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Consommation record d’eau potable

Anne-Sophie Poiré | Journal de Montréal

La combinaison de la pandémie et de la canicule a entraîné une consommation d’eau potable record sur l’ensemble du Québec dans les derniers jours.

« La situation est critique. On fracasse des records de consommation ces jours-ci », laisse tomber la porte-parole administrative de la ville de Longueuil, Fanie Clément St-Pierre. 

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Des avis d’interdiction d’arrosage des pelouses sont en vigueur un peu partout dans la province depuis quelques jours. C’est d’ailleurs la première fois que l’agglomération de Longueuil décrète une telle interdiction sur son territoire, prévient la porte-parole. 

Une année record  

En 35 ans de métier, c’est la première fois que François Proulx, professeur associé à la Chaire de recherche en eau potable de l’Université Laval et expert scientifique à la Ville de Québec, observe une si grande consommation d’eau.

Par exemple, les 16 et 17 juin, les Montréalais ont consommé l’équivalent de 483 piscines olympiques d’eau potable (1 811 000 m3), soit 59 de plus qu’à pareilles dates l’an passé.

Le même constat est fait à Québec, où les usines de traitement des eaux roulent à plein régime et même au-delà de leur capacité.

Elles peuvent produire jusqu’à 119 piscines olympiques d’eau potable par jour. La consommation quotidienne a toutefois atteint les 149 piscines.

Et c’est encore pire à Saint-Jérôme.

« La demande est trop forte. On a même atteint 150 % de la capacité de production il y a quelques jours. C’est historique ! » indique Maxime Doyon-Laliberté, porte-parole à la Ville de Saint-Jérôme.

D’autres municipalités consultées par Le Journal ont aussi battu des records de consommation, comme Mirabel. 

Chaleur et COVID-19  

Les canicules et la baisse des précipitations expliquent en partie ce phénomène. 

 « L’an passé, même en période de canicule, on n’avait pas des records de consommation à ce point », nuance toutefois M. Proulx.

Le contexte de télétravail dû au coronavirus pourrait donc avoir un impact sur cette hausse significative de la consommation d’eau.

« Les gens veulent avoir un environnement intéressant puisqu’ils restent sur leur terrain. Ils arrosent leur gazon, se font des jardins et ils ont acheté beaucoup de piscines », poursuit l’expert.

Confinés, les travailleurs de la banlieue qui se déplacent normalement en ville les jours de la semaine font aussi partie du problème, selon Sarah Dorner, professeure et membre de la Chaire industrielle CRSNG en eau potable à Polytechnique.

« C’est comme si tout le monde prenait ses vacances en banlieue en même temps, illustre-t-elle. Les réseaux d’aqueducs n’ont pas été conçus avec ça en tête. »

Pour le professeur Proulx, il est primordial d’obéir aux interdictions d’arrosage émises par les ville.s

« Gardez vos gazons jaunes et prenez une pause de la tondeuse, lance-t-il. Dès la première pluie, l’herbe redeviendra verte. »

-Avec Stéphane Sinclair, collaboration spéciale

Attention aux réserves municipales    

Si la consommation d’eau atteint des sommets un peu partout au Québec, une pénurie n’est pas prévue de sitôt.

Le professeur François Proulx assure qu’il ne manquera pas d’eau pour le traitement en usine.

« Le niveau des différentes sources [comme le fleuve Saint-Laurent] n’est pas inquiétant », dit-il.

C’est plutôt la quantité d’eau dans les réserves des villes qui le préoccupe.

« Il faut aller puiser dans nos réserves qui servent normalement en périodes de pointe, le matin surtout, ou pour les réservoirs incendie, poursuit le professeur. Il faut avoir des réserves incendie, parce qu’avec la sécheresse, les risques de feu sont plus grands. »

La très forte demande cause cependant certaines complications comme la présence d’eau brune.

C’est le cas notamment à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, rapporte la mairesse Sonia Paulus.

« Le débit augmente dans les tuyaux et l’eau agit comme une sableuse pour les conduites d’eau potable », illustre le professeur Proulx.

La pression d’eau dans une résidence de Sainte-Marthe-sur-le-Lac a fait évacuer dans ce lavabo les résidus de la tuyauterie.

Photo courtoisie

La pression d’eau dans une résidence de Sainte-Marthe-sur-le-Lac a fait évacuer dans ce lavabo les résidus de la tuyauterie.

Respecter les avis  

La présence d’eau brune risque d’être plus fréquente si les citoyens ne respectent pas les avis émis par leur municipalité. Les interdictions temporaires semblent avoir fait leur effet. Québec, Lévis et Longueuil ont confirmé au Journal que les citoyens avaient répondu à leur appel en diminuant leur consommation.

À Mont-Saint-Hilaire toutefois, le maire Robert Charron indique « que les gens ne respectent pas les règlements ».

« On a déjà vu des gicleurs arroser pendant la nuit, raconte-t-il. On a engagé un inspecteur externe qui fera une vingtaine d’heures par semaine pour donner des constats. »

- Avec Arnaud Koenig-Soutière


► Certains clubs de golf, comme celui de Longueuil, n’ont pas à se soumettre à l’interdiction d’arrosage de la pelouse puisque l’eau utilisée provient directement du fleuve Saint-Laurent sans être traitée.