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Il faut avoir des finances en béton pour acheter sa première maison

Daniel Germain | Journal de Montréal

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Illustration Adobe Stock

Les prévisions immobilières donnent froid dans le dos, il faut dire que nous ne sommes pas habitués à nous faire annoncer des baisses sur le marché de la revente. 

La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) prévoit une diminution de 6 % à 11 % du prix de l’immobilier d’ici un an au Québec.

Dans un tel marché, vaut-il mieux attendre avant d’acquérir sa première maison ?

La question s’impose à l’esprit de nombreux aspirants propriétaires. Si le pronostic de la SCHL se concrétise, ce sera plus que la valeur de la mise de fonds, accumulée au prix d’années d’efforts, qui s’envolera en quelques mois.

Bémols sur le pessimisme

Les scénarios présentés par la SCHL ne font pas l’unanimité cependant. 

Hélène Bégin, économiste principale chez Desjardins, s’attend à une baisse de prix d’ici la fin de 2020, mais moins dramatique que celles avancées par la SCHL. 

Elle anticipe une baisse de 5 % au cours des deux prochains trimestres. Comme le marché a débuté 2020 en force, l’année se conclurait en fin de compte avec une hausse de 2,5 %. 

Dans les endroits où l’offre était serrée, notamment certains quartiers centraux de Montréal, les prix pourraient se maintenir, croit l’économiste. 

« Par contre, il n’y a pas de doute que la pandémie a mis un terme à la surchauffe », affirme-t-elle. 

Achat à long terme

Une baisse de prix de 5 %, ça reste embêtant. Cela équivaut encore à la mise de fonds minimale nécessaire pour acquérir une maison. 

La perspective de voir son achat immobilier se déprécier à court terme ne devrait pas pour autant être un frein. Au contraire, c’est le temps d’y aller et de négocier. Les acheteurs se trouvent soudainement dans un rapport de force qu’il leur est favorable.

D’un point de vue financier, c’est toujours préférable d’acheter dans un creux, mais bien malin qui peut prévoir quand il sera atteint. Rappelons qu’on acquiert une maison pour loger sa famille, pour le confort qu’elle peut offrir, et non dans le but de faire un coup d’argent rapide.

Qui devrait s’abstenir d’acheter ? 

Les ménages dont les finances ont été fragilisées durant la crise ou dont un des emplois est à risque devraient toutefois se tenir loin et attendre que leur situation se stabilise.

Dans un marché où les prix baissent, ces familles s’exposent à des pertes considérables si les circonstances devaient les obliger à revendre rapidement : en plus de la perte de valeur qu’elles devront encaisser, elles auront engouffré des milliers de dollars en droit de mutation, en frais de déménagement, en pénalité hypothécaire et en commissions de vente. 

Bref, ça ne ferait qu’aggraver leurs déboires.

On ne fonce que si nos finances sont en béton.