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Les visages de la pandémie

Derrière toutes les statistiques, il y a surtout des gens dont la vie a été écourtée par la COVID-19. Déjà près de 3500 familles québécoises sont en deuil, dont 555 se sont ajoutées la semaine dernière seulement. Nos journalistes ont récolté l’histoire de certaines d’entre elles afin de mettre un visage sur les trop nombreuses victimes de cette pandémie sans précédent.   


Margaret Gauthier, 96 ans, Montréal  

Elle rêvait d’atteindre l’âge honorable de 100 ans pour recevoir une lettre de la reine Élizabeth II.

Photo courtoisie

Elle rêvait d’atteindre l’âge honorable de 100 ans pour recevoir une lettre de la reine Élizabeth II.

La COVID-19 a emporté l’une des dernières « épouses de guerre ».      

De toutes les épreuves qu’elle a affrontées pendant ses 96 ans, sur deux continents, Margaret Gauthier a succombé à l’embrasement qui ravage nos résidences pour aînés.      

Cette dame haute en couleur laisse toutefois à ses proches le souvenir impérissable d’une génération brave et forte, comme il ne s’en fait plus.      

Née à Glasgow, en Écosse, Margaret Johnston a contribué à l’effort de guerre allié en joignant les rangs de la Women’s Land Army.      

« Les hommes étaient au champ de bataille, donc les femmes devaient produire la nourriture. Ma mère est allée dans plusieurs fermes », raconte sa fille, Gail Gauthier.      

Pour son service, la vétérane a d’ailleurs reçu plus tard une médaille de gratitude décernée par l’ex-premier ministre britannique, David Cameron.      

La jeune Écossaise ne se doutait pas à quel point sa vie allait changer lorsqu’elle a rencontré un beau soldat canadien-français du nom d’Harold Gauthier à la foire de Glasgow.      

Elle ne parlait que l’anglais, et le séduisant militaire en avait une compréhension très limitée.      

Mariés après deux semaines  

Qu’à cela ne tienne, le couple s’est marié après deux semaines de fréquentation, en 1943.      

« À l’époque, tout se faisait rapidement. Les gens ne savaient même pas s’ils allaient être encore en vie le lendemain », illustre Gail Gauthier.      

Puis, le nouveau marié est ensuite reparti au front jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.      

Margaret Gauthier a bien failli ne pas le reconnaître lorsqu’il l’a retrouvée deux ans plus tard, dans un des célèbres autobus à deux étages du Royaume-Uni.      

Les deux tourtereaux sont rentrés ensemble au Canada pour faire leur vie à Montréal, en 1946.      

Pendant la guerre, des films hollywoodiens étaient présentés en Europe pour divertir la population.      

Margaret Gauthier, qui se faisait un devoir de toujours être bien maquillée et d’avoir une mise en plis impeccable, était fascinée tant par les comédies musicales que les histoires de fiction.      

« Elle m’a transmis sa passion pour le glamour vintage. Ma grand-mère était tellement fière quand je suis devenue une artiste maquilleuse », relate sa petite-fille Tess Annett.      

L’ourson qui sacrait  

Mme Gauthier, qui serre la fameuse peluche Ted, qui l’a accompagnée dans ses derniers moments.

Photo courtoisie

Mme Gauthier, qui serre la fameuse peluche Ted, qui l’a accompagnée dans ses derniers moments.

L’intérêt de Margaret Gauthier pour le cinéma américain ne s’est jamais estompé.      

« Elle connaissait tout de tous les acteurs hollywoodiens », rigole sa fille, ajoutant que celui qu’elle trouvait le plus « sexy sur terre » était Seth MacFarlane.      

Quand ce dernier a réalisé un film sur un ourson qui parle, en 2012, il allait donc de soi que sa famille lui en offre une copie.      

Ses proches n’avaient toutefois aucune idée que Ted – l’ourson vedette du film éponyme – était la plus impolie des peluches.      

« Ma mère n’a jamais sacré une seule fois dans sa vie, mais elle trouvait ce film hilarant. Elle l’écoutait en boucle à sa résidence. Ted était une obsession », décrit Gail Gauthier.      

Sa petite-fille lui a donc acheté une peluche Ted, qui sacre lorsqu’on presse sa patte.      

« Au début, c’était une blague. Puis, elle devait toujours l’avoir avec elle. Si elle ne trouvait pas Ted, elle était contrariée », souligne Tess Annett.      

Pour faire rire les infirmières du CHSLD Louis-Riel, à Montréal, elle appuyait furtivement sur la patte de Ted. « Elle disait : “Oh mon Dieu ! C’est terrible ce qu’il a dit ! Mais il a un bon cœur”. Elle était comme ça ma mère, elle voyait toujours le bon dans chaque personne », résume sa fille.      

Pandémie oblige, Ted est d’ailleurs le seul à avoir pu être à ses côtés lorsqu’elle a rendu l’âme, le 25 avril.      

Peut-être aura-t-il lui aussi sa place au Champ d’honneur national de Pointe-Claire, où Mme Gauthier reposera aux côtés du vétéran qui a partagé 56 ans de sa vie.       

Les épouses de guerre  

Mme Gauthier, qui serre la fameuse peluche Ted, qui l’a accompagnée dans ses derniers moments.

Photo courtoisie

Mme Gauthier, qui serre la fameuse peluche Ted, qui l’a accompagnée dans ses derniers moments.

  • Il s’agit de jeunes femmes européennes qui ont épousé des soldats canadiens durant la Seconde Guerre mondiale.      
  • On évalue leur nombre à 48 000.      
  • Principalement natives de Grande-Bretagne, mais aussi de France, de Belgique, d’Italie et des Pays-Bas.      
  • Par amour, elles suivaient leur homme outremer, s’il avait survécu à la guerre.      
  • Margaret et Harold Gauthier sont rentrés au Canada en 1946, à bord du navire Queen Mary.            

– Claudia Berthiaume  


Rosette Guglia, 94 ans, Laval  

Coronavirus - Covid-19

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Toujours accueillante et chaleureuse, Rosette Guglia était une couturière hors pair qui avait vraiment des doigts de fée, se rappelle l’une de ses deux filles, pour qui elle a cousu sa robe de mariée.      

« C’est une femme forte, courageuse qui a traversé plusieurs épreuves. Elle était résiliente. C’était une maman aimante, très affectueuse, souriante, toujours présente pour nous prêter main-forte et nous encourager », souligne Diane Renaud.      

Celle qui aimait beaucoup se cultiver par la lecture est décédée à l’aube de ses 95 ans, le 30 avril dernier.      

« Elle aurait aimé être infirmière. À voir comment elle aimait prendre soin des autres en tout temps, je pense que ça s’est quand même concrétisé [indirectement]. Elle était très généreuse et avait une aisance à prendre soin des autres », ajoute sa fille.      

Très habile de ses mains, elle aimait aussi faire de la peinture.      

« J’aime à dire qu’elle était une artiste. Elle aimait beaucoup la musique aussi, l’opéra », relate Mme Renaud.      

Chaque année, la famille élargie composée d’une soixantaine de personnes se réunissait pour un « souper des Guglia ».      

« C’était une femme toujours accueillante, de bonne humeur, toujours très positive, explique pour sa part sa petite-nièce, Annie Guglia. C’était quelqu’un pour qui c’était vraiment important de se réunir chaque année. »      

– Roxane Trudel  


Anita Martel Rivest, 88 ans, Repentigny  

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Résidente du CHSLD Émile-McDuff à Repentigny, Anita Martel Rivest est décédée de la COVID-19 le 13 avril, à 88 ans.      

Étant née un 29 février, elle venait en réalité de fêter son 22e anniversaire, explique sa fille Sylvie Rivest.      

Son mari, Charles-Émile, rendait visite quotidiennement à « sa petite cocotte », qu’il a épousée il y a 67 ans.      

Et l’octogénaire était aussi bien entourée de ses cinq enfants, 11 petits-enfants et 11 arrière-petits-enfants qui allaient la voir très régulièrement, jusqu’au 13 mars dernier.      

« Elle est morte un mois jour pour jour après qu’on n’a plus eu le droit d’aller la voir, mais on ne sait pas si elle l’a réalisé à cause de son Alzheimer », note sa fille.      

La famille a tout de même pu s’appuyer sur le personnel du CHSLD.      

« On a pu avoir des Facetime jusqu’à la dernière minute, et une préposée l’a tenue dans ses bras pour ses derniers moments », confie sa fille.      

– Clara Loiseau  


Jeannette Rochon, 89 ans, Montréal  

jeannette rochon victime covid-19

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« Une main de fer dans un gant de velours. » Voilà comment Daniel Amesse décrit sa mère Jeannette Rochon, décédée à l’âge de 89 ans, le 9 mai dernier.      

« Elle nous défendait et nous protégeait, en nous apprenant les rudiments de la vie », explique-t-il.      

Mère de cinq enfants, grand-mère de huit petits-enfants et arrière-grand-mère de 19 arrière-petits-enfants, elle a succombé à la COVID-19 après un transfert à l’hôtel Gouverneur à Montréal.      

« C’était une femme généreuse, extrêmement pieuse et elle était très active », souligne sa petite-fille Martine Boucher.      

Avant de rejoindre son mari Jacques, décédé 30 ans plus tôt, et sa fille Diane, décédée il y a cinq ans, l’aînée a reçu une dernière visite de deux de ses petites-filles, 24 heures avant sa mort.      

– Clara Loiseau  


Dominique Angers, 87 ans, Montréal  

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Âgé de 87 ans, Dominique Angers a succombé en seulement quelques heures à la COVID-19, le 22 avril dernier, à Montréal.      

« Ça a été foudroyant », résume sa fille Francine Angers.      

Son frère et elle ont su que leur père avait de la difficulté à respirer en milieu d’après-midi. Puis, son décès leur a été tristement confirmé à 20 h la même journée.      

Souffrant d’arthrite sévère, M. Angers était confiné à un fauteuil roulant et vivait depuis cinq ans à la résidence Centre Le Cardinal, dans le secteur de Pointe-aux-Trembles. Son épouse et lui vivaient au même CHSLD privé.      

Sa famille souligne que l’octogénaire avait donné de son temps sans compter pour les plus démunis tout au long de sa vie.      

La famille de M. Angers a d’ailleurs tenu à remercier la préposée aux bénéficiaires Isabelle Mailloux dans l’avis de décès, pour ses soins auprès de l’aîné jusque dans ses derniers moments.      

« Elle était nos yeux, nos mains, notre cœur », souligne Francine Angers avec gratitude.      

« Chaque fois que j’allais voir mon père, il était toujours bien mis. Il sentait bon, ses cheveux étaient arrangés, ses vêtements bien agencés », énumère-t-elle.      

Suivant ses dernières volontés, les cendres de M. Angers seront enterrées en Mauricie, dans son village natal de Saint-Adelphe.      

– Hugo Duchaine  


Gilles Bourassa, 83 ans, Shawinigan  

GILLES BOURASSA VICTIME COVID-19

Photo courtoisie

Gilles Bourassa a dédié sa vie à aider son prochain.      

« Je ne peux pas compter le nombre d’organismes et de fondations dans lesquels il était impliqué. Je l’ai vu, à 80 ans, planté sur un coin de rue pendant une tempête de neige pour une collecte de fonds », se remémore son ami, François Paradis.      

Il était également un passionné de golf. « Il aurait pu faire une carrière professionnelle aux États-Unis, mais il a refusé des offres pour s’occuper de ses parents », rapporte M. Paradis.      

M. Bourassa travaillait comme professeur d’anglais.      

« Quand il voyait des élèves plus démunis, il allait leur porter des patins, des bâtons de hockey ou des jambières. Il faisait ça incognito. Personne ne savait que c’est lui qui laissait ces objets sur les balcons », se rappelle son ami.      

François Paradis était « particulièrement fier » d’être l’ami de Gilles Bourassa, qui a cofondé le Club optimiste de Shawinigan.      

« Ce monsieur a donné toute sa vie aux autres, et il est mort seul dans une chambre à l’hôpital. C’est ce qui me rend le plus triste », confie-t-il.      

– Erika Aubin  


Suzanne Duhamel, 71 ans, Montréal  

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Suzanne Duhamel n’a pas eu une vie facile, mais ses deux dernières années ont été les plus belles, assurent ses enfants Olivier et Catherine Caron, notant au passage son autodérision remarquable.      

Celle qui vivait au CHSLD Yvon-Brunet avait sa routine : des marches quotidiennes entrecoupées d’un arrêt pour un beigne du Tim Hortons.      

L’aînée adorait l’art et avait un réel talent pour peindre et faire des mandalas. « Je lui ai acheté une boîte de crayons de couleur et elle a passé au travers. C’était le plus beau cadeau de sa vie », dit son fils.      

Grande fan du Canadien, il n’était pas question qu’elle manque une partie. « Elle se levait debout et elle criait », rigole sa fille, qui l’amenait souvent passer du temps chez elle.      

Les deux femmes étaient très proches. « Si elle n’avait pas de nouvelles de moi, ça la rendait malade. La journée de mon déménagement, elle m’a appelé 23 fois », illustre Mme Caron, avouant que ces appels parfois agaçants vont maintenant lui manquer. « Je n’avais aucune idée à quel point j’étais proche d’elle, ça me jette à terre », conclut-elle en retenant un sanglot.      

– Claudia Berthiaume  


Renée Claude, 80 ans, Montréal  

Renee Claude

Photo d'archives

La pandémie de COVID-19 a emporté avec elle une icône du monde artistique québécois, Renée Claude.     

Aux prises avec la maladie d’Alzheimer depuis une dizaine d’années, l’interprète de C’est le début d’un temps nouveau a été frappée par la COVID-19 alors qu’elle était en CHSLD.     

Selon des proches, l’état de la grande dame de 80 ans avait périclité depuis une dizaine de jours en raison du virus, et de la fièvre qui avait fait son apparition.     

Son état de santé était déjà fragile depuis l’automne puisqu’elle ne parlait plus, et ne reconnaissait plus son conjoint Robert Langevin.     

La carrière de l’artiste a pris son envol en 1969 lorsqu’elle a fait la rencontre de Stéphane Venne qui lui a offert la célèbre chanson C’est le début d’un temps nouveau.     

Son association avec Luc Plamondon dans les années 1970 a permis la création de deux albums marquants dont Ce soir je fais l’amour avec toi, qui a fait d’abord beaucoup réagir.     

« C’était l’interprète la plus rigoureuse, a raconté sa bonne amie Monique Giroux. Elle avait une rigueur au travail, un respect de l’auditoire [...] Elle avait un talent incroyable. Elle ne méprisait jamais le public, elle prenait part à tous les spectacles, à toutes les premières ».     

Dans les années 1990, elle a fait plusieurs apparitions à titre de comédienne dans des pièces de théâtre de Michel Tremblay, de même qu’au grand écran comme dans le film C’t’à ton tour Laura Cadieux.     

C’est en 2006 qu’elle a présenté son dernier album, qui était un recueil des œuvres de Plamondon écrites pour elle.     

En raison de la maladie qui a été officiellement diagnostiquée en 2013, la chanteuse a eu une fin de carrière discrète, toutefois soulignée par un album et un spectacle-bénéfice en 2019.     

– Nicolas Saillant  


Gérard Gareau, 91 ans, Montréal  

Gérard Gareau et son fils Daniel, à gauche.

Photo courtoisie

Gérard Gareau et son fils Daniel, à gauche.

Daniel Gareau se souviendra de son père, Gérard, comme d’un homme qui était toujours de bonne humeur.     

Celui-ci aimait particulièrement taper du pied, dès qu’il entendait une note de musique, souligne-t-il.     

D’ailleurs, le personnel du Centre d’hébergement des Seigneurs l’adorait. « Les préposés disaient de lui qu’il avait du swing. Il participait à toutes les activités et s’entendait bien avec tout le monde ».     

Avant que la pandémie l’en empêche, M. Gareau visitait son père trois fois par semaine. Quelques heures avant son décès, il a eu la chance de passer une vingtaine de minutes à ses côtés. « Il avait de la difficulté à parler, mais il réagissait au son de ma voix », se souvient-il.     

Le père de deux fils, Daniel et Alain, était passionné par le jardinage, le vélo et la danse. Son endroit préféré était la piste de danse extérieure à Verdun, laquelle offre une vue sur le fleuve Saint-Laurent.     

« Il disait toujours : “Tout est correct” », confie M. Gareau.     

– Erika Aubin  


Pères Rolland Dionne, 90 ans, et Robert Grondin, 78 ans, Québec  

Photos courtoisie

La congrégation du Très St-Sacrement, qui a élu domicile à la résidence des Jardins d’Évangéline, a été touchée par des décès liés au coronavirus dans les derniers jours. Deux pères ont été emportés par la maladie.     

« La COVID-19 s’attaque aux voies respiratoires et dans les deux cas, leur condition de santé était très précaire », explique le père Jean-Marc Raymond qui connaissait bien les deux défunts.     

Le père Raymond était plus particulièrement proche du père Robert Grondin.     

Le religieux de 78 ans a longtemps oeuvré dans des paroisses à Montréal, Sherbrooke et Québec.     

Dans les années 1970, 1980 et 1990, le père Grondin était dans différents ministères paroissiaux, explique son collègue.      

Les deux hommes avaient fait leurs études ensemble et étaient maintenant à la retraite à la même résidence.     

Le père Rolland Dionne a quant à lui été missionnaire en Afrique pendant plus de 20 ans.     

« C’est l’un des premiers grands bâtisseurs de notre communauté en Afrique », raconte le père Raymond. Aujourd’hui, la congrégation du Très St-Sacrement compte une vingtaine de religieux.     

« Ils étaient des gens qui n’ont pas regardé en arrière, tous les deux étaient des personnes très vraies », ajoute le père Raymond. Une dizaine de membres de la congrégation résident aux Jardins d’Évangéline, mais le père Raymond rappelle que les victimes étaient à la maison de soins et qu’ils n’avaient plus de contacts avec les résidents autonomes.     

– Nicolas Saillant  


Laurette Chamberot, 88 ans, Montréal  

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La dame qui a vécu la majorité de sa vie dans l’arrondissement Villeray, à Montréal, est allée rejoindre le 17 avril dernier l’homme de sa vie, décédé récemment.     

« Léopold a perdu la vie le 4 février. C’était son proche aidant. Après, elle a perdu sa maison et ses repères. C’était trop pour elle. Elle est allée retrouver son amoureux à qui elle a été mariée 62 ans », se console Louise Condrain, une des nièces de Laurette Chamberot.     

Mme Condrain se souviendra de sa tante « Lolo » comme d’une femme d’une grande générosité.     

N’ayant pas eu d’enfants – elle qui les aimait tant – gâtait ses neveux et nièces comme les siens.     

« C’était comme une mère pour tous. Elle adorait nous amener magasiner à la Plaza Saint-Hubert. On y mangeait une frite, accompagnée d’un Coke », se remémore la femme de 62 ans.     

Mme Chamberot a beaucoup voyagé et elle aimait le tricot. D’ailleurs, les murs de sa maison étaient tapissés de tableaux de petit point, révèle sa nièce.     

La dame de 88 ans a succombé au virus alors qu’elle était à l’Hôpital Sacré-Cœur.     

« Elle aimait tant la vie et les réunions. C’est dommage qu’elle se soit retrouvée seule pour mourir », conclut Louise Condrain, soulignant que sa tante laisse cinq sœurs dans le deuil.     

– Jonathan Tremblay  


Antonio Arruda, 86 ans, Montréal  

Antonio Arruda

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Blagueur, bon vivant et amoureux de musique classique, Antonio Arruda a immigré des Açores, au Portugal, en 1957, sans un sou et sans parler un mot de français.     

Mais ça ne l’a pas empêché de travailler d’arrache-pied pour faire venir sa fiancée Georgina, avec qui il a eu quatre enfants, tous élevés en français.     

« Notre papou travaillait six jours par semaine. La septième journée, il jouait du tambour pour la Filarmonica Portuguesa à Laval », se remémore sa fille Suzanne.     

Malgré tout, M. Arruda trouvait le temps de s’occuper de ses enfants, car il passait ses meilleurs moments entouré de sa famille.     

Quand il a été placé en CHSLD, en 2018, son épouse Georgina allait d’ailleurs le visiter chaque jour... jusqu’à l’interdiction des visites en raison de la crise sanitaire.     

« Mon père n’avait jamais été seul de sa vie, et nous n’avons pas pu l’accompagner pour son dernier voyage, relate sa fille. Mais son sourire sera éternel. »     

– Michaël Nguyen  


Claude Gagnon, 83 ans, Laval  

Claude Gagnon pose au restaurant avec son épouse, Micheline Martin.

Photo courtoisie

Claude Gagnon pose au restaurant avec son épouse, Micheline Martin.

Claude Gagnon était un homme très généreux de sa personne, qui se donnait corps et âme pour le bien-être de sa famille et de ses proches.     

« C’était un homme simple, mais tellement aimant, aimable, et je dirais même aimé et respecté de tous. J’entends juste des bons échos de mon père, il a laissé sa trace comme ça. Il était bon, de bord en bord », explique sa fille Martine Gagnon.     

La priorité numéro un de Claude Gagnon était sans contredit sa famille, dont il était très fier.     

« Il veillait toujours à s’assurer que sa femme et ses enfants ne manquaient de rien. Il avait un don de soi, c’est un homme qui aidait beaucoup les autres, se rappelle sa fille. Jusqu’à la fin, j’ai ressenti l’amour que mon père avait pour ma mère, même après 61 ans de mariage. »     

À sa retraite – et avec la permission de sa femme –, l’homme au grand cœur avait décidé de s’impliquer dans une maison pour personnes âgées à proximité de chez lui.     

« C’est juste des beaux souvenirs que je garde de cet homme-là. C’était un homme exceptionnel. Il était plein de belles valeurs simples, témoigne Mme Gagnon. Il était toujours bien arrangé, coiffé et toujours bien habillé. »     

Celui qui aimait beaucoup philosopher sur divers sujet est décédé le 3 mai à l’âge de 83 ans.     

Très matinal, il aimait beaucoup prendre soin de son terrain et de ses fleurs.     

« La dernière fois que je l’ai vu, il n’a pas arrêté de me répéter qu’il m’aimait et qu’il était fier de moi. Il voulait vraiment que je retienne ce message-là », conclut sa fille.     

– Roxane Trudel  


Marie-Anna Caron, 91 ans, Québec  

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Marie-Anna Caron était une « femme active » jusqu’à la toute fin malgré ses problèmes de santé physique.     

Résidente du centre Jeffery Hale, à Québec, depuis 18 mois en raison d’une opération au genou survenue après une chute, la mère de trois enfants poursuivait tout de même ses petites activités.     

« Tous les matins, elle s’habillait et lisait son Journal. Elle s’informait beaucoup », raconte son fils Denis Caron.     

L’aînée a travaillé au Grand Théâtre de Québec dès son ouverture au début des années 1970 et y a œuvré jusqu’à l’âge de 69 ans.     

Son fils se souvient d’une mère sévère et stricte, qui lui a offert une bonne éducation alors que son mari est décédé en 1985.     

« C’était une femme de famille », résume-t-il.     

Comme la quasi-totalité des résidents de son étage, Mme Caron a attrapé la COVID-19 au début du mois de mai.     

« Une grande fatigue » s’est emparée d’elle, qui l’a clouée à son lit, selon son fils.     

Ce dernier précise que les six semaines de confinement avant qu’elle attrape le virus ont été très difficiles pour sa mère qu’il a vue décliner. « Ça a affecté beaucoup son moral », dit-il.     

– Nicolas Saillant  


Marthe Pelchat Giassa, 77 ans, Pointe-Claire  

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Marthe Pelchat Giassa était une femme incroyablement généreuse et positive qui aimait recevoir amis et famille dans la chaleureuse demeure qu’elle entretenait avec beaucoup d’amour.     

« Elle était extrêmement bonne cuisinière et elle savait créer une belle ambiance. Elle aimait la musique, les livres. Pour elle, la lecture, c’était vraiment important », souligne sa fille unique, Nathalie Giassa.     

Celle qui adorait danser avec son mari et fredonner des chansons francophones a rendu l’âme le 20 avril, à l’âge de 77 ans.     

« Quand elle était jeune, ils allaient souvent danser ensemble. Depuis qu’elle a été placée en CHSLD, mon père l’amenait presque tous les jours prendre des longues marches dans la forêt ou dans des parcs », ajoute leur fille.     

Grand-maman d’une seule petite-fille (sur la photo), elle a passé sa vie à prendre soin de sa famille et de son foyer.     

« Elle a beaucoup pris soin de moi quand j’étais à l’université. Elle s’intéressait à tout ce que je faisais. J’avais un cours de littérature russe qui durait un an, elle a tout lu les bouquins que je devais lire », se rappelle Mme Giassa en riant.     

– Roxane Trudel  


Robert Martin, 84 ans, Montréal  

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Même s’il n’a pas toujours été présent dans la vie de ses enfants, Robert Martin était un homme extrêmement galant et très généreux, soutient l’une de ses deux filles.     

« C’était un camionneur. Sa passion c’était les courses de chevaux [...] Mon père était un gambler. Il aimait aller jouer aux cartes et au bingo », souligne Chantal Martin.     

L’homme aux grands yeux bleus est décédé le 12 mai à l’âge de 84 ans. Il était grand-papa de quatre petits-enfants.     

S’il n’a pas été un père très présent, les dernières années ont permis à la famille de se rapprocher davantage.     

« C’était un homme courageux qui a refoulé beaucoup à l’intérieur de lui. Mais c’était aussi un bon vivant. Il a réussi avec ses amis, même si en dernier, il savait qu’il n’avait pas réussi avec ses enfants. Il s’est rattrapé par la suite », explique sa fille.     

Malgré tout, Mme Martin se souviendra de son père comme d’un homme fier, qui s’illuminait lorsqu’elle faisait jouer du Elvis Presley.     

« Mon fils a découvert son grand-père dans la dernière année, ajoute-t-elle. Il était content de découvrir le sens de l’humour de son grand-père, de qui il tient. Ils ont beaucoup ri ensemble. J’ai l’impression qu’on a bouclé la boucle avec lui. Ça a été comme une réconciliation. »     

– Roxane Trudel  


Jeannine Mailhot-Lafrenière, 88 ans, Saint-Tite  

Coronavirus - Covid-19

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« Ma mère, c’était une femme vivante, souriante, avec beaucoup de caractère et qui aimait parler avec le monde », décrit Lucie Lafrenière, fille de Jeannine Mailhot-Lafrenière, décédée à 88 ans, le 27 avril dernier.     

Depuis toujours, la mère de deux enfants, grand-mère de cinq petits-enfants et arrière-grand-mère de six arrière-petits-enfants a eu à cœur de se battre pour les bonnes causes.     

« Elle s’est beaucoup impliquée auprès des personnes défavorisées et auprès des personnes âgées », se souvient sa fille.     

Très active, elle jouait aussi dans les ligues de pétanque avec son mari, qui en présidait une en Mauricie. Ensemble, ils organisaient souvent des tournois et ils tenaient tous les deux une boucherie.     

Pour ses dernières heures, sa fille a pu rester à ses côtés. Cette dernière tient à souligner l’incroyable travail des infirmières du CHSLD Mgr Paquin de Saint-Tite, qui « l’ont accompagnée jusqu’à la fin ».     

– Clara Loiseau  


Gilles Campion, 84 ans, Repentigny  

campion

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Gilles Campion n’a pas eu la chance de serrer l’amour de sa vie une dernière fois dans ses bras avant de mourir.     

Il semble toutefois avoir attendu son tout dernier message d’amour pour fermer les yeux à jamais.     

« Sa femme ne pouvait pas venir le voir parce qu’elle est à Cap-Chat, en Gaspésie », lance le neveu du défunt Michel Raymond.     

« Elle lui a enregistré un mémo vocal, et c’est après l’avoir attendu qu’il est parti, paisiblement. »     

Le vétéran des Forces armées canadiennes a attrapé la COVID-19 au CHSLD Émile McDuff de Repentigny, où il résidait.     

Malgré le fait qu’il adorait les enfants, il n’a jamais eu l’occasion d’en avoir.     

Il s’est toutefois largement repris avec ses neveux, qu’il emmenait souvent au Parc Safari, au Zoo de Granby ou au défunt parc Belmont, lorsqu’ils étaient jeunes.     

« Il était vraiment paternel avec nous, souligne M. Raymond. C’était un homme de cœur. Le ciel a beaucoup gagné, mais, nous, on a perdu beaucoup. »     

M. Campion a toujours été un fervent lecteur du Journal. Connu comme ayant le cœur sur la main, il avait d’ailleurs l’habitude d’envoyer des chèques aux gens dans le besoin dont les histoires déchirantes faisaient la manchette.     

– Frédérique Giguère  

RENDEZ-LEUR HOMMAGE   

Un de vos proches a été victime de la COVID-19 et vous souhaitez lui rendre hommage, écrivez-nous à coronavirus@quebecormedia.com. Un de nos journalistes vous contactera.                

  

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