise pour animer une telle émission, qui n’est pas du tout réalisée dans les conditions dans lesquelles on fait habituellement de la télé.

Tu t’entretiens avec plusieurs artistes dans le cadre de l’émission. Comment perçois-tu la communauté artistique actuellement?

J’ai l’impression que plusieurs artistes ont ressenti le besoin d’être utiles. Certains publient des messages d’espoir sur les réseaux sociaux, alors que d’autres présentent des spectacles ou font du bénévolat, en livrant des épiceries, par exemple. Et je sens aussi qu’ils ont un grand besoin de créer.

Quand as-tu réalisé que nous faisions face à une pandémie et qu’il fallait prendre la situation au sérieux?

Quand le gouvernement a mentionné qu’il songeait à interdire les rassemblements de plus de 250 personnes et qu’il a fermé les écoles, j’ai compris que c’était sérieux. Je sentais que nous allions bientôt être confinés à la maison; alors, dès que nos enfants ont terminé l’école, nous nous sommes dirigés vers notre maison de campagne. Nous y habitons depuis quelques semaines et nous y sommes un peu prisonniers puisqu’il est maintenant interdit de se promener d’une région à l’autre. Mais au fond, nous sommes chanceux parce que nous sommes en pleine nature.

Est-ce plus compliqué pour toi d’enregistrer l’émission puisque tes enfants sont tout près?

Non. Mais comme notre chalet est tout petit, j’ai décidé d’enregistrer mes segments à l’extérieur — d’autant plus que je ne me voyais pas passer la journée à l’intérieur! Je commence à avoir une meilleure idée de l’emplacement du soleil à chaque heure de la journée, ce qui m’est très utile pour trouver le bon éclairage. Les enfants ne sont jamais bien loin, mais ils ne me dérangent pas.

Comment vivez-vous le confinement en famille?

Ça se passe bien. J’ai deux fils, alors ils peuvent au moins s’amuser ensemble. Ils trouvent des moyens de s’occuper. Les professeurs leur envoient des trucs sur lesquels travailler; ils font ça le matin. En après-midi, ils vont jouer dehors. Nous gérons bien ça, mais nos proches nous manquent. J’aime visiter mes amis et ma famille, donc, je trouve ça difficile. Mais nous respectons les consignes et nous tentons aussi d’encourager nos entreprises québécoises

Es-tu nerveux face à la situation actuelle?

Je trouve ça bien que nos dirigeants commencent à parler d’un éventuel retour à la normale. Ça nous permet de garder espoir. Je tente de rester serein et d’y aller une semaine à la fois. Mais on doit rester réalistes; il faudra patienter encore quelques semaines.

Fais-tu partie de ceux qui ont senti le besoin de faire des provisions de denrées et de papier de toilette?

Non! (rires) Au début, je ne voulais pas embarquer là-dedans. Comme je suis un chasseur, nous avions déjà beaucoup de provisions au chalet — notre congélateur était plein. Nous avions aussi beaucoup de conserves et de compotes, donc, tout ce qu’il nous fallait pour vivre pendant un long bout sans avoir à courir à l’épicerie. Je ne ressens pas cette nervosité-là. J’avoue que je n’aime pas aller à l’épicerie ces temps-ci.

Comment as-tu expliqué la quarantaine à tes fils?

Avec les enfants, je pense qu’il faut aborder le sujet de façon réaliste, mais qu’il n’est pas nécessaire de tout dire. Mes deux fils écoutent le point de presse de M. Legault chaque jour, et nous en parlons ensuite tous ensemble. Je suis heureux de voir que mes enfants comprennent qu’ils doivent faire des sacrifices. Ils ont très hâte de retourner à l’école, mais ils ont compris qu’ils allaient devoir être patients et suivre les consignes.

Ta blonde, l’auteure-compositrice-interprète Maude Audet, a lancé un magnifique album il y a quelques mois. A-t-elle dû reporter des projets?

Elle a dû annuler tous ses spectacles prévus ce printemps et cet été. De mon côté, je devais entamer les tournages de la troisième saison de «Léo». Je ne sais toujours pas quand nous pourrons reprendre ça parce que nous sommes plus de 40 personnes sur le plateau. Au moment où on se parle, ça me semble inimaginable. Je suis chanceux qu’on m’ait offert du travail. Je sais que la plupart de mes collègues n’ont pas cette chance. J’ai une bonne pensée pour eux.

«Ça va bien aller», du lundi au jeudi à 19 h, à TVA. Les deux premières saisons de «Léo» sont disponibles sur Club illico.