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Après la manifestation pacifique, pillages et débordements

TVA Nouvelles

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté dans le calme en fin d’après-midi dimanche dans le centre-ville de Montréal pour protester contre le racisme et la brutalité policière.

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Toutefois, des casseurs ont semé la pagaille en début de soirée, après que la majorité des manifestants furent rentrés chez eux.

Des trouble-fêtes ont alors vandalisé des commerces, des édifices et des voitures, particulièrement sur la rue Sainte-Catherine et le boulevard Saint-Laurent.

Un édifice à l’angle des rues Saint-Urbain et Président-Kennedy a d’abord été attaqué vers 20h30, grâce à des matériaux récoltés sur un chantier de construction à proximité. Ceci a forcé les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) à lancer des gaz lacrymogènes. Ils ont aussi chargé ce petit groupe de vandales qui s’est alors dispersé.

Plus tard, le magasin Steve’s qui vend des instruments de musique sur la rue Sainte-Catherine a été pillé. La vitrine a été fracassée, des étagères renversées et des guitares ont été volées par des vandales.

Des malfaiteurs ont été ensuite interpellés à proximité par des agents du SPVM.

D’autres commerces du secteur et des voitures ont aussi été saccagés, notamment une succursale de Insta Chèques sur la rue Sainte-Catherine.

Selon le policier à la retraite Mario Berniqué, les violences à la fin de la manifestation étaient inévitables.

«Il y a toujours des gens qui vont se greffer à ces manifestations pour commettre des crimes», a indiqué le spécialiste des mouvements de foule sur LCN.

Mort de George Floyd   

Cette manifestation s’inscrivait dans la foulée des protestations qui déferlent sur les États-Unis depuis maintenant six jours en raison de la mort de George Floyd, tué par le policier Derek Chauvin à Minneapolis.

«C’est important pour nous de supporter ce qui se passe aux États-Unis. La famille de George Floyd et toutes les personnes qui ont été tuées injustement aux États-Unis. Mais on veut aussi faire connaître la situation canadienne. Ça fait des années que ça dure aussi. Il faut que ces tueries injustifiées cessent de notre population. Nous, on vit le racisme chaque jour», a affirmé une des organisatrices, Marie-Livia Beaugé.

Les milliers de protestataires se sont d’abord rassemblés juste à côté du quartier général du Service de police de la ville de Montréal (SPVM), sur la rue Saint-Urbain, devant la Place-des-Arts vers 17h.

Aux manifestants, l’une des organisatrices Stéphanie Germain a livré un discours mentionnant que «ce n'est que le début du changement».

«Nous ne sommes pas juste des statistiques, les personnes noires, nous existons, a-t-elle ajouté. La charge est trop lourde sur nos épaules, on est à terre, on a besoin de vous pour se relever.»

«Ça suffit!», ont crié en choeur les milliers de manifestants.

Vincent Musso, travailleur social noir, queer et trans, a aussi pris la parole.

«Assez, c'est assez. Il faut que ça cesse», a dit celui qui a aussi critiqué la mairesse Valérie Plante. «Vos mots ne sont pas suffisants, tant et aussi longtemps que vos officiers continuent d'user la force contre nos communautés.»

Vers 18h, l’énorme foule a commencé à marcher vers l’ouest depuis le parc du quartier des spectacles juste à côté du quartier général du SPVM sur la rue Saint-Urbain. «Black lives matter» («la vie des Noirs compte») et «no justice no peace» («pas de justice pas de paix») constituaient les principaux slogans scandés durant la marche.

Des manifestants ont aussi crié le nom de Fredy Villanueva, tué en 2008 sous les balles d'un policier à Montréal-Nord.

Ils ont traversé pacifiquement le centre-ville jusqu’au square Dorchester.

Là, il y a eu une minute de silence, où les manifestants ont été invités à mettre un genou par terre ou à lever le poing pour les victimes.

Le nombre élevé de participants a semblé surprendre les organisateurs et Stéphanie Germain a parlé de cette manifestation comme d'un moment historique. Elle s'est réjouie de voir autant d'alliés se joindre à la communauté noire.

«Il y a la COVID-19 et il y a un racisme, un virus encore plus important qui existe depuis encore plus longtemps», a poursuivi Mme Germain, devant la caméra de TVA Nouvelles.

Une autre manifestation similaire a été annoncée pour le 7 juin.

Retour vers le quartier général du SPVM   

Vers 19h, la manifestation principale s’est dissoute, mais certains sont revenus sur leurs pas pour se rendre au quartier général du SPVM.

Les esprits se sont alors échauffés avant 20h, lorsque les protestataires ont face aux policiers qui y bloquaient l’accès du côté nord et sud de la rue Saint-Urbain. Ils ont scandé des slogans hostiles à la police et des projectiles ont été lancés contre des forces de l’ordre. Des panneaux de signalisation ont été lancés à l'endroit des policiers, a constaté TVA Nouvelles.

Des gens ont scandé «assassins!» devant une ligne de policiers de la Sûreté du Québec, munis de leurs boucliers qui sont venus en renforts de ceux du SPVM.

Des gaz lacrymogènes ont été lancés à partir des deux lignes de défense établies par les policiers qui faisaient face à des manifestants hostiles.

Certains autres protestataires ont tenté de décourager les plus virulents de s’en prendre aux forces de l’ordre, mais sans succès.

Un avis de dispersion a été lancé vers 21h15 aux derniers manifestants qui restaient sur place malgré les avertissements et les interventions des policiers.

Plusieurs sont alors partis, mais les policiers ont dû faire faire à des poches de casseurs dispersés un peu partout dans le centre-ville jusque vers 22h30.Masques

La plupart des manifestants portaient le masque, puisqu’il était impossible de garder la distanciation sociale en raison du nombre important de participants. Des masques ont même été distribués par les organisateurs. Les protestataires réussissaient toutefois à ne pas se toucher.

En entrevue à TVA Nouvelles, le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, s'est dit inquiet de la tenue de cette manifestation, même s'il estime la cause noble. Il a rappelé qu'il n'est pas impossible que quelqu'un d'asymptomatique se trouve dans le groupe. Il a fortement recommandé le maintien de la distanciation sociale et le port du masque.

Mobilisation policière   

Des centaines de policiers ont été mobilisés pour encadrer l’événement. Ils ont bloqué l’accès aux tronçons de la rue Saint-Urbain où se trouve l’entrée du quartier général du SPVM, juste devant la Place-des-Arts.

Ils se sont faits discrets durant la marche pacifique.

La police de Montréal a affirmé dimanche sur Twitter qu’elle voulait «exprimer son désarroi devant la situation qui fait écho partout dans le monde suivant le décès de Georges Floyd. Autant le geste posé, que l'inaction des témoins présents, vont à l'encontre des valeurs de notre organisation».

La Sûreté du Québec a également publié un message semblable.

«La Sûreté du Québec tient à préciser aux Québécois qu’elle condamne ces actes commis par des policiers de Minneapolis. Ce geste porte ombrage à notre métier et notre uniforme», a publié la SQ sur sa page Facebook en début de soirée.

Des policiers restaient aussi aux aguets ailleurs dans la ville en cas de débordement comme aux États-Unis. La Sûreté du Québec était prête à fournir de renforts si nécessaire, selon TVA Nouvelles, ce qui a été le cas en soirée lorsque les choses ont tourné au vinaigre.

Marche pacifique   

L’itinéraire de la manifestation n’avait pas été annoncé aux policiers ni aucun détail concernant le déroulement du rassemblement.

Toutefois, les appels à manifester sans violence ou vandalisme ont bien été reçus par les participants jusqu’en soirée lorsque la situation s’est envenimée.

«Ça doit rester pacifique. On est au Canada, on a une tradition et c’est pas la tradition de faire les casseurs. Donc on est là, on a droit de manifester, on peut manifester et on peut le faire dans le calme», avait dit Max Stanley Bazin de la Ligue des Noirs du Québec avant l’événement.

L’organisation a rappelé que les rapports entre la police et la communauté sont bien différents au Québec qu’aux États-Unis. Cependant le profilage existe tout de même ici et il y a déjà eu des bavures policières par le passé.

L’opposition officielle à l'hôtel de ville de Montréal a réitéré qu’une mesure simple permettrait d’améliorer les rapports entre la police et les citoyens de la métropole.

«Ça fait des années qu’on le dit. Il faut équiper les policiers du @SPVM de caméras portatives pour ramener à la fois de la transparence et une meilleure confiance auprès du travail policier», a affirmé Ensemble Montréal, sur son compte Twitter pendant la manifestation.

Du côté de Montréal-Nord, dont une bonne partie de la population est noire, la mairesse de l’arrondissement, Christine Black, a annoncé sur Facebook qu’une minute de silence aurait lieu avant le conseil d’arrondissement, lundi soir, en hommage à George Floyd.

«À Montréal-Nord où nous avons connu notre lot d’événements difficiles entre le SPVM et la population (Fredy, Bony), nous reconnaissons tous que beaucoup de chemin a été fait depuis, mais nous savons aussi, qu’il nous en reste encore beaucoup à faire», a-t-elle ajouté, en référence à Fredy Villanueva et de Bony Jean-Pierre, qui ont été abattus à la suite d'une intervention du SPVM.

La députée provinciale de ce secteur a aussi souligné l’importance de s’attaquer au racisme.

«Si aux USA le mal est profond, le profilage racial et la discrimination systémique existent chez nous aussi. L’important c’est d’en prendre acte», a écrit sur Twitter Paule Robitaille, députée libérale de Bourassa-Sauvé.

Le premier ministre François Legault a aussi commenté sur Facebook en soirée.

«La mort de George Floyd est une tragédie d’une tristesse sans nom. Ça nous rappelle que le racisme est un mal qui existe encore. Tous les humains sont égaux, peu importe la couleur de leur peau. Continuons le combat pour enrayer le racisme», a-t-il écrit.

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