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Les visages de la pandémie

Le Journal de Montréal

Ida Natale VICTIME COVID-19

PHOTO COURTOISIE

Derrière toutes les statistiques, il y a surtout des gens dont la vie a été écourtée par la COVID-19. Déjà près de 4000 familles québécoises sont en deuil, dont 378 qui se sont ajoutées la semaine dernière seulement. Nos journalistes ont récolté l’histoire de certaines d’entre elles afin de mettre un visage sur les trop nombreuses victimes de cette pandémie sans précédent.   

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• À lire aussi: Les visages de la pandémie (2e partie) 

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• À lire aussi: Visages de la pandémie (4e partie) 

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Maria Esther Bonanno, 87 ans, Montréal  

Lorsque Maria Esther Bonanno est partie pour l’hôpital, son fils Robert Butera est allé lui dire au revoir sous la pluie battante. La scène déchirante a été captée par notre photographe.

Photos Agence QMI, Maxime Deland et courtoisie

Lorsque Maria Esther Bonanno est partie pour l’hôpital, son fils Robert Butera est allé lui dire au revoir sous la pluie battante. La scène déchirante a été captée par notre photographe.

Quand elle a appris qu’elle deviendrait grand-maman, Maria Esther Bonanno a entrepris des démarches afin de quitter son pays natal, l’Argentine, et d’immigrer au Canada afin d’offrir son aide.      

« Elle est arrivée ici deux ou trois mois après ma naissance, en 1997, et elle s’est toujours occupée de ma sœur et moi quand nos parents travaillaient, raconte Anthony Butera, son petit-fils. Je ne suis jamais allé à la garderie de ma vie. »      

Mme Bonanno a passé sa vie à répéter à son entourage à quel point la famille était ce qu’il y avait de plus important au monde.      

« Elle disait souvent que la famille doit toujours être numéro un, et que si t’as pas de famille, toutes les autres choses ne valent rien », se remémore son petit-fils.      

Mme Bonanno avait également à cœur de transmettre son héritage culturel à sa famille.      

Ainsi, ses fameux empanadas sont devenus un classique dans tous les rassemblements de la famille Bonanno.      

À la fin avril, un photographe de l’Agence QMI avait assisté à une scène déchirante, alors que Mme Bonanno quittait le CHSLD Joseph-François-Perrault, dans le quartier Saint-Michel, pour être transportée à l’hôpital devant son fils.      

« Maman ! Maman ! Je t’aime ! Je t’aime, maman ! On est là ! » avait crié Roberto Bureta avant que les portes de l’ambulance ne se referment sous ses yeux.      

– Frédérique Giguère  


Margaret Starnes, 100 ans, Montréal  

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Photo courtoisie

Patiente d’un des CHSLD les plus affectés par la COVID-19 au Québec, Margaret Starnes n’a pas eu les soins nécessaires avant son décès en raison du manque criant de personnel, selon ses proches.      

« C’est un membre de l’armée qui m’a informé que ma mère avait la COVID-19 au téléphone, alors que ce n’était même pas la raison initiale de son appel, raconte sa fille Heather Starnes. Il croyait qu’on le savait. »      

Malgré ses nombreux appels, les jours précédant le décès de sa mère, il a été impossible pour Mme Starnes d’avoir des nouvelles de l’état de santé de celle-ci.      

« Elle n’était plus mobile et il n’y avait plus personne pour la sortir de son lit ou la faire bouger, se désole sa fille. Elle était complètement isolée dans sa chambre. »      

Heather Starnes est mécontente de la façon dont les choses ont été gérées, puisqu’elle aurait aimé avoir du temps pour aller dire au revoir à sa mère.      

Elle se souviendra toutefois toujours d’elle comme d’une femme qui adorait apprendre.      

« Elle a suivi des cours de calligraphie, de science et de danse du ventre, lance-t-elle en riant. S’il y avait des cours, elle les suivait ! »      

– Frédérique Giguère  


Marcus Sheffren, 96 ans, Montréal  

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Après avoir servi quelques années dans la Marine royale canadienne, notamment pendant la Deuxième Guerre mondiale, Marcus Sheffren s’est bâti une place de choix dans l’industrie du vêtement au Québec.      

L’homme d’affaires a connu un beau succès avec sa boutique de vêtements à Laval, qu’il a opérée pendant plus de 50 ans.      

« C’était un homme respecté dans l’industrie, raconte sa fille, Susie Sheffren. Il n’était pas critique des autres, il cherchait toujours à voir le bon côté des gens et il était apprécié. »      

Le nonagénaire était également très fier d’avoir servi au sein des Forces armées canadiennes pendant l’un des moments les plus marquants de l’histoire.      

Basé à Halifax, M. Sheffren était affecté à la surveillance radar des missiles sous l’eau.      

– Frédérique Giguère  


Norma Wiseman, 77 ans, Montréal  

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Norma Wiseman était une grand-mère généreuse qui aimait gâter ses petites-filles, Mélissandre et Audréanne.      

« Elle adorait nous donner des couvertures chaudes et des pyjamas. Elle pensait à tout le monde », raconte sa fille, Liette Lefebvre.      

Norma Wiseman est décédée de la COVID-19 à l’âge de 77 ans. À sa résidence Soleil, dans l’arrondissement Saint-Laurent, elle avait l’habitude de recevoir la visite de sa fille, de son fils Éric ainsi que de sa fratrie.      

« Du jour au lendemain, on ne pouvait plus aller la visiter », dit tristement Mme Lefebvre.      

Liette et Éric, ainsi que ses sœurs Nicole et Marie et son frère Jean-Pierre attendaient de la revoir une dernière fois, grâce à un appel vidéo, mais elle est décédée à ce moment.      

« Pendant que nous pensions tous à elle », laisse entendre Liette Lefebvre.      

Celle-ci s’ennuiera de passer du temps avec sa mère, en particulier d’avoir l’occasion d’aller boire un bon café avec elle.      

– Erika Aubin  


Lise Laquerre, 81 ans, Longueuil  

Lise Laquerre pose avec sa fille Nathalie Laquerre.

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Lise Laquerre pose avec sa fille Nathalie Laquerre.

Nathalie Laquerre est outrée que sa mère soit morte toute seule, au CHSLD René-Lévesque.      

L’état de Lise Laquerre s’est dégradé de façon foudroyante à la mi-avril.      

Seulement deux jours se sont écoulés entre son transport à l’hôpital Pierre-Boucher pour traiter une hanche cassée et le décès de l’enseignante de mathématiques retraitée.      

« C’est juste atroce de savoir qu’elle est morte seule. Je me serais habillée en astronaute s’il avait fallu pour passer du temps avec elle. Mourir toute seule, c’est dégueulasse », insiste la fille de la défunte.      

Nathalie Laquerre a toujours pu se confier à sa mère et lui parler de n’importe quoi, sans gêne.      

Elle aurait d’ailleurs souhaité pouvoir le faire une dernière fois avant de la perdre à tout jamais.      

« Elle accueillait tout le monde à bras ouverts, elle ne jugeait jamais. Ses sourires et ses câlins me manquent », illustre-t-elle.      

Le père de Nathalie Laquerre est lui aussi anéanti par la perte de celle qui a partagé 60 ans de sa vie.      

« Tout s’est détruit autour de lui, tout s’est écroulé. Soixante ans ensemble, ce n’est pas quelque chose que tu peux oublier facilement », conclut Mme Laquerre.      

– Claudia Berthiaume  


Norma Moscovitz, 94 ans, Côte-Saint-Luc  

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Féminine et féministe : deux mots qui décrivent bien Norma Moscovitz.      

La nonagénaire a toujours accordé une grande importance à son apparence, même dans les dernières années, alors qu’elle résidait au centre Maimonides, à Côte-Saint-Luc.      

Sa bataille contre l’Alzheimer ne l’empêchait pas de porter les plus belles robes et d’être toujours maquillée à la perfection.      

Féministe avant l’heure, Mme Moscovitz n’a jamais voulu dépendre de l’homme avec qui elle a partagé 73 ans de sa vie.      

« C’était une femme très forte et indépendante. Elle nous a appris à être forts », souligne sa fille Alice Raby, âgée de 72 ans.      

La mère de trois enfants détenait déjà son permis de conduire dans les années 1950, à une époque où peu de femmes prenaient le volant.      

Elle parcourait fièrement les rues de Montréal dans sa voiture décapotable vert forêt du constructeur anglais Morris.      

Bien avant que le yoga ne devienne populaire, Mme Moscovitz s’y est intéressée.      

Après un cours qui lui a donné la piqûre dans les années 1960, elle s’est mise à l’enseigner dans différents centres et cégeps de la métropole.      

Pour elle, c’était aussi une façon de gagner son propre salaire.      

La professeure aguerrie a pratiqué durant 50 ans, jusqu’à ce qu’elle soit elle-même devenue septuagénaire.      

« J’ai reçu beaucoup de cartes de condoléances de gens qui étaient dans ses classes », note Mme Raby, qui décrit sa mère comme une femme « très athlétique ».      

Sportive accomplie, Mme Moscovitz jouait également au golf et au tennis, en plus de faire du ski à un niveau compétitif.      

« Elle était très tenace. Elle a gagné plusieurs trophées, elle n’était pas contente si elle ne gagnait pas », illustre sa fille.      

– Claudia Berthiaume  


Michel Gignac, 71 ans, Laval  

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La maladie a éloigné Marie-Paule Daviau de son époux Michel Gignac, avant que la COVID-19 le lui arrache carrément des mains.      

« Ils étaient fusionnels, confie leur fille Mélanie Gignac. Ç’a été dur pour eux d’accepter que mon père aille vivre en résidence. »      

M. Gignac est décédé à 71 ans le 21 avril dernier, à la résidence L’Éden de Laval.      

Son départ a mis fin à 38 ans de mariage.      

« Le plus difficile pour nous est que Michel est parti seul, se désole sa fille. Ma mère a demandé s’il était possible que papa entende sa voix et absolument rien n’était possible. »      

Dès les premiers symptômes, sa famille se doutait qu’il ne passerait pas à travers la maladie. « Il avait tous les antécédents », lance sans détour Mme Gignac.      

Cette dernière décrit son père comme un homme travaillant, ayant fait sa carrière comme échantillonneur chez Centura, et un grand-père en or, qui aimait faire rire.      

« C’était le pourvoyeur de la famille. Il a fait beaucoup de sacrifices, dit-elle. J’étais sa seule enfant. Il disait que j’étais sa fierté, car j’étais allée à l’université, ce qu’il n’avait pas pu faire. Et il voulait tellement être grand-père. »      

Il n’a eu la chance de voir son deuxième petit-fils, né au début mars, qu’à une occasion, avant de succomber au virus.      

Durant l’une de leurs dernières conversations, le septuagénaire a souhaité à sa fille de concevoir la petite fille dont elle rêve depuis toujours, lorsqu’elle prendra l’éventuelle décision d’agrandir à nouveau sa famille.      

« Nous avons su [après sa mort] qu’il a fait deux crises d’angoisse avant de partir. Mon père s’inquiétait pour sa femme et pour sa fille jusqu’à son dernier souffle », conclut-elle.      

– Jonathan Tremblay  


Huguette Crousset, 90 ans, Montréal  

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Parmi toutes les belles valeurs que Huguette Crousset a voulu transmettre à ses enfants à travers les années, celle du don de soi demeure la plus importante aux yeux de ses proches.      

« Ce n’est pas compliqué, on a été élevés dans le bénévolat », lance sa fille Louise Crousset.      

La nonagénaire, qui souffrait de démence avant son décès, a reçu d’excellents soins au CHSLD Robert-Cliche de Montréal alors qu’elle souffrait de la COVID-19.      

La journée de son décès, sa fille a pu aller la voir.      

« Elle n’allait vraiment pas bien, se souvient-elle. Elle avait son chapelet dans les mains, on a fait des prières. Ce n’était plus maman. Ils perdent la parole dans les heures avant, on dirait. Ses yeux bougeaient, mais je n’entendais aucun son, c’était comme un silence de mort. »      

Huguette Crousset a poussé son dernier souffle le soir même.      

Dans ses plus jeunes années, Mme Crousset était connue comme une hôtesse hors du commun.      

Elle accueillait de nombreux travailleurs qui arrivaient d’ailleurs dans sa maison familiale et elle les nourrissait.      

« Elle faisait jusqu’à trois pains sandwich le matin quand les gars partaient travailler », se souvient sa fille.      

– Frédérique Giguère  


Pertti Olavi Haapamäki, 86 ans, Pointe-Claire  

Pertti Olavi Haapamäki COVID-19

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Originaire de Finlande, Pertti Olavi Haapamäki est arrivé à Montréal en 1970, avec sa femme Inge et leurs deux enfants Turjo et Susanne. Il avait trois petits-enfants.      

Cet ingénieur a toujours été passionné par son travail, raconte son beau-fils, Stephen Solyom. « C’était quelqu’un qui aimait tellement son métier, que même en vacances, il ne pouvait pas relaxer à la plage. Il fallait qu’il ait un projet », ajoute-t-il.      

Pertti Olavi Haapamäki a créé le premier bureau nord-américain de l’entreprise finnoise Repola, spécialisée dans le papier.      

Il a aussi travaillé sur des conceptions innovantes dans l’industrie, enregistrant des brevets de procédés chimiques.      

Avec tous ces accomplissements, il a reçu en 1990 le titre de chevalier de première classe de l’Ordre du Lion de Finlande, pour service rendu à l’économie du pays.      

Décédé de la COVID-19 au CHSLD Centre Bayview à Pointe-Claire, à 86 ans, M. Haapamäki aura un service commémoratif en Finlande.      

« Il a toujours voulu être enterré sur les terres de ses ancêtres que sa famille possède encore », dit M. Solyom.      

– Clara Loiseau  


Ida Natale, 86 ans, Montréal  

Ida Natale et son fils Giovanni Natale, qui est allé jouer de l’accordéon lors d’une fête à la résidence Angelica en décembre.

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Ida Natale et son fils Giovanni Natale, qui est allé jouer de l’accordéon lors d’une fête à la résidence Angelica en décembre.

Née en Italie durant l’entre-deux-guerres, Ida Prete est tombée amoureuse de son pays d’adoption, sans toutefois jamais oublier ses racines.      

Celle qui a grandi dans un petit village du sud a rencontré son mari Mario Natale lorsqu’elle était enfant.      

Ils se sont mariés et ont immigré à Montréal pendant l’Expo 67 pour donner une vie meilleure à leur progéniture.      

Mme Natale a appris le français et pouvait converser lire et converser avec aisance dans la langue de Molière.      

La mère de deux enfants était d’ailleurs très protectrice et dédiée à l’éducation de ceux-ci, et se portait volontaire pour les accompagner dans toutes les sorties scolaires.      

« Elle était à l’avant-garde pour une femme de sa génération. Son discours n’était pas : “Marie-toi et fais des enfants”, c’était “Va à l’école et décroche un bon emploi” », explique sa fille Giuliana Natale.      

« Elle me disait : “Les filles, c’est bien, mais concentre-toi sur tes études” », ajoute en riant son fils Giovanni Natale.      

Comme toute bonne « mama » italienne, elle était une cuisinière hors pair. « Personne ne peut se comparer à elle, affirme son fils. Elle cuisinait des lasagnes, des cannellonis, des pizzas maison, mais aussi du pâté chinois. Son pâté chinois était fantastique. »      

« Elle disait toujours à nos amis : “Hey, as-tu mangé ? Tu as l’air mal nourri, laisse-moi te préparer quelque chose” », poursuit M. Natale.      

L’aînée a été séparée de son mari des 57 dernières années il y a huit mois. Quand « son corps a cessé de suivre sa tête », elle a dû emménager à la résidence Angelica.      

« Ma mère était une battante. Elle a survécu à un cancer du sein, à deux chirurgies des genoux et à une pneumonie qui a nécessité son intubation », note sa fille.      

« Elle disait toujours : “Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir” », termine son fils.      

– Claudia Berthiaume  


Jacqueline Lefebvre, 88 ans, Montréal  

Jacqueline Lefebvre VICTIME COVID-19

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« Ma mère a toujours voulu changer la vision qu’ont les gens sur les personnes handicapées. Elle voulait montrer que ces personnes sont comme tout le monde et qu’elles peuvent faire les mêmes choses que les non-handicapés », raconte Monique Lefebvre, fille de Jacqueline Lefebvre, décédée de la COVID-19 à l’âge de 88 ans.      

Née avec un bras en moins, Jacqueline Lefebvre a été élevée de la même manière que ses six frères et sœurs.      

Grâce à cela, elle a toujours montré une grande détermination qui l’a poussée à relever les défis qu’elle rencontrait avec son handicap, affirme sa fille.      

Après plusieurs années de bénévolat, elle est devenue directrice de Loisirs pour handicapés, aujourd’hui connu sous le nom de CIVA (Centre d’intégration à la vie active).      

Elle est restée à sa direction pendant 15 ans, avant de fonder l’organisme AlterGo.      

En œuvrant avec Yvon Lamarre, ancien président du comité exécutif de Montréal de 1978 à 1986, elle a notamment aidé à la mise en place de « bateaux-pavés » aux intersections, qui permettent un déplacement plus facile aux personnes ayant des limitations lorsqu’elles traversent la rue.      

Avec son mari Robert Lefebvre, également handicapé physique, et leurs quatre enfants, Jacqueline Lefebvre a aimé montrer à la population que les limitations physiques n’empêchent pas d’avoir une famille, explique sa fille.      

« Avec mon père, ils ont été responsables d’une ligue de bowling et souvent les gens allaient les voir parce qu’ils étaient étonnés que ces personnes puissent s’amuser et être aussi heureux », raconte Mme Lefebvre.      

Très proche de ses enfants, Mme Lefebvre les a toujours impliqués au cœur de ses actions.      

« Par son parcours, elle nous a influencés », soutient Monique Lefebvre qui a aussi dirigé l’organisme AlterGo pendant près de 40 ans.      

L’un des fils de Mme Lefebvre, Alain, a quant à lui été directeur du Centre de réadaptation Lucie-Bruneau.      

Sa seconde fille, Chantal, a également travaillé au sein du même établissement que son frère.      

– Clara Loiseau  


Arthur Robillard, 85 ans, Montréal  

Arthur Robillard VICTIME COVID-19

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Véronique Robillard garde le souvenir d’un père dévoué, qui a aidé les autres toute sa vie durant.      

Arthur Robillard a longtemps travaillé dans des centres pour les enfants ayant un handicap intellectuel.      

Il a aussi participé à la désinstitutionnalisation des orphelins de Duplessis.      

« Il a aidé plein de gens dans leur cheminement », résume Mme Robillard, qui se désole que son père soit « mort dans l’anonymat ».      

L’octogénaire s’est toujours beaucoup consacré à son travail, mais il aimait aussi beaucoup s’évader dans la nature.      

Le père de trois filles, issues de deux unions, était d’ailleurs un grand amateur de chasse et de pêche.      

Celui qui résidait au CHSLD Denis-Benjamin-Viger, sur L’Île-Bizard, laisse aussi dans le deuil sa conjointe des dernières années, Claudette Cochelin, « qu’il aimait énormément ».      

– Claudia Berthiaume  


Jacqueline Couture-Patenaude, 89 ans, Saint-Lambert  

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Née à Detroit, au Michigan, de parents franco-ontariens, Jacqueline Patenaude a toujours accordé une grande importance à la langue française.      

Sa famille a emménagé à Ottawa lorsqu’elle avait 2 ans, mais ses parents l’ont abandonnée 10 ans plus tard.      

« Elle a gardé la tête haute malgré tout. Elle a été placée dans un couvent, et c’est là qu’elle a développé ses aptitudes pour le chant », décrit sa fille Nicole Couture Ross.      

Cette dame à la voix d’ange et d’une grande beauté aurait assurément pu faire carrière, soutient sa fille, mais elle a plutôt choisi de fonder une famille.      

Elle a rencontré Benoît Couture, le père de ses trois enfants, à la banque où elle travaillait et le couple a ensuite vécu quelques années à Toronto.      

Championne des droits des francophones, elle faisait partie de l’Association des femmes canadiennes-françaises.      

Lorsque la famille s’est installée à Brossard, sur la Rive-Sud, dans les années 1960, Mme Couture-Patenaude y a cofondé la bibliothèque municipale.      

Elle a aussi dirigé la chorale de la ville pendant plusieurs années.      

« Elle était extraordinaire ma mère. Elle ne comptait pas ses heures de bénévolat », souligne sa fille.      

La pandémie de COVID-19 a malheureusement fait en sorte que l’octogénaire est décédée seule, car même son mari des 70 dernières années ne partageait pas la même chambre qu’elle au Centre de réadaptation Saint-Lambert.      

« Elle a été abandonnée encore une fois... dans la mort », se désole sa fille.      

– Claudia Berthiaume  


Thérèse Vincent, 90 ans, Montréal  

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Un peu moins d’un mois après le décès de sa grand-mère Thérèse Vincent, Marc Dumaine a encore de la difficulté à parler de celle qui l’a élevé comme son fils.      

« J’ai perdu ma meilleure amie », confie avec émotion l’homme de 40 ans à propos de celle qui a été emportée par la COVID-19 le 28 avril à l’âge de 90 ans, dans un CHSLD de Montréal.      

« Elle était le pilier de notre famille et plus rien ne sera jamais pareil », ajoute-t-il.      

Mme Vincent a passé plusieurs années de sa vie dans les cours d’école puisqu’elle y était surveillante, et les soirs, elle faisait le ménage dans des institutions bancaires.      

« Ma grand-mère disait souvent qu’il y avait toujours un soleil derrière chaque nuage », raconte son petit-fils afin d’expliquer comment sa grand-mère voyait la vie.      

« Elle savait rapidement toucher le cœur des gens », conclut-il.      

– Alex Drouin, Collaboration spéciale  


Me Guy Gagnon, 91 ans, Montréal  

Luce Moreau regarde tendrement son conjoint des 20 dernières années, Guy Gagnon.

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Luce Moreau regarde tendrement son conjoint des 20 dernières années, Guy Gagnon.

Une grande force tranquille s’est éteinte le 1er mai dernier, victime de la COVID-19.      

Homme de théâtre, baryton à la voix puissante, juriste réputé, Me Guy Gagnon a excellé dans tout ce qu’il a accompli.      

Né dans l’entre-deux-guerres, il a suivi des études classiques au collège Saint-Laurent, où il a découvert le théâtre.      

C’est toutefois en droit qu’il a poursuivi ses études, à l’Université de Montréal.      

En marge de son baccalauréat, Guy Gagnon a fait partie du quintette a cappella Les Gamins de la gamme, formé de quatre autres étudiants.      

« Charles Aznavour a même fait la première partie d’un de leurs spectacles, c’est dire à quel point ils étaient populaires à l’époque », raconte sa conjointe des 20 dernières années, Luce Moreau.      

Cette passion pour la musique, il l’a transmise à ses cinq fils, souligne-t-elle fièrement.      

Dans les années 1950, le comédien a obtenu un rôle-titre dans la série télévisée Cap-aux-sorciers.      

Il était alors connu sous le nom d’emprunt de Pierre Belzil, car il réservait l’usage de son nom de baptême pour sa pratique du droit.      

Spécialisé dans le droit commercial, Me Gagnon a défendu plusieurs patrons lors de négociations musclées dans les années 1960-1970, se forgeant un nom et une réputation de grand plaideur dans le milieu juridique.      

« C’était quelqu’un d’un grand calme. Il a laissé une marque indélébile chez les gens. À son décès, j’ai reçu beaucoup de témoignages de gens qui me disaient : “Si Me Gagnon n’avait pas été là, je n’aurais pas eu la carrière que j’ai eue” », relate Mme Moreau.      

Celle qui a œuvré au sein de l’Orchestre métropolitain a rencontré l’aîné dans un camp musical des Laurentides au tournant des années 2000.      

« Quand je l’ai entendu chanter, ça a été un coup de foudre. Je me suis dit : “Il faut que je revoie cet homme-là” », décrit-elle.      

Mme Moreau estime avoir vécu la plus belle étape de sa vie aux côtés de ce grand sage.      

« Au début, j’étais fâchée contre la maladie d’Alzheimer de nous voler du temps. Finalement, ça nous a donné l’occasion de vivre dans le moment présent. C’est le plus bel héritage qu’il me reste », résume-t-elle.      

« À la fin, il ne savait pas mon nom, mais quand j’arrivais, il voulait toujours m’embrasser. Je lui demandais : “Est-ce que tu m’aimes un petit peu encore ?” et il répondait “Oui, un petit peu... mais non beaucoup” », termine sa conjointe.      

– Claudia Berthiaume  


Aline Pouliot Sweeney, 86 ans, Laval  

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La famille d’Aline Pouliot Sweeney a bien cru que la COVID-19 épargnerait cette dame si douce.      

Alitée en permanence, l’octogénaire ne pouvait plus sortir de sa chambre du CHSLD Sainte-Dorothée, à Laval.      

Elle devrait donc faire partie des derniers Gaulois n’ayant pas attrapé le virus au sein du centre pour aînés le plus durement touché de la province, croyaient ses proches.      

Des employés l’ont malheureusement contaminée malgré eux, et l’état de Mme Pouliot Sweeney s’est dégradé à un point tel que ses proches ne la reconnaissaient plus lors des derniers appels vidéo auxquels ils ont participé.      

« Elle a été 22 jours sans manger ni boire pratiquement. C’est une mort atroce », laisse tomber sa belle-fille, Édith Boissonneault.      

« Ma mère ne méritait pas ça », poursuit le fils de la défunte, Ronald Sweeney, ajoutant que sa mère était une « personne de famille » et qu’elle aurait assurément aimé être entourée lors de ses derniers moments.      

« Ronnie », comme elle le surnommait, garde néanmoins le souvenir d’une femme prête à tout essayer, à tout voir.      

Après le décès de son grand amour, Howard, Mme Pouliot Sweeney a voyagé à plusieurs reprises en Europe.      

« Elle ne marchait pas vite, mais elle suivait tout le temps. Un peu comme le lapin Energizer », illustre son fils.      

Très coquette, celle qui vendait des vêtements dans des magasins à grande surface avait conservé ses petites habitudes lorsqu’elle a emménagé en résidence.      

« Son petit verre de vin blanc en soupant, c’était sacré. Je lui en apportais une bouteille toutes les semaines », décrit M. Sweeney.      

La mère de trois enfants, dont elle était très fière, a malheureusement dû vivre le décès de ses deux aînés dans les dernières années.      

Cette dame au cœur d’or ne souhaitait qu’une chose pour son propre départ : une petite messe bien simple.      

Pandémie oblige, son dernier vœu ne pourra toutefois être exaucé, se désolent ses proches.      

– Claudia Berthiaume  


Frank Peres, 86 ans, Montréal  

Frank Peres est allé rejoindre sa conjointe des 60 dernières années, Doris Agatha Peres (en mortaise), un mois après la mort de celle-ci.

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Frank Peres est allé rejoindre sa conjointe des 60 dernières années, Doris Agatha Peres (en mortaise), un mois après la mort de celle-ci.

Frank Peres a perdu sa conjointe des 60 dernières années, Doris Agatha Peres, à la suite de complications liées à la COVID-19 le 23 avril dernier.      

Ils résidaient tous deux au CHSLD Lachine, à Montréal, depuis environ un an.      

Lorsque Le Journal lui a parlé la semaine suivante, l’octogénaire était en pleine santé.      

Mais son cœur était en peine lorsqu’il nous a confié ceci : « En la perdant, c’est comme si j’avais perdu la moitié de mon corps. Je ne l’aurais jamais laissée partir. »      

L’aîné ne l’a effectivement pas laissée partir seule... il l’a rejointe au ciel mercredi, après avoir lui aussi contracté le virus.      

« Perdre ses deux parents dans un si court laps de temps est vraiment très difficile », laisse tomber leur fils, Clinton Peres.      

Ce dernier a su que son père était infecté au simple son de sa voix lors de leur appel quotidien, la semaine dernière.      

M. Peres espérait toutefois que l’ingénieur électrique à la retraite réussirait à s’en tirer. « Il était pourtant beaucoup plus fort que maman », résume-t-il avec désolation.      

– Claudia Berthiaume  


André Tremblay, 75 ans, Chicoutimi      

André Tremblay VICTIME COVID-19

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« André, c’était quelqu’un de bon, c’était quelqu’un qui essayait de trouver de la bonté en chaque personne », se souvient sa femme, Louise Côté, avec qui il est resté marié pendant 50 ans.      

Amoureux de la langue de Molière, l’ancien professeur de cinquième secondaire a eu à cœur de transmettre sa passion à tous les élèves de l’école secondaire Dominique-Racine, à Chicoutimi.      

« Il voulait leur donner le goût d’aimer le français et l’écriture », raconte Mme Côté.      

Après avoir consacré 35 ans de sa vie à l’éducation, il a décidé de se vouer à une autre passion : la menuiserie.      

André Tremblay s’était alors construit un atelier où il allait travailler tous les soirs après le souper.      

Et ses passions, il a su les transmettre à ses trois enfants. Sa fille, Marie-Andrée, a suivi des études en lettres. Ses deux fils, Simon et François, travaillent en menuiserie.      

Après s’être battu pendant une semaine contre la COVID-19, André Tremblay a succombé à la maladie à l’âge de 75 ans, le 30 avril dernier.      

– Clara Loiseau  


André-Marie Labelle, 75 ans, Montréal  

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Ayant peu de personnes dans sa vie vu son handicap, André-Marie Labelle, 75 ans, prenait le temps d’appeler sa sœur chaque soir pour lui rappeler qu’elle était son amour.      

Après le décès de leurs parents, Suzanne Labelle a pris soin de son frère comme de son propre fils.      

Comme elle s’est mariée à 40 ans, ils ont vécu ensemble pendant une très grande partie de leur vie.      

« On était très proches. C’était un homme d’une délicatesse et d’une gentillesse exceptionnelle. S’il n’avait pas été prisonnier dans ce corps, il aurait fait un incroyable mari. »      

Né grand prématuré, M. Labelle avait dû apprendre à vivre avec le côté gauche de son corps complètement paralysé.      

Il pouvait parler, et marcher avec une canne, mais il s’est mis à tomber plus fréquemment il y a une dizaine d’années. Ses proches ont donc dû le placer dans un CHSLD.      

Sa sœur a pu se rendre à son chevet quelques heures avant son décès.      

« Je lui ai caressé les cheveux, je pleurais sans cesse, souffle Mme Labelle. C’était d’une tristesse indescriptible dans la résidence. »      

– Frédérique Giguère  

RENDEZ-LEUR HOMMAGE  

Un de vos proches a été victime de la COVID-19 et vous souhaitez lui rendre hommage, écrivez-nous à coronavirus@quebecormedia.com. Un de nos journalistes vous contactera.