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Le soutien financier aux aidants naturels encore assez timide

Daniel Germain | Journal de Montréal

L’épidémie de la COVID-19 nous a révélé l’urgence d’améliorer les conditions de travail des préposés aux bénéficiaires et d’investir dans le réseau des CHSLD. Tout ça est entendu et les réformes sont en marche.

Le virus a aussi mis en lumière le rôle important des proches aidants, une ressource discrète et dévouée qui injecte une bonne dose d’oxygène au système. Et beaucoup d’humanité.

Québec s’engage vers une meilleure reconnaissance du rôle des aidants naturels avec le projet de loi 56 dévoilé récemment, mais cette reconnaissance doit aussi passer par un meilleur soutien financier. À cet égard, l’intention du gouvernement est moins claire.

Amélioré, mais perfectible

C’est vrai que Québec a déjà donné un coup de barre. Dans son budget déposé juste avant la pandémie, Eric Girard avait annoncé aux proches aidants un soutien financier accru et simplifié.

En gros, un aidant a droit automatiquement à 1250 $ si elle héberge l’adulte auquel il prodigue des soins. Un lien familial doit unir l’aidant et l’aidé (au sens large, incluant les nièces et les cousins) et ce dernier doit être atteint d’une déficience grave et prolongée. S’il a 70 ans, et qu’il ne s’agit pas d’un conjoint, l’argent est accordé sans égard à la condition physique.

Un autre volet, qui concerne un plus grand nombre de personnes, donne accès à une somme supplémentaire de 1250 $, qu’il y ait ou non une cohabitation. Toutefois, le montant versé à l’aidant diminue dès que la personne aidée déclare des revenus de 22 000 $ et disparaît totalement lorsque ces revenus atteignent 30 000 $.

Une personne proche aidante qui se qualifie pleinement aux deux volets touchera donc 2500 $. Québec dit avoir doublé ce poste de dépenses. Les sommes pourront être réclamées en 2021 pour l’année 2020. Pour la charge exigée, ce n’est pas énorme.

L’aide fédérale

Ottawa apporte aussi une assistance financière, mais les paramètres sont plus complexes. Il s’agit d’un crédit d’impôt non remboursable basé sur une somme qui varie selon les revenus de la personne qui bénéficie des soins. Dans le meilleur des cas, cela peut représenter un peu plus de 900 $ pour le proche aidant.

Toutefois, comme il s’agit d’un crédit non remboursable, cela veut dire que pour y avoir droit, l’aidant doit payer de l’impôt. Quelqu’un qui déciderait de mettre sa carrière en veilleuse pour aider un membre de sa famille ne toucherait rien.

Des critères à revoir?

Le soutien financier offert aux proches aidants est rarement basé sur la situation de ces derniers. Autant à Québec qu’à Ottawa, les montants accordés sont calculés en fonction des revenus de la personne aidée, comme si, de manière automatique, cette dernière dédommageait le proche qui lui prodigue des secours.

Ce n’est souvent pas le cas et il est assez délicat pour l’aidant naturel de demander, par exemple, de se faire rembourser les places de stationnement à l’hôpital. C’est une source potentielle de conflits familiaux.

Dans un contexte où plus de gens voudront prendre soin d’un proche, et où le système aura de plus en plus besoin d’eux, la réflexion sur la reconnaissance des aidants naturels devrait inclure un volet financier.