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Des habitudes d'achat qui sont là pour durer

Philippe Orfali | Le Journal de Montréal

La Gatinoise Marie-Chantal Germain estime que la pandémie lui fera modifier de façon durable certaines habitudes, comme cuisiner davantage et moins sortir au restaurant.

Marie-Chantal Germain

La Gatinoise Marie-Chantal Germain estime que la pandémie lui fera modifier de façon durable certaines habitudes, comme cuisiner davantage et moins sortir au restaurant.

L’achat local, la course aux bonnes aubaines à l’épicerie et la réduction du gaspillage sont des comportements qui sont là pour de bon chez les consommateurs québécois, selon une étude de chercheurs de l’UQAM.

Forcés de se confiner depuis près de trois mois, les Québécois n’ont eu d’autres choix que d’adopter de saines habitudes en ce qui a trait à l’alimentation et la consommation. Et ils y ont pris goût, soutient Fabien Durif, de l’Observatoire de la consommation responsable (OCR) de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. 

Ses recherches démontrent que près de 68 % des consommateurs jugent maintenant que le prix va devenir un critère de choix plus important, lorsque l’économie reviendra à la normale. 

Le mois dernier, 67 % des répondants à un sondage de l’OCR ont comparé davantage les prix entre les produits avant d’en acheter, et 61 % ont vérifié les prix des commerces avant de s’y rendre. En outre, 59 % des acheteurs se sont procuré davantage de produits au rabais qu’avant la crise. 

« On aurait pu penser qu’avec la réouverture progressive des commerces, le fait maison aurait stoppé. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit. On cuisine encore plus, on répare plus, on fait plus de jardinage... on se rend compte que le “fait maison”, ce n’est pas seulement parce qu’on y est contraint, c’est parce que les gens y prennent plaisir », dit M. Durif.

Soupers en famille 

Ainsi, 70 % des Québécois ont cuisiné davantage dans le dernier mois. Par la bande, c'est aussi le retour du « manger ensemble » qui se confirme, puisque plus de la moitié des familles ont davantage mangé et cuisiné ensemble depuis le début de la pandémie de COVID-19. 

Si auparavant, on achetait localement par motivation personnelle, par exemple pour manger un produit frais ou de qualité, l’achat local post-pandémie est très « engagé économiquement », explique le professeur. 

« On achète local pas juste parce que c’est bon, mais parce qu’on veut soutenir les entreprises d’ici. »

Ce sont surtout les 18-34 ans qui semblent avoir transformé le plus leurs comportements. 

La Gatinoise Marie-Chantal Germain, 34 ans, est du lot. Cette mère monoparentale, dont l’horaire de travail est passé de cinq à quatre jours, a revu plusieurs de ses habitudes depuis la mi-mars. Autant par choix que par contrainte.

« Je suis parmi les chanceux qui ont encore un emploi, alors je juge que c’est mon devoir de dépenser le plus possible au Québec. C’est un comportement qui risque de me rester après la fin du confinement, tout comme la diminution du nombre de sorties au restaurant, dit-elle. D’une part, parce qu’avec toutes les mesures sanitaires, ce sera moins le fun, mais aussi parce que la valeur de mon argent est devenue plus importante depuis quelque temps. »

Malgré tout, certains changements négatifs pour l’économie ou l’environnement s’imposent. Plusieurs ont par exemple délaissé l’achat de l’épicerie en vrac en raison de préoccupations sanitaires. Le transport en commun est aussi en nette baisse de popularité, même si la majorité des Québécois a moins utilisé sa voiture (68 %) et a eu recours plus intensément à la marche (53 %) et au vélo (22 %).

Achat local 

« La crise semble renforcer des tendances préexistantes, comme l’achat local, mais certaines habitudes pourraient subir un effet négatif plus prolongé comme le transport en commun − 50 % ont l’intention d’en diminuer l’utilisation − ou l’achat et la vente de biens usagés », conclut M. Durif, qui est également vice-doyen à la recherche d’ESG UQAM. 

Le sondage a été mené en ligne du 15 au 19 avril 2020 auprès de 1002 internautes québécois âgés de 18 ans et plus. Le sondage a été réalisé avec un échantillon de convenance. Le calcul de la marge d’erreur n’est pas applicable. 

« Maintenant, quand je vais à l’épicerie, j’achète le plus local possible et dans une seule épicerie plutôt que d’acheter le pain à un endroit et le poulet à une autre. Et si le poulet n’est pas en solde, on n’en achète pas. J’ai aussi fait du pain et du savon pour éviter [de sortir]. »

– Marie-Chantal Germain, mère monoparentale

Quelques chiffres        

  • 50 % des Québécois mentionnent avoir réduit leur consommation    
  • 69 % disent avoir choisi un produit local lorsqu’ils en avaient l’option    
  • 59 % achètent davantage de produits au rabais        

Source : Observatoire de la consommation responsable