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La thèse d’une collision est la plus probable

TVA Nouvelles

La baleine de Montréal retrouvée morte échouée dans le fleuve non loin de Verchères mardi matin a probablement été frappée par un bateau, selon le premier examen post-mortem des scientifiques qui ont commencé à analyser la carcasse mercredi à Saint-Anne-de-Sorel, dans l’est de la Montérégie.  

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« L’animal présentait quand même des signes de traumatismes possibles. Il y avait présence d’hématomes et d’hémorragies qui suggèrent fortement que l’animal a été frappé par un navire», a indiqué lors d’un point de presse mercredi Stéphane Lair, de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal qui procède à l’autopsie de l’animal. 

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«À ce moment-ci, il est trop tôt pour confirmer cette hypothèse. On doit compléter nos analyses», a-t-il précisé. 

Un rapport sera publié d’ici un à deux mois après plusieurs examens, dont l’analyse des tissus.  

Toutefois, même s’il est mort, ce rorqual, une femelle de 17,2 tonnes et 10,2 mètres de long, représente une mine d’informations pour les spécialistes.

Trainée par le courant avant de s’échouer, la carcasse a été exposée au soleil; les organes étaient en état de putréfaction assez avancée. 

«Ce cas est intéressant pour nous parce que c’est très rare qu’on ait la date de la mort de l’animal. Dans 99% des cas, on ne le sait pas. Pour lui, on a quand même une bonne idée. J’ai quand même été surpris de voir à quelle vitesse la décomposition s’était installée», note Stéphane Lair. 

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Ainsi les analyses sur les organes internes seront limitées, mais ce qui semble être des blessures sera analysé au microscope.

«Ça va nous permettre de savoir si ce sont vraiment des hémorragies ou s’il s’agit d’artéfacts associés à la putréfaction.»

Une aventureuse en bonne santé?   

Un bilan de santé complet du cétacé sera également établi. Mais pour Stéphane Lair, l’animal semblait en bon état de chair lorsqu’il était vivant. Un animal sauvage lorsqu’il est malade a plutôt du mal à s’alimenter, ajoute l’expert. 

«Ça nous suggère que sa présence dans le fleuve n’est pas associée à une maladie. Les jeunes rorquals, les jeunes baleines en général, sont connus pour des comportements d’exploration et peuvent se retrouver à l’extérieur de leur secteur», explique le vétérinaire de l’Université de Montréal. 

Certains ont suggéré que la poursuite de bancs de poissons aurait entraîné la baleine loin dans le fleuve, mais l’équipe de Stéphane Lair n’a pas trouvé de poisson dans l’estomac. Impossible de savoir si l’animal s’est alimenté au cours de sa visite dans le Saint-Laurent. 

Aurait-on pu intervenir?    

Pour Robert Michaud, coordonnateur du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins, les options sur ce qu’il fallait faire étaient limitées, surtout étant donné les centaines de kilomètres parcourus par le mammifère marin. 

«Le choix qu’on fait, notre préférence, c’est qu’on laisse la nature suivre son cours. Cet animal-là a fait une série de décisions, ou d’erreurs de navigation qui l’ont amenée à Montréal. C’est un phénomène naturel, pas très fréquent, mais régulier. [...] Une fois qu’on a un comportement naturel, notre préférence c’est de laisser aller ce comportement-là. Si l’animal est en voie de disparition, on est prêt à envisager des solutions, ce qui n’est pas le cas ici», assure-t-il. 

«L’espèce du rorqual à bosse n’est pas menacée et a connu une augmentation importante au cours des dernières décennies suite aux mesures de conservation mises en place. Elle a presque complètement disparu suite à la chasse intensive. Plus il y a de rorqual dans la nature, plus il y a des chances d’avoir des interactions négatives, ou avoir des individus comme ça qui prennent de drôles de décisions. C’est une espèce de preuve que la population augmente», détaille M. Lair. 

Une des options aurait été d’attirer ou d’effrayer le rorqual avec des sons. Cette technique testée en 2007 a connu des succès très mitigés. 

«On arrive à déplacer l’animal sur de petites distances. Là on avait 450km à parcourir. Il y a aussi des risques. Ça été observé que des animaux d’échouent après avoir été exposés à des sons soudains. »

La solution pour les experts était de protéger le mieux qu’ils le pouvaient la femelle, ce qui a été fait pendant 10 jours par Pêches et Océans Canada ainsi que l’escouade nautique du SPVM.  

«On a malheureusement perdu le contact dimanche matin dernier.»

Pendant deux jours, les équipes ont mis beaucoup d’effort pour la retrouver.

Quel héritage?   

Malgré la mort de cet animal majestueux, les experts dressent néanmoins un bilan positif de son passage près de la métropole. 

«Espérons que l’héritage du passage de cet animal-là sera heureux. Que beaucoup de gens auront pris connaissance que seulement 450 kilomètres en aval du pont Jacques-Cartier vivent des animaux magnifiques. Plus on fait attention au Saint-Laurent, plus on fait attention à ses confrères et consœurs qui eux sont en train d’arriver dans le golfe et l’estuaire et ils y seront en grand nombre cet été», exprime Robert Michaud. 

La cohabitation des mammifères marins avec les navires dans le fleuve Saint-Laurent est un enjeu important, et oui elle peut être difficile. 

«Cet enjeu-là a cours tous les jours, tous les étés et on l’adresse de façon de plus en plus frontale. On prend des mesures de plus en plus importantes pour assurer cette cohabitation-là. On partage la planète avec d’autres êtres magnifiques, mais ce partage-là pour qu’il soit viable, ça nous prend des grands soins. Espérons que le passage de ce rorqual nous rappelle qu’il y a de la vie magnifique dans le Saint-Laurent. Une vie fragile, mais qu’on peut cohabiter si on en prend soin.»

Une fois les analyses terminées, la baleine sera enfouie dans un site d’enfouissement sanitaire. 

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