/news/law

Un pimp s’en sort avec la peine minimale de 5 ans

Michael Nguyen | Journal de Montréal

Proxénètes

Courtoisie

Un violent proxénète qui a sauvagement malmené et exploité trois mineures s’en est pourtant tiré avec le minimum de cinq ans d’incarcération, même si le juge a reconnu qu’il aurait dû «en théorie» écoper d’une peine trois fois plus longue.

• À lire aussi: Le proxénète Joseph Yohannes arrêté en Ontario

• À lire aussi: Recherché pour exploitation sexuelle de jeunes fugueuses

«Il parlait [à une des victimes] comme à un chien, il la poussait, lui disait qu’elle lui appartenait, qu’elle n’était pas dans un conte de fées», a déploré le juge Jean-Jacques Gagné en condamnant récemment Joseph Yohannes au palais de justice de Montréal.

Le proxénète montréalais de 23 ans ciblait de jeunes fugueuses. 

Ce sont d’ailleurs ses crimes qui ont contribué à mettre en lumière l’inquiétant phénomène en 2016, et qui avaient entre autres débouché sur la création d’une commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineures.

Manipulateur

Comme dans bien des cas, le rapace approchait ses victimes en leur promettant la lune. Mais derrière ses belles paroles se cachait un véritable manipulateur violent, loin de l’image charmante qu’il projetait au départ.

«Il contrôlait ce qu’une des victimes mangeait, ce qu’elle buvait, a déploré le magistrat. Elle sentait que si elle ne travaillait pas comme le lui disait l’accusé, elle serait blessée d’une façon ou d’une autre, verbalement ou physiquement.»

Une autre victime, alors âgée de 15 ans, avait été abordée à une sortie d’une station de métro. Après avoir été charmée, la fille a fugué de chez ses parents. Et rapidement, Yohannes l’a forcée à se prostituer en prenant tout l’argent.

Juste avant qu’elle fût secourue par la police, Yohannes s’apprêtait à la tatouer, pour lui faire comprendre qu’elle lui appartenait. Avant cela, l’adolescente n’avait jamais connu la prostitution.

La troisième victime avait été retrouvée dans un motel, droguée.

Traumatismes

Même si plus de quatre ans se sont écoulés depuis que les trois ados ont été secourues, elles vivent encore des traumatismes, allant des cauchemars au syndrome post-traumatique.

«Tout est fragile», avait dit l’une d’elles en expliquant que ses relations avec les hommes étaient toujours difficiles.

Yohannes s’est brièvement excusé pour ses gestes, les attribuant en grande partie à «genre une erreur de jeunesse». 

Le pimp a ensuite développé en détention des problèmes psychiatriques.

«Sérieusement, genre, j’ai failli perdre la tête en prison, a-t-il dit. Il s’est passé des choses, c’était comme l’enfer. J’ai fait des choses mauvaises, mais des choses mauvaises me sont arrivées aussi.»

Pendant la même période

C’est entre autres en raison de ces problèmes psychiatriques que le juge Gagné a condamné Yohannes à seulement cinq ans de pénitencier, le minimum prévu à la loi. 

Comme il a forcé les trois victimes à se prostituer durant la même période, le magistrat a considéré qu’il s’agissait d’une seule « aventure criminelle » et donc qu’il n’y avait pas lieu d’additionner la peine minimale trois fois, pour un total de 15 ans d’incarcération.

«Il y a un principe qui veut que la totalité de la peine n’excède pas la culpabilité globale», a-t-il aussi expliqué.

Une fois sorti de prison, d’ici quelques mois, Yohannes devra se soumettre à une probation de deux ans.

La Couronne, qui réclamait sept ans d’incarcération, a 30 jours pour faire appel de la sentence.