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«La réaction du public me touche» - Marie-Soleil Dion

Daniel Daignault | Agence QMI

Marie-Soleil Dion anime l'émission Ça va bien aller

courtoisie

Depuis le 6 avril, Marie-Soleil Dion coanime avec Fabien Cloutier «Ça va bien aller», sur les ondes de TVA, un magazine qui fait du bien, tout en jetant un regard éclairé sur ce que vivent quantité de gens en cette période trouble. Un beau projet qui occupe passablement la comédienne-animatrice.

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Marie-Soleil, expliquez-nous comment vous préparez l’émission.

On essaie le plus possible d’être collés à l’actualité: on écoute les points de presse, puis on enregistre l’émission en après-midi, juste un peu avant la diffusion. La faire en direct serait trop risqué parce qu’il y a l’aspect technique, qui est très lourd, et parce qu’on est tous dans des endroits différents.

Qu’est-ce qui vous touche le plus, depuis que vous faites ce magazine?

La réaction des gens. Ils ont besoin d’être ensemble et de parler de ce qu’ils vivent. Je m’en rends compte parce qu’on reçoit vraiment beaucoup de messages et que beaucoup de gens m’écrivent aussi sur les réseaux sociaux. Ils veulent partager des vidéos, montrer ce qu’ils font et nous donner aussi des idées. Je trouve ça beau, la communauté qui s’est créée autour de ça, et la réponse est très grande et positive. On veut rejoindre le plus grand nombre de personnes possible. Il y a une grosse équipe qui travaille fort pour faire en sorte qu’il y ait une émission le soir. Et on sera là tant qu’il va falloir qu’on le soit.

Le confinement vous a-t-il amenée à entreprendre des choses que vous n’aviez pas le temps de faire auparavant?

Il peut nous arriver, nous, les artistes, les travailleurs autonomes, de passer deux semaines à la maison sans travailler. Alors, je pense que le «clash» est beaucoup moins grand pour nous que pour les gens qui travaillent de 9 à 5 dans des bureaux et qui courent toute la semaine. Il m’arrive d’être à la maison durant un certain temps. Sinon, puisque les gyms sont fermés, je me suis mise à courir dehors et j’ai eu la piqûre! Aux deux jours, je fais un 5 km, et ça me fait du bien. Ça aère ma tête et ça chasse le stress, parce que c’est quand même une période stressante que l’on vit.

Votre conjoint, Louis-Olivier Mauffette, et vous, comment gardez-vous le contact avec vos proches, vos parents?

Mon père vit à Québec. On fait un FaceTime deux fois par jour, parce que mon bébé veut parler à son papi René. Les parents de Louis sont des «snowbirds», alors après leur retour au Québec, ils étaient en confinement. Comme ils ont plus de 70 ans, même s’ils n’habitent pas très loin de chez nous à Boucherville, on ne peut pas les voir. En fait, on ne les a pas vus depuis un long moment, parce qu’ils étaient en Floride, mais on leur parle tous les jours. Ma mère, qui vit aussi à Boucherville, et moi, nous nous parlons aussi chaque jour.

Ce n’est pas évident d’entretenir des relations à distance...

C’est difficile. Je pense que mon bébé commence à s’ennuyer de ses grands-parents, mais au moins, il joue avec eux grâce à FaceTime. Ils se font des petits jeux de cartes et se voient ainsi chaque jour. On est très privilégiés. Je suis consciente qu’il y a des gens qui vivent un confinement pas mal plus difficile que le nôtre. La solitude doit être dure à vivre. Nous, on ne manque pas d’affection et de présence humaine, on est chanceux. On a une maison chaude et des sous pour manger.

Vous coanimez «Ça va bien aller», mais normalement vous seriez en ce moment sur un plateau de tournage, non?

Je serais en tournage pour «L’Échappée»; c’est en avril, habituellement, que ça reprend. J’aurais aussi travaillé sur un projet de télé qui n’avait pas encore été annoncé dans les médias. Mon chum aurait commencé les répétitions pour une pièce de théâtre d’été. On aurait été dans le jus!

Comme bien des gens du milieu, quand vous entendez dire que la consigne du 2 m de distanciation sociale est là pour rester, vous demandez-vous comment les tournages pourraient reprendre?

Ça nous stresse tous, on y pense. Dans différents milieux, les gens peuvent faire du télétravail, travailler à distance les uns des autres, mais pour nous, c’est impossible. On doit se faire maquiller et coiffer, se faire mettre un micro, il faut qu’on joue côte à côte et même qu’on s’embrasse dans certaines scènes. Tous les techniciens et les acteurs des domaines du cinéma et de la télé sont nerveux. Pour le moment, je vis un peu dans le déni, sinon c’est trop stressant. J’y vais au jour le jour et je me dis qu’on va trouver des solutions en temps et lieu. C’est sûr que j’ai bien hâte de recommencer, mais sérieusement, je ne vois pas comment on fera.

Demeurez-vous en contact avec vos amis, des gens du milieu?

Oui. On se parle, on se texte. Le confinement fait en sorte qu’on prend plus de nouvelles des gens. J’ai plus de 5 à 7 et de rencontres Zoom que j’en avais auparavant. Au moins, c’est un avantage, on s’assure que tout le monde va bien.

Et Louis-Olivier, qu’on peut voir dans «L’Académie», de quelle façon occupe-t-il ses journées?

Une chance que je l’ai! Comme l’émission me demande beaucoup de travail, je suis indisponible. Je dois m’enfermer dans le sous-sol avec mon ordinateur, alors il est maître de la maison! Quand je tourne, il s’occupe de bébé (Léon) et de Béa (née d’une union précédente de l’acteur), de faire les repas pour tout le monde, de faire sortir les enfants. Surtout, il s’occupe de ceux qu’on appelle avec beaucoup d’amour nos vieux. Il va faire l’épicerie, distribue les sacs à ses parents, à ma mère, à la sœur de son père; bref, il fait la tournée et il est lui aussi très occupé.

Vous dites-vous parfois que tout ça n’est qu’un mauvais rêve, que c’est irréaliste ce que l’on vit?

C’est complètement fou. Je suis assez anxieuse en général, mais je gère très bien mon anxiété. Dans cette situation-ci, je ne réfléchis pas trop à demain parce que c’est gros, ce que l’on vit. C’est comme si on était dans un film de science-fiction, c’est du jamais-vu. J’ai l’impression qu’on remet tout en question: la perspective qu’on a sur la vie, le quotidien, le bonheur... C’est difficile de parler de cela parce qu’il y a vraiment deux réalités de confinement. Il y a celle de ceux qui ont de l’argent de côté, qui mangent, qui se trouvent des passe-temps. Et il y a celle des gens qui sont vraiment dans une situation problématique, qui doivent faire la file dans les banques alimentaires — ce qu’ils n’ont jamais fait —, qui se demandent comment ils vont faire pour passer à travers tout ça et qui sont cinq personnes confinées dans un appartement. Je pense que nous, on a le luxe de se dire qu’il y aura du beau qui sortira de tout cela, de rendre ça presque romantique et de penser comment évoluer en tant qu’êtres humains, alors que d’autres se demandent avant tout comment ils feront pour manger demain ou dans six mois... Alors, oui, il y a de belles choses qui sortiront de cela, mais je sais aussi qu’il y a des gens qui luttent quasiment pour leur vie.

L’émission «Ça va bien aller» est un rendez-vous télé du lundi au jeudi à 19 h, à TVA.