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Pandémie: les salles de concert se regroupent

Raphaël Gendron-Martin | Le Journal de Montréal

Au Diamant, à Québec, un projecteur illumine en permanence la salle où étaient présentées des pièces de théâtre jusqu’à la mi-mars.

Photo Simon Clark

Au Diamant, à Québec, un projecteur illumine en permanence la salle où étaient présentées des pièces de théâtre jusqu’à la mi-mars.

Il est minuit moins une pour les salles de spectacles indépendantes. Dans le noir depuis le début de la pandémie, plusieurs d’entre elles luttent pour leur survie. Pour se soutenir dans ces temps durs, une trentaine de salles privées viennent de se regrouper sous l’Association des salles de spectacles indépendantes du Québec (ASSIQ), a appris Le Journal.  

Pendant que le Québec se déconfine peu à peu, l’avenir des salles de spectacles est toujours trouble. Puisqu’elles ne bénéficient pas de subventions, et que leur situation actuelle est très précaire, les salles ont décidé de se soutenir avec l’ASSIQ.       

Une trentaine d’établissements en font partie, dont le Club Soda, l’Olympia, le Gesù, le Lion d’Or, le Fairmount, le MTelus, le Corona, l’Astral et le Théâtre St-Denis, à Montréal, ainsi que le Capitole de Québec, le Zénith de Saint-Eustache et le Vieux-Clocher de Magog.       

« Ce sont toutes des salles importantes, remarque le président fondateur du Club Soda, Michel Sabourin. Si elles venaient à disparaître, ce serait désastreux. »      

De l’aide de Montréal  

Depuis le début de la crise, les gouvernements sont plutôt silencieux à propos de la situation des salles de spectacles. Il y a quelques jours, la Ville de Montréal a annoncé une aide de 500 000 $ pour les salles de spectacles privées et les cinémas indépendants de la métropole.      

« On discute avec la Ville pour évaluer de quelle façon on va distribuer ce montant, indique la directrice générale du Lion d’Or, Sara Castonguay. [...] Puisqu’il n’y a pas beaucoup d’argent dans l’enveloppe, il faut y réfléchir pour bien l’investir. La Ville est à l’écoute de nos besoins, à la hauteur de ses moyens. »      

« Cette offre de la Ville de Montréal envoie le signal aux autres paliers de gouvernement que les salles sont à risque, indique Michel Sabourin. Mais présentement, il n’y a pas de message de Québec ni d’Ottawa qu’on va recevoir de l’aide. »      

Pas de reprise avant un an?  

Opérant le Club Soda depuis 1983, Michel Sabourin se montre assez pessimiste quant à la reprise des activités dans sa salle. « Je ne vois pas de réouverture possible avant le printemps prochain, dit-il. On parle encore d’un an. [...] Dans quel état serons-nous si on rouvre ? Je ne le sais pas. Est-ce que c’est la fin du spectacle vivant ? C’est la question à se poser. Ça va être quoi, le comportement des gens ? Ils vont continuer à avoir peur. »      

Sans être aussi pessimistes, les autres salles montréalaises contactées par Le Journal [Théâtre St-Denis, Place des Arts, Olympia, MTelus] reconnaissent qu’une aide gouvernementale est primordiale pour assurer leur survie. « Sans une aide d’appoint des instances municipales et/ou gouvernementales, notre avenir demeure sombre », mentionne Marie-Ève Dury, du Théâtre St-Denis.       

4 conditions pour la survie des salles  

Les salles de spectacles privées sont menacées de disparaître si les gouvernements ne viennent pas à leur rescousse. La nouvelle Association des salles de spectacles indépendantes du Québec (ASSIQ) mentionne qu’il faudra réunir ces quatre conditions préalablement à une éventuelle réouverture :       

1 Une aide pour absorber les frais fixes  

Des salles comme le Club Soda et le Lion d’Or ont des frais fixes mensuels d’environ 45 000 $. L’ASSIQ souhaiterait une aide jusqu’à la réouverture pour que les salles puissent retrouver une situation financière semblable à celle qu’elles avaient au moment de leur fermeture obligée.      

2 Le maintien de la subvention salariale d’urgence  

L’ASSIQ demande de garder en place au-delà du 30 juin la subvention salariale d’urgence pour les entreprises des secteurs qui continueront d’être touchés par la pandémie en plus de pardonner la part entrepreneuriale de 25 %.       

3 Une annonce de réouverture plusieurs mois à l’avance  

Les salles estiment qu’il leur faudra entre deux et trois mois pour relancer leurs activités lorsque le gouvernement donnera le feu vert aux rassemblements de 500 personnes et plus. Il s’agit du temps nécessaire pour boucler une programmation, mettre en vente les billets et atteindre une masse critique de vente.      

4 Une aide publique pour stimuler la demande  

Afin que l’offre soit attrayante pour les spectateurs, au moment de la réouverture, l’ASSIQ aimerait obtenir une aide publique pour entre autres garder les billets de concert à des prix abordables.      

Des idées pour la réouverture  

Les salles de spectacles pourront probablement reprendre leurs activités même si le virus circule toujours parmi la population. De quelle façon assureront-elles la sécurité des spectateurs jusqu’à ce qu’un vaccin soit trouvé ? Et comment pourront-elles rouvrir ? Le propriétaire de l’Olympia de Montréal, Patrick Lévy, a présenté au Journal différentes idées.      

Détecteurs de température  

Patrick Lévy a commandé 10 nouveaux détecteurs de métal qui peuvent aussi prendre la température. Conçus en Chine, ils indiquent – sans contact – si la température de chaque personne est basse ou élevée. L’Olympia les recevra d’ici deux semaines et devra avoir l’accord de la santé publique avant de les utiliser.       

Spectacles hybrides  

Si les salles devaient rouvrir à capacité réduite, l’Olympia songe à la possibilité de tenir des concerts intimes pour 250 spectateurs qui auraient payé jusqu’à trois fois le prix habituel. Les spectacles seraient ensuite vendus sur le web ou pour la télé.      

Deux spectacles par soir  

Avec des spectacles à capacité réduite, l’Olympia proposerait aux artistes de donner deux représentations par soir lors de leur passage dans la salle. « Les artistes pourraient réduire leur spectacle à 1 h 10, dit Patrick Lévy. Ils devraient travailler plus, mais ils feraient aussi travailler toute l’industrie. »      

Aînés interdits d’accès  

Voilà l’idée la plus controversée. Puisque ce sont les personnes de plus de 65 ans qui sont les plus à risque, Patrick Lévy suggère de ne pas les admettre aux spectacles. Après avoir « carté » les jeunes pour les événements 18 ans et plus, on se retrouverait ainsi à carter les aînés.