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Moins d’ados ont fugué durant la pandémie

Anne-Sophie Poiré | Le Journal de Montréal

Patrick Tanguay, devant le Centre de réadaptation L’Escale qu’il coordonne à Québec, est fier des jeunes et de la relation de confiance qu’ils ont développée avec les intervenants pendant le confinement.

Photo Jean-Francois Desgagnés

Patrick Tanguay, devant le Centre de réadaptation L’Escale qu’il coordonne à Québec, est fier des jeunes et de la relation de confiance qu’ils ont développée avec les intervenants pendant le confinement.

Le nombre de fugues dans les centres jeunesse du Québec a drastiquement diminué pendant et après le confinement, à la grande surprise des intervenants du milieu.

L’arrivée de la belle saison amène généralement son lot de fugues dans les centres jeunesse, mais ce printemps fait exception. 

« Ça fait 20 ans que je travaille dans le réseau, et je n’ai personnellement jamais vu de baisse de fugues », s’étonne Jocelyne Boudreault, agente d’information au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Un peu partout dans la province, le taux de fugues a chuté de 70 à 91 %, selon les régions, pendant, mais aussi après le confinement (voir ci-dessous).

Dans plusieurs centres, notamment sur l’île de Montréal, les jeunes avaient droit à des sorties sur le site. 

Les intervenants appréhendaient plus de fugues et de détresse suicidaire durant le confinement, mais ils se disent plutôt « impressionnés » par le calme et la résilience des jeunes. 

« Pendant les deux premières semaines, on a senti une grande fébrilité, fait valoir Patrick Tanguay, coordonnateur au Centre de réadaptation L’Escale, à Québec. À un moment, on s’est demandé si on devrait leur permettre de fumer, même si c’est interdit depuis cinq ou six ans. »

Pour éviter la « rébellion » anticipée, le centre a vite dû adapter sa programmation. 

« On a créé une sorte de cocon pour favoriser l’échange pour qu’ils s’approprient la pandémie. On a fait rentrer Netflix, offert des cours de yoga, des activités de gestion du stress. Les intervenants animaient les points de presse de 13 h [du gouvernement Legault] qu’on écoutait religieusement », détaille-t-il. 

« Ça fait cinq semaines qu’on a déconfiné et on n’a presque pas eu de fugues », poursuit-il.

Apprendre de la pandémie  

Des mesures similaires ont rapidement été déployées dans les différents centres afin d’adoucir le moral des adolescents. Certaines pourraient même être conservées après la pandémie. 

Les groupes de 12 jeunes ont été divisés en plus petits clans pour favoriser les activités plus individualisées et la distanciation physique. Des tablettes ont été distribuées pour garder le contact avec leurs proches. L’apprentissage s’est fait de manière plus ludique avec des films ou des jeux de société. 

« En une semaine, on avait déjà restructuré la programmation », affirme Mélanie Adam, psychoéducatrice au Centre Edgar-Laforest à Drummondville. 

« L’accompagnement plus individualisé des jeunes pourrait avoir augmenté leur confiance envers les intervenants », ajoute-t-elle.   

Diminution de fugues   

CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal  

  • Avril 2019 : 135  
  • Avril 2020 : 26  
  • Mai 2019 : 163  
  • Mai 2020 : 48   

CIUSSS de la Capitale-Nationale  

  • Avril 2019 : 59  
  • Avril 2020 : 5  
  • Mai 2019 : 68  
  • Mai 2020 : 6   

CISSS de Laval (entre le 20 mars et 23 mai)  

  • Entre 25 et 39 fugues selon les années   
  • En 2020 : 5   

CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec  

  • (1er avril au 2 juin 2019) : 20  
  • En 2020 : 2   

CISSS de l'Estrie  

  • Mai 2019 : 14  
  • Mai 2020 : 2   

Sources : Centre intégrés (universitaires) de santé et de services sociaux