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Des milliers de Canadiens «abandonnés» à l’étranger en pleine pandémie

Pierre-Paul Biron | Le Journal de Montréal

Julie Bellegarde

Photo courtoisie

Le gouvernement fédéral a failli à la tâche et a «abandonné» au moins 8000 à 9000 Canadiens à l’étranger en pleine pandémie, déplore une association qui tente de rapatrier ces gens, dont une femme qui a dû être hospitalisée au Maroc en raison de problèmes cardiaques.

«Ce n’est pas compliqué, ce qui retarde le retour de ces gens-là au pays, c’est Affaires mondiales Canada», laisse tomber Robert Stead, président de l’Association d’aide à l’immigration (AAI), un organisme sans but lucratif qui se démène pour le rapatriement. 

L’association affirme être en contact avec 8000 à 9000 Canadiens dispersés de par le monde qui tentent de rentrer à la maison. «Et ça, c’est juste notre organisation. Il y en a bien plus que ça», croit M. Stead.

Hospitalisée au Maroc 

Parmi ces gens, 350 Canadiens coincés au Maroc n’attendent que d’embarquer dans un avion nolisé par l’AAI, le transporteur Nolinor et l’agence de voyages 123 Go. 

«Nous attendons le OK du gouvernement canadien. C’est tout ce qui manque pour les ramener», s’offusque M. Stead, qui a fourni les listes de passagers depuis plus d’une semaine au gouvernement.

Julie Bellegarde fait partie de ces ressortissants canadiens pris au Maroc. Devant se rendre chez des amis pour un mois, son voyage s’est transformé en cauchemar quand elle n’a pas réussi à obtenir une place sur les trois vols de rapatriement du fédéral. Aux prises avec des problèmes cardiaques, la femme de la Beauce a même dû être hospitalisée pour un malaise cette semaine.

«J’ai recommencé à faire de l’angine, je me sens pas très bien», confie-t-elle, disant souhaiter que «rien ne lui arrive» d’ici son retour. «Mon moral est à plat, on meurt à petit feu».

«C’est ça que fait le gouvernement canadien en laissant ces gens-là dans le stress et l’incertitude partout dans le monde», dénonce Robert Stead.

Partout dans le monde 

L’AAI a indiqué au Journal avoir reçu des demandes d’un peu partout dans le monde. Si certains, plus chanceux, ont reçu une date possible de retour, notamment au Pérou, la situation demeure critique dans d’autres pays comme l’Algérie, l’Inde, l’Équateur, le Venezuela ou certains pays d’Afrique.

«Il y a des endroits où c’est horrible. Des gens ont de la difficulté à se procurer de la nourriture, de l’eau potable, des gens n’ont pas d’électricité», insiste M. Stead, ajoutant que «si Ottawa coopérait», il pourrait ramener au pays 1000 personnes d’ici une semaine du Maroc et de l’Algérie.

Affaires mondiales Canada indique de son côté que « plus de 41 112 Canadiens sont rentrés au pays», mais admet que certains ne pourront revenir. L’organisme se dissocie d’ailleurs des initiatives privées de rapatriement, même si celles-ci diminuent l’ampleur de sa tâche.

«Si quelqu’un décide de participer ou de payer pour un vol nolisé privé, sachez que cela est fait à leurs propres risques et que le gouvernement du Canada n’est pas responsable des pertes ou dommages pouvant être encourus», se contente de préciser Affaires mondiales Canada.


Appel à tous

Vous êtes coincés à l’étranger depuis le début de la pandémie ou vous connaissez quelqu’un qui n’a pas encore pu revenir au pays ? Le Journal est à la recherche de témoignages de gens qui cherchent par tous les moyens à rentrer à la maison.

jdq-scoop@quebecormedia.com