/finance/consumer

Malgré la PCU, un retraité de 71 ans doit faire faillite

Emmanuelle Gril | Journal de Montréal

0612-dvp

Illustration Adobe Stock

André, 71 ans, a réussi à se bâtir une retraite relativement confortable. Mais la pandémie a fait basculer tous ses projets et l’a forcé à faire faillite.

Le retraité perçoit les rentes gouvernementales depuis ses 65 ans. Mensuellement, il reçoit 1490 $ par mois, un montant qui lui permet à peine de faire face à ses dépenses essentielles. Débrouillard, il a heureusement déniché un emploi dans une station de ski en hiver. Il y œuvre aussi en été, car le centre organise des activités estivales. Ce travail lui procure un revenu d’appoint d’environ 1400 $ net par mois, grâce auquel il a pu améliorer son niveau de vie.

Amateur de voyages et désireux d’explorer les différentes régions du Québec, il s’est d’ailleurs acheté une roulotte lorsqu’il a pris sa retraite. Son existence se déroulait paisiblement jusqu’à ce qu’en mars dernier, la pandémie frappe le Québec et entraîne une crise sans précédent.

Tout bascule après la PCU

En effet, le centre de ski où il travaillait a dû cesser ses activités prématurément en raison de l’interruption de presque toutes les activités commerciales et du confinement de la population. Même si cela demeure encore incertain, il est possible que le centre ouvre ses portes cet été, mais rien n’est encore sûr. Toutefois, puisque la santé publique recommande aux personnes de plus de 70 ans de rester à la maison et d’éviter les contacts, André ne pourra pas retrouver son emploi.

Il touche actuellement la Prestation canadienne d’urgence, ce qui lui procure un revenu plus élevé que d’habitude, mais dès le mois de juillet, les versements cesseront et il va se retrouver dans une situation très précaire.

Se pose aussi le problème de ses dettes. «Sa roulotte achetée à crédit il y a six ans est payable à raison de 250 $ par mois. Il a aussi une marge de crédit de 5000 $ et plus de 11 000 $ accumulés sur ses cartes de crédit», détaille Pierre Fortin, syndic autorisé en insolvabilité, président de Jean Fortin et Associés.

Ses créanciers ont accepté de reporter les paiements jusqu’en septembre, mais ce report signifierait 200 $ en intérêts supplémentaires pour la marge de crédit et 605 $ pour les cartes de crédit.

Inévitable faillite

André appréhende le mois d’août. En effet, avec 1490 $ par mois (ses rentes de retraite), il est clair qu’il ne pourra pas effectuer les paiements sur ses dettes ni rembourser le prêt de sa roulotte. Même si son loyer est relativement bas (650 $), dès qu’il cessera de toucher la PCU, son ratio d’endettement grimpera à 97 %. Autrement dit, bien au-delà de la limite de 40 % tolérée par les institutions financières.

Stressé et voyant l’horizon s’assombrir, André a donc décidé de prendre les devants et est allé consulter un syndic autorisé en insolvabilité chez Jean Fortin. 

« Dans son cas, la meilleure solution était de faire faillite. Il devra remettre sa roulotte au créancier. Bien que la valeur de celle-ci soit inférieure au solde encore dû sur le prêt – 15 000 $ comparativement à 26 500 $ –, il pourra se libérer de cette dette, ainsi que de celles accumulées sur ses cartes et sa marge de crédit qui sont de 16 000 $ », explique Pierre Fortin qui ajoute que lorsqu’on constate que notre situation se dégrade, il faut agir rapidement. « On ne doit pas se sentir coupable ou honteux quand un imprévu aussi dévastateur vient ruiner nos projets et ce qu’on avait bâti. Demandez de l’aide dès que vous constatez que la situation vous échappe. C’est le geste le plus logique et approprié à poser dans les circonstances », affirme-t-il. 

Conseils  

-Pour mieux évaluer ce qui vous attend dans les prochains mois, commencez par calculer votre ratio d’endettement lors de la sortie de crise. Plusieurs outils sont disponibles en ligne, notamment celui-ci : https://jeanfortin.com/fr/evaluer-votre-situation/evaluez-votre-situation-financiere. Estimez les revenus que vous devriez percevoir à ce moment-là. Le résultat vous donnera une meilleure idée des gestes que vous devriez poser. 

-Faites ensuite votre budget sur la base des revenus que vous aurez dans l’après-crise. Ce scénario n’est pas garanti, mais au moins, vous saurez à quoi vous en tenir. Si le résultat est positif, vous serez rassuré sur votre avenir, dans le cas contraire, vous devrez d’ores et déjà réduire vos dépenses.