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Tout un défi la distanciation physique

Roxane Trudel | Journal de Montréal

Annie Bossé aide la petite Kelly-Ann, 3 ans, à laver ses mains avant le dîner.

Photo Roxane Trudel

Annie Bossé aide la petite Kelly-Ann, 3 ans, à laver ses mains avant le dîner.

La réouverture des garderies n’a pas été de tout repos lundi pour les responsables en service de garde en milieu familial, qui ont dû faire preuve de beaucoup d’imagination pour rétablir une routine tout en respectant le mieux possible les recommandations. 

«Certains protocoles sont beaux sur papier, mais ne s’accordent pas du tout avec notre réalité, constate Annie Bossé après une première journée. J’ai fait mon possible.»

Elle parle entre autres du lavabo extérieur pour accueillir les enfants avec un premier lavage de mains, des petits bacs à jouets de taille réduite pour faciliter le contrôle et la décontamination, du produit désinfectant pour les mains dans tous les coins passants de la maison et du papier brun plutôt que des serviettes en tissu.

Munie de ses lingettes désinfectantes, l’éducatrice de 42 ans était prête à rouvrir son service de garde en milieu familial subventionné en suivant les consignes du gouvernement.  

«Ils nous demandent de désinfecter les jouets chaque fois qu’un enfant a joué avec. Ils pourront jouer avec un à deux bacs par jour chacun», explique-t-elle. 

Néanmoins, les enfants devront se passer de certains jouets, comme des casse-têtes, trop difficiles à décontaminer. 

Auparavant entassés dans de gros bacs en tissus, les jouets se trouvent désormais dans de petits bacs en plastique pour faciliter la décontamination.

Photo Roxane Trudel

Auparavant entassés dans de gros bacs en tissus, les jouets se trouvent désormais dans de petits bacs en plastique pour faciliter la décontamination.

Des difficultés  

La santé publique demande également aux éducatrices de se vêtir d’un masque chirurgical jetable en tout temps, et d’ajouter une visière de protection lorsque la distanciation ne peut être effectuée, ajoute-t-elle. 

Or, il était presque impossible de tenir un poupon de moins de 18 mois dans ses bras sans risquer de lui écorcher le visage avec l’effrayante visière de plastique, a constaté Le Journal

Inutile de mentionner qu’il est pratiquement impossible d’imposer la distanciation physique à des enfants de moins de 5 ans, qui préfèrent nettement jouer à «tag COVID-19» plutôt que de rester seuls dans leur coin.

«Mon défi, c’est d’utiliser judicieusement les protections et d’accueillir les enfants, de façon à ce qu’ils voient la différence sans trop que ça les dérange, pour rétablir une routine avec eux», soutient-elle. 

À l’extérieur, l’éducatrice a construit un évier de fortune à l’aide d’un bac de plastique, d’un pot de fleurs et d’un tuyau d’arrosage.

Photo Roxane Trudel

À l’extérieur, l’éducatrice a construit un évier de fortune à l’aide d’un bac de plastique, d’un pot de fleurs et d’un tuyau d’arrosage.

Tous les matins, elle devra demander aux parents s’ils ont été en contact avec une personne positive au virus. 

Et jusqu’au 22 juin, Mme Bossé ne pourra accueillir que 50 % de sa capacité habituelle, soit quatre enfants à la fois. En temps normal, elle et sa mère, qui travaillent ensemble, ont neuf enfants à leur charge.

«En milieu familial, aussitôt qu’il y a plus que six enfants, il faut être deux, et on ne peut pas en avoir plus que neuf. Pour les enfants en bas de 18 mois, on ne peut pas en avoir plus que deux par personne», relate-t-elle. 

Elle a dû réorganiser son horaire pour s’assurer de ne jamais avoir plus que deux poupons la même journée, pour que sa mère dans la soixantaine ne soit pas obligée de venir l’aider, étant plus à risque. 

Celle qui travaille dans sa garderie en milieu familial depuis 16 ans explique que le plus difficile en cette période de crise sanitaire, c’est le stress d’ouvrir son chez-soi au monde extérieur.

«On est habitué d’ouvrir la porte à des microbes. Les gastros, les rhumes, je passe l’hiver enrhumée. Mais on dirait que ce virus-là est plus inquiétant puisqu’il se compte en morts, même si nous ne sommes pas les plus à risque», confie-t-elle. 

Néanmoins, l’éducatrice est prête à accueillir les prochains défis, un sourire sous son masque. 

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