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Ugo Fredette «a une incapacité à ressentir de l’empathie»

Claudia Berthiaume | Journal de Montréal

La seule chose qui explique les deux meurtres commis par Ugo Fredette, c’est son trouble de personnalité narcissique, a affirmé un psychiatre au premier jour des représentations sur sentence du tueur. 

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« Les besoins que Monsieur avaient ont passé avant [ceux des] victimes et il a une incapacité à ressentir de l’empathie », a soutenu lundi le Dr Gilles Chamberland, au palais de justice de Saint-Jérôme. 

Le psychiatre de l’Institut Philippe-Pinel a évalué le meurtrier Ugo Fredette en août 2019, juste avant son procès.

Depuis, Fredette a été reconnu coupable des meurtres prémédités de sa conjointe Véronique Barbe et d’Yvon Lacasse, un aîné dont il a volé la voiture pour fuir.

Les crimes ont été commis le même jour, le 14 septembre 2017, à Saint-Eustache et Lachute, dans les Laurentides. 

Il a automatiquement été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération avant 25 ans. 

Toutefois, la juge de la Cour supérieure Myriam Lachance pourrait doubler cette peine minimum puisqu’il y a deux victimes. Cela fera l’objet des audiences de cette semaine.

Narcissique 

Le Dr Chamberland a conclu que l’homme de 44 ans avait un trouble de la personnalité narcissique.

Survaloriser ses réalisations, être absorbé par ses fantaisies, se croire spécial et unique, avoir besoin d’être admiré, penser que tout lui est dû, exploiter l’autre dans ses relations, manquer d’empathie, susciter l’envie des autres, comportement arrogant : voici les neuf caractéristiques découlant d’une personnalité narcissique. 

La mère de Véronique Barbe, Claudette Biard, reconnaît bien Ugo Fredette dans ce portrait.

« Tellement ! s’est-elle exclamée en réponse aux questions des journalistes. On n’avait pas de bons rapports lui et moi. Le sentiment d’une mère, ça ne trompe pas. C’est un être nocif et j’en ai souvent parlé avec Véronique. »

Mme Biard souhaite ardemment que le meurtrier de sa fille purge un minimum de 50 ans avant de pouvoir quitter le pénitencier. 

« Pour moi, 25 ans, ce n’est pas assez pour avoir détruit la vie de ma fille et M. Lacasse. À mon sens, c’est ridicule », a-t-elle laissé tomber.

Pour le Dr Chamberland, lorsque Fredette a assassiné sa conjointe de 41 ans et un pur inconnu de 71 ans, il a été incapable de s’adapter aux situations auxquelles il était confronté.

Cela lui était d’ailleurs déjà arrivé, sept ans avant le drame, lors d’une autre chicane avec Véronique Barbe. 

« C’était une espèce d’avertissement que la relation était particulière, haute en intensité et potentiellement dommageable. Tout ce qui aurait pu permettre de prévenir ce qui est arrivé [à l’automne 2017] », a détaillé le Dr Chamberland.

Une victime 

Et même une fois incarcéré dans un établissement fédéral, le tueur rejette la faute sur les autres et se pose toujours en victimes des évènements, a noté l’expert. 

« Le potentiel de réadaptation à court terme est nul. Je ne vois pas par quel miracle il pourrait changer », a conclu le psychiatre.

Le ciel n’est pas aussi sombre pour le Dr Louis Morissette, qui a témoigné pour la défense. 

Le psychiatre de l’Institut Philippe-Pinel ne nie pas qu’Ugo Fredette ait des traits narcissiques très présents, mais il ne va pas jusqu’à parler de trouble de la personnalité.

« L’empathie, ce n’est pas la qualité première de Monsieur », a-t-il admis en contre-interrogatoire.

Selon l’expert, le meurtrier avait des problèmes conjugaux, mais il fonctionnait bien dans les autres sphères de sa vie.

Ses évaluations démontrent que le tueur n’est pas un psychopathe et « ce n’est pas parce qu’il a causé deux décès que ça augmente le risque [de dangerosité et de récidive] », a insisté le Dr Morissette.

Les audiences se poursuivent aujourd’hui.

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