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Soins aux aînés: faut penser petit

Antoine Robitaille | Agence QMI

On évoque de plus en plus la création éventuelle d’une enquête sur la gestion de la pandémie.

Dès le 20 avril, François Legault déclarait: «on aura probablement, comme il y a eu suite au SRAS, une commission d'enquête.»

Ça semble tomber sous le sens. Surtout pour comprendre ce qui nous a conduits à manquer à notre devoir de protection envers ces êtes vulnérables que sont les personnes âgées hébergées en résidences.

Trop

La première difficulté, lorsqu'on envisage un tel exercice, est de définir le mandat. Il peut être extrêmement large et aboutir après quelques années de fastidieux et coûteux travaux, à un rapport aux 1001 recommandations qui effraiera le gouvernement.

Autre risque: empiler les investigations. Prenons l’hécatombe au CHSLD Herron, où les morts se sont additionnés à une vitesse folle après la désertion des employés. «Il y a trois enquêtes qui ont lieu, notait François Legault le 13 avril, une [...] de la Santé publique, une [autre] de police, puis [celle] du coroner.»

Bon sens

Difficile évidemment d’être contre la recherche de la vérité. Mais pour tirer les leçons de cette période covidienne, sur certains aspects précis, une autre grande messe ne semble pas impérative.

Où nos vieux ont-ils été les mieux protégés? Une recension effectuée par notre Bureau d’enquête a identifié quatre CHSLD de l’île de Montréal où il n’y a eu jusqu’à maintenant aucun cas d’infection.

Les caractéristiques communes de ces endroits: de petites résidences privées où il y a peu de personnes âgées, une cinquantaine ou moins.

Le directeur général du CHSLD Angus, Frédéric Asselin, a tout résumé de manière efficace: «étant donné que nous sommes un petit milieu, on a eu une facilité d’intervenir rapidement.»

Penser petit

Autrement dit, en matière de soin aux aînés, «Small is beautiful» selon le titre du célèbre livre de l'économiste anglais Ernst Friedrich Schumacher publié en 1973. Son sous-titre? «A Study Of Economics As If People Mattered.» Tout le contraire de ce qu'on a fait dans les 30 dernières années

Dans les petites résidences, les gestionnaires sont présents, ont tendance à connaître employés et résidents. N’attendent pas les ordres venant de la stratosphère de quelque CISSS ou CIUSSS. Les initiatives y sont davantage possibles: dès le début de la pandémie, la DG du CHSLD Bussey s’est précipitée à la quincaillerie pour y acheter des masques.

En pleine crise, ces petits lieux furent en mesure de faire une gestion du personnel sécuritaire: pas de navette d’une résidence à une autre. Pas d’agence de placement. Ceux qui travaillaient à plus d'un endroit furent sommés de choisir.

Bonne nouvelle: le gouvernement promet de construire des «Maisons des aînés» dont une des caractéristiques sera l'échelle humaine (unités de 12 résidents).

Sauf qu'à l'automne, Québec prévoyait que d’ici 2022, seules 2600 personnes âgées pourraient y habiter. Actuellement, le réseau des CHSLD en accueille 40 000.

Nul besoin d’une commission pour comprendre que ce ne sera qu’une goutte dans l’océan du vieillissement.